Par rapport à Dieu

«Avec Dieu» ou «contre Dieu» mais pas «sans Dieu». La relation juive à Dieu n'est certainement pas une relation de «soumission» mais bien plutôt de «réaction» par rapport à Dieu.

Rabbin David Meyer

«Avec Dieu» ou «contre Dieu» mais pas «sans Dieu». La relation juive à Dieu n'est certainement pas une relation de «soumission» mais bien plutôt de «réaction» par rapport à Dieu.

Rabbin David Meyer - Brighton and Hove Reform Synagogue (G-B)

Membre de l'exécutif du Centre européen juif d'information (CEJI) Bruxelles.

Il ne s'agit pas de convaincre ni encore moins de justifier. Simplement, d'essayer d'expliquer. Expliquer non pas le «pourquoi» d'une relation personnelle à Dieu mais plutôt et dans une perspective juive, le «comment» de cette relation. Fidèle à la tradition juive, débutons donc par une question: Peut-on parler ou écrire sur son propre vécu de la relation à Dieu tout en faisant l'économie d'une «définition» de Dieu? Je ne le crois pas. Si définir Dieu est bien évidemment au-delà de toute ambition humaine, définir «son Dieu» pour la tradition juive est d'une simplicité presque irréelle. Pour le juif, Dieu n'est autre que ce que le récit de la Torah nous en dit. Ainsi pour moi, rabbin, ma relation à Dieu passe presque exclusivement par mon rapport aux textes bibliques qui tout en les étudiant et en les questionnant me révèlent peu à peu certaines «images» de Dieu. Le Dieu de la Genèse, Dieu créateur et proches des hommes; le Dieu de l'Exode, libérateur et sauveur de son peuple; le Dieu du Lévitique, ritualiste et strict; le Dieu du livre des Nombres, accompagnateur des périples et péripéties de ses enfants, parfois Dieu de pardon et parfois Dieu de vengeance; enfin le Dieu du Deutéronome, attentif, miséricordieux et juste, Dieu de patience et de sagesse. Avec chaque livre, à chaque chapitre et à chaque histoire, c'est une nouvelle facette de «l'image» de Dieu qui se révèle au lecteur et qui lui permet de comprendre quelque chose de ce que Dieu est. Dans cette relation juive à Dieu, le texte de la Torah me présente un choix simple et constant. Je peux choisir d'être «avec Dieu» dans le récit ou je peux choisir d'être «contre Dieu» dans le récit; mais je ne suis jamais «sans Dieu». Ce choix est avant tout l'expression d'un profond et puissant rejet de «l'indifférence» sous toutes ses formes. Rejeter la possibilité du «sans Dieu», c'est exprimer que la notion d'indifférence ne peut pas caractériser mon rapport à Dieu. Indifférence à Dieu mais aussi et surtout indifférence aux Hommes. C'est avant tout cela que refuse, sans limite, ma tradition religieuse. «Avec» ou «Contre» n'est donc que la seule option qui se présente au lecteur ou à l'étudiant de la Torah qui se refuse, par définition, d'être «indifférent». «Avec Dieu» car le récit biblique, souvent, me permet d'enrichir ma vie et mes relations aux autres par les actions divines de justice, de compassion, d'amour, de respect et de simplicité qui s'y révèlent. L'image de Dieu est alors source d'inspiration. «Contre Dieu» lorsque testant les limites de nos sentiments et de nos émotions, Dieu se présente à nous comme un Dieu de vengeance, de violence, et parfois même d'injustice, car c'est alors à nous, lecteurs, de s'opposer à la violence du récit pour faire prévaloir notre sens de Justice, d'égalité et de dignité. C'est dans ce sens qu'Abraham se bat «contre Dieu» lorsque celui-ci l'informe de son intention de détruire tous les habitants de la ville de Sodome et Gomorrhe, mettant à mort les coupables et les innocents ensemble, sans distinction. «Le Juge de toute la terre ne ferait-il pas Justice», s'exclame notre ancêtre, se révoltant contre Dieu et son projet de destruction. C'est bien dans sa révolte «contre Dieu» qu'Abraham atteint le sommet de son existence spirituelle.

La leçon de ce passage si central de la Torah nous fait comprendre que la relation juive à Dieu n'est certainement pas une relation de «soumission» mais bien plutôt de «réaction» par rapport à Dieu. Ainsi, il n'y a pour moi d'espoir spirituel que si je reste alerte et capable de continuer à «réagir» à toutes perceptions de Dieu que me livre le texte de la Torah. Une «réaction» qui me fait prendre conscience que l'amour de Dieu passe nécessairement par l'amour des Hommes. C'est dans ce sens que le chapitre XIX du livre du Lévitique, centre géographique et spirituel de la Torah, nous enseigne: «tu aimeras ton prochain comme toi-même; Je suis l'Eternel ton Dieu».

© La Libre Belgique 2006