L'ixième épisode d'une désastreuse saga

JEAN-PAUL DUCHATEAU

L'accord, accouché en catastrophe, pour changer une nouvelle fois la loi de compétence universelle, apparaît comme un bon compromis à la Belge, puisqu'il rassure les libéraux tout en permettant aux socialistes de mettre en avant un acquis qui leur avait échappé dans la version précédente. Mais, sur le fond, le dossier est désastreux. Il nous ramène en effet à une sévère réalité: le monde est ainsi fait qu'on ne peut s'engager durablement dans une légitime croisade de justiciers au cours international si on entend, simultanément, demeurer un membre visible (puisqu'on en accueille le siège) d'une alliance politique et militaire que la chute du Mur n'a pas transformée en oeuvre de bienfaisance planétaire, altruiste et désinteressée. Bref, la Belgique prend ici une paire de claques, signées «realpolitik».

La succession d'épisodes, jusqu'au dernier, générera une sincère déception et une irrépressible amertume chez ceux - nous en sommes - qui s'étaient réjouis de voir naître et s'installer peu à peu dans les années 90 une large aspiration à une forme de justice trans-frontières qui accorderait une attention prioritaire aux populations doublement victimes, de génocide ou de persécution d'abord, d'une impuissance à attraire leurs bourreaux devant un tribunal ensuite. L'impunité, si choquante, commençait à devoir s'inquiéter. Que notre pays joue dans cette évolution un rôle non négligeable était un vrai motif de fierté collective.

L'issue de cette saga générera aussi du dépit chez ceux - nous les condamnons - qui se sont servis de notre législation comme d'un pur instrument de leurs luttes politiques ou de leurs fantasmes anarchistes, sans se soucier en réalité de ces victimes et en contribuant, par leur utilisation perverse ou retorse de la loi, à la priver de toute crédibilité.

Bref, dans cette affaire de la compétence universelle, c'est la morale qui sort perdante et cela appelle une leçon : nous espérons que la vague des droits de l'homme restera porteuse et profitable à celles et ceux dont la vie en dépend, à condition toutefois qu'elle ne serve plus de terrain de surf à certains responsables politiques, de toutes origines, qui en ont manifestement fait un emblème largement électoraliste.

© La Libre Belgique 2003

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