Dan Van Raemdonck : L'art éveille la conscience

L'art éveille la conscience, met devant ses responsabilités le spectateur-citoyen et le faire (ré) agir

DAN VAN RAEMDONCK

PRÉSIDENT DE LA LIGUE DES DROITS DE L'HOMME

L'art fait partie intégrante de la culture, de l'organisation de notre vivre ensemble. Le combat des droits de l'homme est de veiller à ce que cette organisation se fasse de la manière la plus digne possible avec les institutions les plus justes. Les droits humains intègrent d'ailleurs dans leur corpus les droits culturels, même s'ils ne sont pas vraiment définis, dans les textes internationaux, au-delà d'une participation à la vie culturelle, vue essentiellement sous l'angle de la jouissance des biens culturels et de la perception des droits d'auteurs. Les droits culturels sont donc des droits de l'homme. En outre, les droits de l'homme sont constitutifs de notre culture démocratique. Si l'on peut en déduire que le combat pour les droits de l'Homme est aussi un combat pour les droits culturels et, à travers eux, pour la culture et l'art, peut-on de la même façon affirmer que la culture, et plus spécialement l'art, participent au combat pour les droits fondamentaux?

Plus particulièrement, quelle place laisse-t-on au droit à la création, qui tire ses racines des droits à l'opinion et à l'expression? Qui est digne de se voir attribuer le titre de créateur? Quelle instance (légitime?) juge de l'appartenance ou de l'entrée dans le patrimoine? Comment facilite-t-on l'accès à la création (une culture par tous et pas seulement une culture pour tous) ? Comment se transmet le patrimoine culturel? Comment accepte-t-on de le mettre à l'épreuve de l'altérité, de le faire évoluer, sans succomber à la tentation du sacrifice?

Ce qu'apporte incontestablement l'art, c'est une vision, un point de vue, des repères, organisés dans un univers qui nous est donné à voir, percevoir, interpréter et donc reconstruire. L'oeuvre, vue comme une question, une interpellation qui brise la bogue d'indifférence, émeut, surprend, choque, révolte parfois. Cette question se réactualise sans cesse, à chaque lecture, et la richesse de l'oeuvre vient des multiples lectures qu'elle a pu offrir selon les différents contextes (historiques, géographiques, sociaux...). L'art définitivement nous complique la vie, évite la sclérose, résiste contre l'uniformisation (économico-) culturelle qui aliène plus qu'elle ne libère l'esprit. Comment, cela étant, ne pas penser à l'intrusion du facteur économique dans la démarche artistique? Qui fait ou défait le `marché´ de l'art, selon quels critères, et à quelles fins?Par les questions qu'il pose, l'art peut éveiller la conscience, mettre devant ses responsabilités le spectateur-citoyen et le faire (ré) agir. Il donne à savoir et donc à pouvoir. Il peut, même si ce n'est pas sa fonction première, contribuer au combat pour une plus grande effectivité de la dignité humaine.

© La Libre Belgique 2002