Cela suffit !

La démocratie se meurt en Wallonie. Il faut passer aux actespour la sauver. Radicalement. Par une "Nuit du 4 août"au Parlement wallon. Paul Henry Gendebien, président-fondateur du RWP (Rassemblement Wallonie-France).

PAUL-HENRY GENDEBIEN PRÉSIDENT-FONDATEUR DU RWP (RASSEMBLEMENT WALLONIE-FRANCE)

Dans sa page liégeoise, "La Libre" du 19 octobre 2006 donnait la parole à Jean-Marie Dehousse. L'ancien ministre-Président wallon déclare que "dans le Hainaut, le dirupisme a ouvert la porte à l'extrême droite. C'est toujours ainsi quand la gauche n'est plus la gauche" . C'est vrai. Mais en ajoutant : et quand la droite n'est plus la droite. En Wallonie, gauche et droite s'estompent au profit d'un magma indistinct.

N'étant plus vraiment socialiste, le PS privilégie le pouvoir par rapport aux objectifs économiques et sociaux et à la ligne idéologique pour autant qu'elle existe encore. C'est ainsi que ce parti en est venu à accepter 30 pc de chômage et qu'il se rallie aux thèses ultra-libérales et, par exemple, à l'étranglement progressif des services publics tels que La Poste. Dans ces conditions, forte est la tentation d'occuper le pouvoir pour le pouvoir et d'y rester à tout prix. Et ceci d'autant plus aisément que le MR et le CDH coopèrent très activement et quasi inconditionnellement à ce pouvoirisme. Les alliances "tous azimuts" nouées après les élections communales - quand ce n'était pas avant - en sont la preuve flagrante.

Pas étonnant dès lors que la priorité des priorités, à savoir le redressement économique d'une société en détresse, soit reléguée en deuxième plan par un ministre-Président Di Rupo submergé par les affaires crapuleuses. Et pas surprenant que votre fille Marshall reste désespérément muette... Quand le pouvoirisme populiste s'est depuis longtemps substitué au service du peuple, il n'y a plus lieu de feindre la stupéfaction indignée lorsque la concussion et l'incompétence éclatent au grand jour.

Comme toujours, les propos lénifiants et les commentaires superficiels ont foisonné au lendemain de l'emprisonnement du bourgmestre de Charleroi. Hélas, on n'a pas vraiment fait le lien entre les affaires et le sinistre régime de particratie qui domine la Wallonie. Il est pourtant une évidence : quand l'objectif du pouvoir est le pouvoir, alors s'estompent les règles élémentaires de la morale publique, consubstantielles à la démocratie; et alors s'effacent les vertus républicaines. L'oubli de l'intérêt général engendre une sélection négative d'une partie des dirigeants; le populisme faiseur de voix devient le premier critère de désignation des "élites". Cette dérive fatale, on le voit bien, est accentuée par le très catastrophique décret Courard sur "la démocratie locale" !

Il suffit ! Il y a des remèdes. Ce n'est pas d'aujourd'hui que datent mes propositions de réformes radicales de notre système politique, sorte de révolution culturelle préalable à tout projet de redéveloppement économique de la Wallonie. Ces réformes, il faut les décider maintenant, par une sorte de "Nuit du 4 août" au Parlement wallon de Namur. C'est un plan de salut public :

1. Le Parlement wallon doit interdire le cumul entre les fonctions de ministre-Président et de président de parti. Pour enfin gouverner sereinement et efficacement; M. Di Rupo doit quitter immédiatement la présidence du PS. Ou quitter Namur.

2. Le Parlement wallon doit interdire le cumul entre fonction ministérielle et mandat de bourgmestre. L'hypocrisie des "bourgmestres empêchés" gérant leur commune en cachette doit cesser. Cela vise notamment MM. Di Rupo, Daerden, Courard et Antoine. Ces messieurs ne devraient plus être autorisés à mettre les pieds dans leur hôtel de ville.

3. Le Parlement wallon doit retirer sa confiance à M. Daerden, ministre "gainsbarrant" de son état. S'il n'a pas ce courage, que M. Di Rupo lui signifie sa révocation, au besoin par le biais de la lecture de démission en blanc qu'il conserve dans son tiroir. Si la Wallonie prétend à l'existence politique, elle doit s'en montrer capable (?) et se priver des services de ce personnage dont l'activité favorite consiste à salir et à ridiculiser le peuple qu'il représente. Il reste donc peu de temps au Parlement régional pour prouver que la Wallonie n'est pas un Wallonistan.

4. Le Parlement wallon doit voter un décret modifiant le système électoral pour sa propre élection et pour celle des conseils provinciaux et communaux, un décret instaurant le système majoritaire à deux tours. Avec, pour les communes, une prime en sièges pour la liste qui arrive en tête. Avec, en conséquence, l'homogénéité, la responsabilité, la sanction possible et donc l'alternance. Et avec des dispositions qui rendraient vraiment inopérantes les "trahisons" de conseillers municipaux, à l'instar de ces deux élues, une socialiste à Dour et une libérale à Binche. A cet égard, les présidents du PS, du MR, et du CDH, tous impliqués, devraient à tout le moins prendre une décision politique spectaculaire, celle de confirmer la victoire de la liste PS à Dour et celle de la liste "Union" de M. Navez à Binche. L'opinion, qui est révoltée par ces affaires douteuses, en saurait gré aux chefs de parti qui, par ailleurs, n'ont que le mot "transparence" à la bouche.

5. D'autres dispositions démocratiques doivent être votées. Je les rappelle pour mémoire : la Wallonie devrait élire son ministre-Président au suffrage universel direct à deux tours. Et elle devrait autoriser, dans certaines conditions, le référendum d'initiative populaire.

Au moment où ces lignes sont écrites, M. Van Cauwenberghe est encore - pour combien de temps ? - président de la fédération socialiste de l'arrondissement de Charleroi. Si M. Di Rupo a encore du pouvoir, pour quelles raisons ne le démet-il pas de cette fonction ? Le faux patelin carolo, qui n'est qu'un émule médiocre du socialisme asiatique, devrait se réfugier au plus vite, avant qu'il ne soit trop tard, dans sa luxueuse villa du Midi de la France.

Concluons en maîtrisant notre colère. L'autonomie wallonne, par la faute du régime des partis, tourne au désastre. Je l'ai annoncé depuis longtemps : la Wallonie officielle donne de gros bâtons à la Flandre pour se faire battre dans les négociations institutionnelles. Cela promet pour 2007 ! Nos petits chefs francophones, en braves domestiques, dérouleront le plus moelleux des tapis sous les pieds déterminés de ce bon chancelier Leterme. Bien entendu, ils feront cela après le prochain scrutin, ayant préalablement et dûment trompé leurs électeurs.

La séparation des pouvoirs était le principe sacré venu du siècle français des Lumières. Elle présidait à notre démocratie moderne. Elle est aujourd'hui tragiquement détournée par la confusion du pouvoir politique et du pouvoir particratique.

Bien plus qu'ailleurs, le régime des partis a mis la main sur l'Etat, en Wallonie. Il démantèle ce qui reste de société politique, il émascule une société civile quémandeuse de faveurs et de subventions, il réduit à très peu de chose ce que d'aucuns appellent encore l'identité wallonne. Nous allons tout droit à une implosion de la société wallonne qui n'aura qu'une seule issue, celle qui résultera du choix décisif entre la "protection" dure et brutale de la Flandre et l'immersion volontaire dans la République française, seule solution à la fois digne et sécurisante.

Il faudra bien qu'un jour la Wallonie ait le courage de choisir. Aujourd'hui ses chefs lui disent qu'elle peut éviter ce moment de vérité. Erreur ! L'histoire l'y contraindra. Une histoire qui presse le pas...

© La Libre Belgique 2006