Il est moins une.

Direction et syndicats de la Sabena s'étant quittés dimanche sur un nouvel échec, un conciliateur social a été appelé en catastrophe. Lundi, il était à pied d'oeuvre.

PIERRE LOPPE

Direction et syndicats de la Sabena s'étant quittés dimanche sur un nouvel échec, un conciliateur social a été appelé en catastrophe. Lundi, il était à pied d'oeuvre. En dépit du caractère sensible de sa mission (même l'intervention du Premier ministre s'est avérée inopérante il y a huit jours!), on veut croire que celle-ci aboutira à bref délai. Car si les mots ont encore un sens dans ce conflit interminable, la compagnie, menacée de faillite à court terme, joue proprement son avenir...

Dans cette pénible affaire, on croit parfois rêver. Ainsi, après un week-end de nouvelles turbulences, les syndicats se montraient-ils plutôt rassurants. Pour eux, c'est comme si le temps ne comptait pas pour la compagnie! Comme si l'environnement international ne s'était pas obscurci un certain 11 septembre...

Alors que l'industrie des transports aériens essuie de plein fouet le contrecoup des attentats meurtriers, que l'horizon conjoncturel vire au gris foncé et que la Sabena enregistre une désaffection croissante de la part de la clientèle qui n'ose plus lui faire confiance, les pilotes vont jusqu'à reprocher à la direction de se servir de la crise comme d'un alibi. Lorsqu'en choeur avec les syndicats, ils s'opposent aux 1 600 licenciements que la direction s'efforce d'imposer, ne voient-ils pas que des pans entiers de l'aviation commerciale s'effondrent, que des dizaines de milliers d'emplois partent en fumée? Les uns et les autres comprendront-ils un jour que leurs propositions alternatives, tournées et retournées dans tous les sens, sont insuffisantes pour permettre à la Sabena de s'en sortir?

Les comptes de la compagnie sont catastrophiques: 8 milliards de pertes pour les neuf premiers mois de 2001 et de 12 à 14 milliards pour l'année entière. Sans un accord sur le volet social, la recapitalisation promise par les actionnaires ne pourra avoir lieu lors de l'assemblée générale du 3 octobre. La culbute sera, alors, inévitable. En optant pour le harcèlement des travailleurs grévistes devant les tribunaux, la direction a attisé le conflit, c'est clair. Mais cela ne change rien au fond de l'affaire. La crise est grave, les surcapacités sont criantes, l'Etat-providence, c'est fini. Dès lors, les manoeuvres dilatoires des leaders syndicaux n'ont plus cours. Sans un sursaut immédiat, la Sabena, livrée aux fantasmes de quelques-uns, piquera du nez. Il est moins une.EDITORIAL

© La Libre Belgique 2001