Chacun devra s'engager

Michel Konen

Les moyens policiers et judiciaires mis en oeuvre pour élucider le meurtre de Joe sortent de l'ordinaire. Il fallait répondre rapidement à l'émotion populaire qui a culminé dimanche lors de la marche à Bruxelles. C'est très bien ainsi. Même si l'on sait qu'en temps ordinaire une mobilisation d'une telle ampleur des forces de l'ordre n'est pas praticable.

Il faut à présent mettre à l'ombre le meurtrier lui-même. L'affaire semble en bonne voie. Justice, alors, pourra être rendue.

Mais tout ne sera pas dit! Le message et l'appel exprimés par les parents et les amis de Joe, soutenus par 80 000 marcheurs, ne doivent pas rester lettre morte.

Le message, c'est le refus de la xénophobie et de la haine raciste. Et à l'occasion de la mort de Joe, certains ne se sont pas privés de stigmatiser, à tort, la communauté maghrébine. Et il ne faudrait pas aujourd'hui condamner la communauté polonaise. Le ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael, a eu les mots justes: «On ne parle pas de Marocains ou de Polonais, on parle de criminels». Tout est dit et bien dit.

L'appel, c'est la demande, légitime, de tout mettre en oeuvre pour que la sécurité de tout citoyen soit assurée. Dès ce matin les formations politiques vont débattre du sujet. Ce sera un travail de longue haleine. Ce sera aussi un travail complexe.

Certes il faut davantage de patrouilles dans les lieux publics, sans doute davantage de caméras de surveillance dans les lieux stratégiques, et il est probable qu'une meilleure application des sanctions aux délinquants diminuera le sentiment d'impunité qui encourage certains à passer à l'acte.

Mais cela ne suffira pas. Le vivre ensemble, c'est avant tout une affaire de valeurs partagées. Notre sondage exclusif est éclairant à ce titre. 74 pc des Belges estiment que l'éducation familiale déficiente peut être tenue pour responsable de la délinquance de certains jeunes. On sait la famille en crise. C'est néanmoins un point de passage stratégique pour apprendre aux jeunes les droits et devoirs de la vie en société. Une réflexion en profondeur sera nécessaire sur l'avenir de la famille.

Tout ne dépend pas des autorités publiques. Chacun devra s'engager dans ce projet de société.

© La Libre Belgique 2006

Sur le même sujet