La semaine nationale

L'actualité de la semaine vue par Jacques Mercier. Il était une fois la drache, Quick et Flupke, Vincent Langendries, Eddy Merckx, Francofolies, la RTBF, les «scout toujours», le Palais des Académies, le ring et la Foire de Libramont. Vous me suivez?

SAMEDI 21 JUILLET

Décidément le monde ne tourne plus rond : pas de drache nationale cette année! Heureusement dans un sens, puisque dans le défilé les policiers sont en bras de chemise pour cause de possible plagiat de leur nouvelle veste d'uniforme. Quick et Flupke font partie de la fête et font rire nos souverains, c'est plutôt sympathique. Que l'aspect culturel ne soit pas ignoré ne peut que me ravir: on visite la Cour des Comptes, le Musée des Instruments de Musique et les église, temple et synagogue.

Mais aujourd'hui je passe aussi de l'autre côté du miroir, c'est à dire de l'écran, étant l'invité de Vincent Langendries et de Claude Hulet (qui réalise aussi la dictée du Balfroid) dans l'émission «à bicyclette». C'est l'occasion de discuter en direct du jargon du cyclisme avec Rodrigo Benkens et Eddy Merckx: ainsi j'apprends qu'on peut «tomber dans l'autobus, avec un chauffeur qui fait le train...» soit être repris par le peloton, où un meneur entraîne les autres! Cela dit, beau geste de Lance (prénom qui viendrait de Lancelot) Armstrong qui attend Jan Ullrich tombé dans le ravin... Ces gestes-là rachètent tous les côtés moins reluisants du sport «spectacle»!

DIMANCHE 22 JUILLET

Quel plaisir de revoir Philippe Lafontaine en direct au JT, alors qu'il avait été hospitalisé au retour d'un voyage en Afrique! Il donne ce soir un concert aux Francofolies de Spa. Un journaliste québécois qualifie ce festival «de plus convivial d'Europe»! Pour sa 8e édition, on enregistre 90 000 entrées. Convivial et triomphal aussi! C'est le moment de se dire que les quotas de production francophone et belge proposés aux programmateurs de la RTBF ne peuvent qu'appuyer ce mouvement d'intérêt d'un large public. Il faut bien imposer un effort puisque la prise de conscience générale de cette défense du patrimoine n'a pas l'air d'aller de soi. Pendant ce temps, l'Etna fait déferler sur ses flancs une coulée de lave de 450 mètres de large. C'est tragique et magnifique, comme l'orage ou comme la tempête (durant une Librévasion l'Etna nous parut plus sage!). Pendant ce temps, Georges W. Bush déclare qu'il ne croit pas au réchauffement de la planète! On rêve, non? (Seul contre le reste du monde!) Dans le «Courrier de l'Unesco» il y a quelques années, je lisais: «Plus un pays pollue, plus il peut paraître riche.»

Mais j'ai également lu sous la plume de René Dubos: «La relation existant entre l'humanité et la nature doit être faite de respect et d'amour, non de domination.»

LUNDI 23 JUILLET

Ce matin, après une nuit de négociation («de persuasion et de patience»

Dit Olivier Deleuze) et sous l'impulsion de l'Europe, tout le monde signe les accords de Bonn pour réduire les effets des pollutions dans le monde... sauf les Etats-Unis! Et pourtant comme pour confirmer nos craintes, les orages violents provoquent des inondations, des incendies à Anvers, Tournai et Bruxelles. Un des pompiers déclare que les tunnels de la petite ceinture, dont on a du interdire l'accès pendant quelque temps ce matin, ont les grilles d'égouts bouchées par les déchets lancés avec désinvolture et manque de civisme par la fenêtre des voitures. Tout est dans tout! Avec stupéfaction, je me suis rendu compte de notre dépendance à l'électricité et de tout ce que je ne pouvais plus faire quand le courant était coupé, par exemple dans l'informatique. Cependant à la lueur de la bougie, les yeux ont de bien jolis reflets changeants!

MARDI 24 JUILLET

Six scouts de la fédération des scouts catholiques de Belgique qui s'étaient égarés la nuit passée à huit cents mètres d'altitude près de Chambéry, en Savoie, ont été retrouvés ce matin dans les rochers et hélitroyés. Cela se passe au cours de leur camp d'été, dont Pierre Scieur, le président de la fédération, rappelle le bien fondé d'une bonne préparation. Ils ont pu avertir les sauveteurs grâce à leur téléphone portable, leur «gé». Bravo à cette précaution prise par les chefs et merci donc à la technique moderne. Il me souvient de camps scouts où l'on se disait que si les parents savaient tous les risques qu'on prenait, ils ne nous laisseraient jamais partir. Et pourtant! N'est-ce pas une excellente école de vie? J'ai du ainsi - à quinze ans? - traverser la forêt ardennaise seul pendant quarante-huit heures en me dirigeant à la boussole et en me débrouillant pour manger. J'avais les orties pour faire une soupe, les champignons, les fruits des bois pour couper ma faim... Après avoir éteint mon feu dans un chemin de traverse, j'essayais de m'endormir dans la parfaite et obscure solitude d'un bois d'épicéas, la tête sur mon sac à dos. Je fus intrigué par des bruissements proches et en allumant ma lampe de poche, je vis toutes sortes de souris, de rats, de rongeurs attirés par les restes de nourriture. Assis contre le tronc de l'arbre, aux aguets, j'ai passé la fin de la nuit à les chasser avec une branche ... Je n'ai plus jamais eu peur de l'obscurité de la nuit, ni des animaux.

MERCREDI 25 JUILLET

C'est l'espace qui semble être à la une de l'actualité aujourd'hui, mais à des degrés et des intérêts divers. D'abord le triste anniversaire de l'accident du Concorde à Gonesse. Le seul point positif serait que les familles des victimes ont déjà été indemnisées à hauteur de 100 millions de dollars. On en revient toujours à l'argent? Il en est question encore avec les voyages privés de Jacques Chirac. Et à ce propos on utilise les termes de «cassette présidentielle». La cassette, mot qui date du XIVe siècle est donc toujours d'actualité (et c'est pour parler du même argent), comme elle le fut dans «L'avare» de Molière. Autre mot qui tient le coup: l'odyssée. Un mot de poète puisque c'était le titre des aventures d'Ulysse racontées par Homère. On nous dit donc, comme ça, entre deux nouvelles économiques et sociales, que c'est la fin de l'odyssée de cinq astronautes ce matin. Ils sont revenus de la Station Spatiale Internationale à bord de la navette Atlantis. Comme le cours de l'histoire s'accélère! Souvenez-vous des émissions spéciales consacrées à l'aventure spatiale: c'était hier. Combien ça coûte? Non, je n'ai rien demandé!

JEUDI 26 JUILLET

Puisque les lieux ne doivent plus correspondre à leur destination normale et que le Premier ministre souhaite s'installer au Palais des Académies, pourquoi pas la Cour des Comptes au Centre Belge de la Bande Dessinée et l'Etat-Major de la police fédérale au Cirque royal? Je le savais! Nous ne sommes pas encore à la moitié des vacances qu'on nous parle déjà de la rentrée! On rappelle que chaque jour plus de 150 000 véhicules vont emprunter le ring (un beau mot belge!) de Bruxelles et qu'il est arrivé à saturation. Puisque nous avons une ministre de la «mobilité et des transports» je lui pose une question simple: «Et maintenant que fait-on?»

VENDREDI 27 JUILLET

La 97e

Foire de Libramont ouvre ses portes ce matin. On peut y voir plus de 3 500 animaux. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et pionnier de l'éthologie animale a bien expliqué l'exploitation des animaux par l'homme. «Certains parmi nous, dit-il, pensent encore qu'il existe un fossé entre l'homme et les animaux avec lesquels nous ne partageons rien, ni le corps ni l'âme. Par conséquent, celui qui détient la parole et les armes a le droit d'exploiter et d'abattre celui qui ne les possède pas sans risque de passer devant la justice des hommes.» Mais c'est un autre problème, n'est-ce pas?

© La Libre Belgique 2001


38 ans de rires... rigoureux Il rit, aime rire, fait rire depuis trente-huit ans. Sérieusement. Il travaille, dit et écrit sur tout depuis 1963. Méthodiquement. On dit de Jacques Mercier qu'il est boulimique et workalcolic, qu'il ne sait pas dire non... peut-être parce qu'il est trop gentil. Lui répond... aimablement qu'il faut que tout ce qu'il fait le passionne et l'amuse. Le palmarès est là: avec Stéphane Steeman le célébrissime «Dimanche Musique», qui fut un des derniers grands succès vespéraux de la radio, les quotidiens «Jeu des dictionnaires» et «La semaine infernale», en radio toujours, le rendez-vous chaque mardi en télé du «Forts en tête» (avec une nouvelle partenaire, miss Y..), peut-être une «semaine infernale» en télé et même l'annuelle dictée du Balfroid. Mais il y a aussi la presse écrite et la chronique quotidienne dans notre journal (et le deuxième livre à succès qui s'en suivra dès la fin août), il y a les éditions et les albums nombreux, le chocolat, le diamant, l'eau, la direction de la collection des maîtres de l'imaginaire, demain les grandes tables et les grands chefs et un nouveau roman. Plus le Conseil supérieur de la langue française. Alors? Touche-à-tout, certainement, vulgarisateur, bien sûr, mais surtout organisé, curieux, rigoureux et précis: c'est sans doute l'animateur de télévision qui prépare le mieux ses interventions avec un système incomparable de fiches. Insatiable... et heureux, aussi: «Quelle chance de pouvoir faire tout cela», nous disait-il quand nous l'avons rencontré, après deux courriels très matinaux, quelques billets de réserve de Monsieur Dico avant des vacances en Toscane, deux interviews pour la prochaine saison de «Forts en Tête», deux pages de son prochain roman (il y sera question de Maître Gustave, un Académicien) et, après un déjeuner amical, quelques réflexions citoyennes, une prise de photos, des sonneries de GSM incessantes et le premier essayage des costumes qu'il portera sur les étranges lucarnes dès la rentrée. Sobres, mais cette année sans cravate, dira-t-il... en riant. Et avec précision. (G.Dz)