Plus humble, l'Eglise de demain ?

Quand nous parlons de l'Eglise, nous ne devons pas penser d'abord à sa structure hiérarchique... au Pape, à la curie ou même aux prêtres. Vivons l'Evangile à partir "des plus pauvres".

P. Fabien DELECLOS

Chroniqueur

Les débuts d'années invitent à élaborer des projets et à prendre de bonnes résolutions. Pourquoi ne pas se laisser inspirer par l'événement de "Toussaint 2006" ?, dont le souhait est de voir les chrétiens oeuvrer, avec d'autres aussi, à l'humanisation de la Ville ? Initiative et entreprise indispensables pour rendre l'humanité plus juste et plus fraternelle.

J'en suis d'autant plus convaincu que je venais moi-même d'être interpellé par deux petits ouvrages très éclairants. Présentation d'abord d'un "Jésus misérable" (1), celui-là même qui a initié le Père Joseph Wresinski à une lecture réaliste de l'Evangile "à partir des plus pauvres". C'est ainsi que, fort de sa propre expérience quotidienne de la misère, il a créé avec les plus démunis le mouvement d'"Aide à Toute Détresse" (ATD Quart-monde). Parmi les témoignages cités, celui du cardinal Marty m'a particulièrement frappé. "Peut-être, écrit-il, ce mouvement, qui n'est pas d'Eglise, est-il néanmoins une expression authentique de l'Eglise de demain." Mais pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'abord d'un volontariat, et donc d'un choix et d'une décision personnels. Ce qui rend cette association "capable de retenir et d'unir" des hommes et des femmes de toutes races, langues et cultures, venus de tous les horizons, aussi différents soient-ils. La plupart de nos grandes villes ne sont-elles pas précisément, et de plus en plus, des réalités extrêmement bigarrées, multiraciales, multiculturelles, multireligieuses... où la diversité peut enrichir l'unité ? Voilà bien, me semble-t-il, une invitation pressante au respect mutuel, aux échanges et collaborations. N'y a-t-il pas urgence, à tous les niveaux, à s'unir pour humaniser l'humanité ?

Le second livre donne la parole à un quatuor de "témoins de renom", préoccupés par un sujet manifestement d'actualité : "Quel avenir pour les catholiques et leur Eglise ?" (2). Ce qui a fait récemment l'objet d'un colloque en vue de répondre aux questions de plus en plus fréquentes et inquiètes, posées par des chrétiens(ne)s dits "de base". Il est vrai que c'est sur le terrain de la vie quotidienne que l'on découvre à la fois des problèmes et des "fragments de réponse".

Le plus essentiel de la vie réside dans l'amour mutuel, y rappelle bien à propos le Père Tihon, sj. Il est persuadé qu'une véritable fraternité humaine peut vaincre toutes les divisions et toutes les violences. A condition que tous s'efforcent de la vivre en pratique. Mais comment ? En formant une communauté, une communion... une Eglise. Et traduire cette expérience et cette conviction en actes... comme dans l'Evangile... avec une attention particulière aux plus faibles. Faut-il rappeler que le second commandement est semblable au premier ?

De son côté, Guy Gilbert, le curé des loubards, fidèle à lui-même, estime que l'Eglise parle trop d'elle-même, en utilisant de surcroît un langage qui est celui d'une caste. De même est-il étonné en constatant que dans les grands monothéismes, musulman, juif et "catholique", ce ne sont que des mâles qui sont à la tête. "A se demander si l'Esprit-Saint n'est pas raciste !" Mais, pétri d'Evangile et d'une expérience humaine peu ordinaire, ce curé "vedette" nous renvoie au coeur même du message évangélique : "Tout ce que vous faites aux plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait"...

Il y a également une dimension féminine qui peut aider l'Eglise entière à se faire proche des pauvres, à oeuvrer pour la paix et compter sur la force de la prière. Hilde Kieboom, de la jeune et dynamique communauté Sant'Egidio, estime, comme tant d'autres, que les femmes pourraient avoir une place plus importante dans la prise de décision de l'Eglise. Ce qui, précise-t-elle, "mènerait à des décisions plus équilibrées et plus concrètes". Mais où donc est l'obstacle, alors qu'il ne s'agit même pas d'ordination sacerdotale ?

Il est primordial de reconnaître que la période de chrétienté est terminée, souligne Armand Veilleux, le Père Abbé de la Trappe de Scourmont (Chimay). Et de préciser que l'évangélisation doit être une inculturation permanente, c'est-à-dire une confrontation sans cesse renouvelée du message évangélique avec la culture contemporaine, en utilisant un langage compréhensible pour aujourd'hui... L'un de ses espoirs ? Voir l'Eglise réapprendre à vivre sans pouvoir. Et donc, pour être crédible, se défaire des affublements du pouvoir. Ce qui postule une décentralisation des structures de gouvernement. La cellule fondamentale de l'Eglise n'est-elle pas, en réalité, l'Eglise locale ? Il y a donc un certain "renversement" à opérer pour que "naissent graduellement de nouvelles structures qui fassent remonter la vie de la base vers le sommet". Malgré bien des obstacles, la porte est ouverte et continue à s'ouvrir vers l'Eglise de demain.

(1) Mame-Desclée, Jean Lecuit, 140 pp., 19 €.

(2) Colloque organisé par les "8/10" le 12 novembre 2003 à Maredsous, Ed. Fidélité, 85 pp., 8 €.