Il était un petit navire

FRANCIS VAN de WOESTYNE

En sollicitant l'avis du Conseil d'Etat sur la loi de compétence universelle, revue et corrigée par les libéraux, socialistes et écologistes ont introduit un ultime grain de sable dans la mécanique de la majorité

Ainsi, l'équipage de l'arc-en-ciel aura tangué jusqu'au dernier jour, jusqu'à l'arrivée à (bon?) port. Le voyage qui aura duré quatre ans fut fertile en orages, en ouragans même et le rafiot n'est pas sorti indemne de la traversée des quarantièmes rugissants, révélant à chaque panne, une fragilité qui tenait tant à la composition de l'équipage mais aussi aux défis majeurs que les matelots s'étaient posés.

La fragilité de ce bateau nommé arc-en-ciel, sorte d'arche de Noé du 21e siècle, tenait tout d'abord au côté hétéroclite de l'équipage rouge, vert bleu. Chacun était monté à bord avec sa route, son cap, sa carte, son sens parfois très aléatoire de la discipline. Si bien que les mutineries à bord n'ont pas manqué au point que, des semaines durant, le radeau a parfois donné l'impression de naviguer sans gouvernail ou en tout cas, sans capitaine.

Le capitaine? Autre élément de fragilité. Toujours brouillon, tantôt passionné, mais jamais découragé, jamais à court d'idées. Exalté, borné, entêté. Il lui aura fallu en tout cas une incroyable dose de volontarisme, d'idéalisme, pour arriver à maintenir un semblant de cohésion au sein d'une équipe aussi disparate. Avec un groupe toujours prêt à débarquer et à poser pied à terre, prêt au sabordage sans jamais oser porter l'estocade finale. Les pirates étaient à bord. Mais ils ont pris goût à l'aventure.

Plus radeau de la méduse que Club Med 1, le navire de l'arc-en-ciel termine sa course dans une ambiance bien différente de celle du début. Il était parti toutes voiles dehors, il arrive avec de sérieuses avaries. Et pourtant avec la ferme volonté de ne faire qu'une brève escale le 18 mai, prêt à reprendre la mer, avec peut-être l'un ou l'autre changement dans l'équipage.

Normalement, ce sont les passagers qui devraient décider de la prolongation du mandat ou de son arrêt. À moins que, dans la pénombre d'une cale sèche, les organisateurs n'aient secrètement décidé de la prochaine escale. Et vogue le petit navire.

© La Libre Belgique 2003