Enfants gâtés

Jean-Paul DUCHATEAU

Autriche, Danemark, Italie, Pays-Bas, France, sans oublier une partie de la Belgique : lentement, mais très sûrement, les pays d'Europe occidentale sont, un à un, en train d'installer les éléments d'un futur néo-populisme à l'échelle du vieux continent.

L'alternance a permis pendant tout le dernier demi-siècle de catalyser sainement tant les aspirations au changement que les velléités de sanction à l'égard d'une majorité au pouvoir. Or, aux yeux de certains, de plus en plus nombreux, ce système de l'alternance semble aujourd'hui avoir épuisé ses vertus. Comme s'il fallait aux enfants gâtés de la démocratie, quelque chose de plus fort, de plus corsé, de plus décoiffant.

Pour une partie des opinions publiques, l'objectif n'est plus d'installer ses favoris au pouvoir pour voir ses intérêts rencontrés, mais de punir les éléments conventionnels de la vie politique en imposant sur le théâtre des représentations nationales des gens dont le but premier est d'en dynamiter les règles et les pratiques. Bref, de préparer une implosion du système sans se préoccuper de par quoi le remplacer.

A ces desperados s'ajoutent les hordes de nostalgiques du temps des Etats nationaux pleinement souverains. Déstabilisés par l'intégration européenne croissante que symbolise l'avènement de l'euro ou encore l'ouverture des frontières, ces paumés voient dans les extrêmes de droite mais aussi de gauche le seul antidote envisageable contre leur mal être et leur frustration. A cet égard, le combat contre la mondialisation n'est pas toujours exempt d'ambiguités, comme en témoigne l'exploitation qui en est parfois faite par ces mêmes forces extrémistes prônant le retour à une économie à échelle humaine, c'est-à-dire nationale.

On peut certes considérer que les acteurs de la vie politique, dans un grand nombre de pays européens, portent une responsabilité primordiale dans cette dégénérescence, par la trivialité des jeux politiciens auxquels ils se livrent, par leur aveuglement ou leur surdité, ou encore par le climat affairiste que beaucoup entretiennent.

Mais il est capital de ne pas, selon la formule populaire, jeter le bébé avec l'eau du bain. Le représentation politique doit manifestement se reconstruire une crédibilité, qui est la seule garante de la légitimité dont elle dispose par définition dans un régime démocratique. Cela ne dispense cependant pas les citoyens que nous sommes d'être rappelés à l'ordre de nos devoirs - d'interêt, de participation - si nous voulons voir d'autre part nos droits respectés et nos attentes rencontrées. EDITORIAL

© La Libre Belgique 2002

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