Pédagogues, politiques, ressaissisez-vous (2)

Les possibilités d'un enseignement bilingue sont sérieusement envisagées... en Flandre. En Communauté française, tout doit être fait pour ne pas couler les projets d'immersion!

TESSA de BROQUEVILLE, Présidente du mouvement PROLINGUA

Ayant assisté au débat qui a eu lieu au Parlement de la Communauté française, j'ai noté que les projets d'immersion tels que ceux qui se pratiquent actuellement dans plus d'une trentaine d'écoles risquaient de ne pas se développer aussi rapidement que souhaité car une des propositions faites était de limiter les autorisations dans ce domaine. Ceci serait réellement dommage.

D'autres propositions inquiétantes ont été formulées, par exemple: remplacer pour Bruxelles l'apprentissage obligatoire du néerlandais comme langue seconde par une liberté de choix et notamment de l'anglais. C'est une aberration quant on sait que Bruxelles est le lien entre le Nord et le Sud du pays et que c'est la capitale du pays! L'obligation de l'enseignement du néerlandais doit y rester obligatoire.

On note aussi le désir très clair du Ministre Nollet d'organiser un éveil aux langues. Notre expérience en la matière nous permet d'attirer l'attention sur le danger qu'il pourrait y avoir à généraliser cela en lieu et place d'un éveil à une langue cible. Si un éveil aux langues permet d'acquérir la musicalité de toutes les langues présentes dans une classe par exemple, cela ne permet pas de devenir bilingue car aucune de ces langues n'est sérieusement acquise. Ce projet risque de remplacer un apprentissage précoce d'une seule et même langue seconde. L'apprentissage précoce par le jeu et les activités ludiques donnés dans la langue cible (dès le cycle maternel) a déjà fait ses preuves dans de nombreuses écoles à Bruxelles et en Wallonie. Un enfant ne pouvant pas éternellement jouer dans la langue, il faut bien entendu développer par la suite cet apprentissage par l'introduction d'un ou plusieurs cours donnés dans la langue cible. A noter que ceci est relativement facile à organiser et ne nécessite pas de moyens excessifs. C'est cela qu'il faudrait généraliser puisque l'enseignement à parité bilingue semble être freiné!

Une autre proposition plutôt surprenante a été formulée consistant à rendre les langues des immigrants accessibles à tous!... Nous avons déjà de grandes difficultés à organiser un enseignement d'une de nos propres langues nationales comme seconde langue ainsi que de l'anglais, langue internationale, comme troisième langue pourquoi, dès lors, organiser un tel enseignement: avec quel budget, quels horaires et quels enseignants! Les Flamands ont compris cela depuis bien longtemps: si on veut organiser un bon enseignement des langues en respectant l'efficacité et le budget il est nécessaire de ne choisir qu'une seule langue seconde. C'est pourquoi c'est le français qui est la même `L 2´ pour tous en Flandre.

Par contre, on notera le bien fondé de la proposition de ramener l'obligation de l'enseignement de la seconde langue dès la 3e primaire au lieu de la 5e primaire en Wallonie ; comme c'est le cas à Bruxelles. On y souscrit évidemment.

Autre proposition positive pour la formation des enseignants: l'enseignement d'une langue étrangère dans le programme ainsi que l'ouverture d'une option bilingue à ceux qui se destinent aux langues.

Au secondaire, on note avec plaisir la volonté d'assurer la continuité de l'enseignement de la même langue cible que celle débutée dans le primaire ainsi qu'un renforcement des échanges et une formation adaptée pour enseigner dans la langue seconde.

Du côté de la Flandre, les nouvelles sont plutôt encourageantes. Nous venons d'apprendre que Madame Vanderpoorten, ministre de l'Enseignement pour la Communauté flamande, annonce qu'une large consultation aura lieu prochainement au sein de la commission de l'enseignement au Parlement flamand dans le but d'arriver à un règlement définitif et efficace en cette matière. Les possibilités d'un enseignement bilingue/multilingue sont sérieusement envisagées. C'est la première fois que cette forme d'enseignement est prise en considération. Le fait mérite d'être signalé.

Rens.: 02/358 21 51

© La Libre Belgique 2003