Je crois en Dieu

Je prends le risque de croire et de faire confiance comme dans les relations humaines. Déterminant, l'évangile signifie offre et appel de liberté et de responsabilité à partir de ce que vit l'autre.

Père Ignace BERTEN

Père Ignace BERTEN - Dominicain - Théologien et philosophe

Je crois en Dieu: conviction profonde, mais sans évidence. Né en milieu chrétien, j'ai reçu cette foi avant de la faire personnellement mienne. En la faisant et en la refaisant mienne, au cours des années, elle a pris des tonalités différentes par la réflexion personnelle, l'échange avec d'autres croyants, la rencontre d'autres fois, d'autres convictions.

Pour dire Dieu, je fais appel à des images humaines et à des récits, plus vrais et adéquats que les concepts métaphysiques, mais je sais que Dieu est au-delà de ces images. J'y ai recours, parce que je ne puis vivre sans dire, et que les représentations font partie de mon humanité.

Je crois, mais par l'exigence de la raison, je sais que je pourrais me tromper, qu'il se pourrait que je sois dans l'illusion. Je prends le risque de croire et de faire confiance. Il en est ainsi dans les relations humaines les plus profondes: je ne puis que croire en la sincérité d'un témoignage, à l'authenticité d'un engagement. Quand l'autre est lointain, je puis seulement croire en la solidité de la relation. La relation se construit dans cette confiance. Il en va ainsi dans ma relation à Dieu.

Je reconnais ce Dieu par ce qui me fait signe: récits bibliques, figure de Jésus dans les évangiles et les premiers écrits chrétiens, témoignages de l'histoire, visages rencontrés, paroles dites. Et une communauté de foi partagée. Le récit évangélique est déterminant: il signifie offre et appel de liberté et de responsabilité à partir de ce que vit l'autre, dans la tension permanente entre l'espérance d'un monde de paix, de justice, de dignité pour tous, et la réalité contraire vécue par tant de personnes et de communautés humaines. Au coeur de cette contradiction, et sans la résoudre, ma foi anime et éclaire mon engagement: faire ce qui est en mon pouvoir, même si c'est peu de chose, pour faire grandir la vie et le bonheur possibles. J'assume cette non-maîtrise, dans la confiance qu'en cela même Dieu oeuvre et qu'il n'a pas dit son dernier mot, car en Jésus, Dieu a pris sur lui notre humanité, sans puissance, et par l'Esprit l'imprévu s'offre et ouvre des chemins de vie.

Quelques mots peuvent suggérer la spiritualité qui m'anime.

Idéalisme: je ne me résigne pas à ce monde, à notre Europe, à mon Église tels qu'ils sont. Les choses peuvent et doivent être différentes. Je crois pouvoir et devoir apporter ma petite pierre aux changements requis.

Pragmatisme: il ne suffit pas de dénoncer le mal ni de nourrir de belles utopies, si nécessaires soient-elles. L'intelligence critique et pratique doit déceler les espaces où un changement est possible dans le sens du monde espéré. L'alliance tendue entre idéalisme et pragmatisme permet d'échapper au cynisme ou à l'utilitarisme immédiat.

Patience et persévérance: les vrais prophètes ont osé croire, contre les évidences immédiates, qu'un autre monde était possible. Avec raison. Le message évangélique fut plus fort que le Temple et l'Empire, une institutionnalisation sociale de la solidarité a vu le jour, la France et l'Allemagne se sont réconciliées, l'égalité entre hommes et femmes, le souci écologique sont pris en compte... En le commençant modestement cela finit par advenir, alors même que les fruits ne sont pas encore visibles.

Un présent et un avenir ouverts: malgré le poids de mal ou de violence, hier ne peut condamner aujourd'hui, tant pour les personnes que pour les sociétés. On peut porter ensemble dans la vérité les passés faits de violence, de mépris, de mort. Il nous appartient d'ouvrir le présent et l'avenir dans la reconnaissance de l'humanité partagée.

Confiance: dans ce creuset heureux ou douloureux des histoires personnelles et des histoires collectives, je crois que Dieu est présent, respectueux des libertés et de ses risques, patient, dans l'attente du moment où il rassemblera toutes choses et toutes vies dans sa propre vie. Le croire me libère d'un souci démesuré d'efficacité et me permet de rebondir dans les échecs.