Insécurité dans certaines communes

Je réagis suite aux mésaventures de Lukas Van Ter Taelen relayées dans "LLB" (chronique de Jan De Troyer, 5/10/09), qui a fortement influencé les médias flamands et francophones. Voici ce que je retiens de votre message en général. Une opinion de Johan Leman, professeur en anthropologie sociale et culturelle.

Insécurité dans certaines communes
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Je réagis suite aux mésaventures de Lukas Van Ter Taelen relayées dans "LLB" (chronique de Jan De Troyer, 5/10/09), qui a fortement influencé les médias flamands et francophones. Voici ce que je retiens de votre message en général. Il paraît clair que récemment vous avez eu quelques problèmes avec certains jeunes (leur mode de conduite, leur style agressif : "nique ta mère" ) et votre fille semble aussi vous causer quelques soucis viendra-t-elle encore dans votre quartier ?, etc. En parlant de "rebels without a cause" vous désignez concrètement certains jeunes d’origine marocaine, et vous vous posez la question de savoir si nous osons encore défendre nos valeurs.

Ne pensez pas que je ne sais pas de quoi vous parlez. Je peux compléter la liste : vous oubliez de mentionner les jeunes qui brûlent les feux rouges pour leur bon plaisir, et d’autres qui roulent dans une voiture qu’ils ne pourraient pas se permettre avec leurs revenus, etc. Vous savez, ce genre d’histoires que j’entends aussi chez mon coiffeur, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’elles sont sans fondements. Mais avouez c’est un genre à part.

Votre opinion parue d’abord dans les journaux flamands a fait fureur. La Flandre fut à nouveau choquée à propos de Bruxelles. Attention : je ne trouve pas illégitime que vous attiriez l’attention sur un groupe de jeunes qui vit de façon cloisonnée et dans son cadre ethnique marginal, avec ses propres codes de conduite et sa moralité. Vous avez raison aussi lorsque vous dénoncez dans certains de vos articles les zélotes islamistes (souvent, ce ne sont pas les plus malins) qui pensent mieux savoir qu’Allah ce qui est bon et ce qui ne l’est pas et qui se conduisent de façon navrante. Pour en venir au fait. Dans mon ancienne carrière (j’ai été chef de cabinet au Commissariat Royal à la politique des immigrés et directeur, avec Jean Cornil, au Centre d’égalité des chances et de lutte contre le racisme), j’ai toujours cru que celui qui faisait partie de la majorité dans les pouvoirs de décision, essayerait de faire appliquer en priorité les affaires qui lui semblent fondamentales et qu’il désire voir changer. Votre parti a un Secrétaire d’Etat au sein du gouvernement de la Région Bruxelloise. Il fait partie de la majorité. Je présume que cet homme ne limite pas son rôle à "l’extrapolation" des problèmes, mais qu’il va effectivement apporter des solutions.

Vous savez sans doute qu’en Flandre nous avons déjà deux partis qui font leur business en pratiquant un genre de littérature qui veut rompre à tout prix avec les tabous sans jamais proposer des vraies solutions. Un troisième parti serait un de trop. Puis-je supposer que Groen ! présentera une note dans quatre mois, ou mieux encore : que grâce à la négociation avec Groen ! la Région de Bruxelles présentera une note qui donnera des solutions pour résoudre vos problèmes ? Et, bien sûr, dans la formulation de vos solutions vous respecterez les règles de la démocratie, sachant que les possibilités budgétaires pour les initiatives liées à l’enseignement et à l’emploi sont limitées. Vous présenterez alors des propositions très concrètes et réalisables, bien négociées et vous serez un politicien selon mon cœur. Si cela n’advenait pas, je ne vous cache pas que vous pourriez pour ma part dire adieu à la politique, car cela signifierait que vous remuez beaucoup de vent, non sans dommages collatéraux (par exemple l’image que vous donnez des jeunes issus de ces quartiers bruxellois, et de la vie dans ces quartiers - dont vous ne dites rien de bon), sans que par la suite cela ait eu des répercussions positives.

Evidemment, vous ne vous limiterez pas à un plaidoyer pour un meilleur enseignement, mais des propositions pour l’enseignement et l’emploi ne manqueront pas, à côté - bien sûr - d’autres propositions plus sanctionnantes.

Pour conclure, je voudrais vous demander de ne pas présenter Bruxelles à la Flandre plus dangereuse que ce qu’elle n’est en réalité. En fait, vous ne le faites pas dans vos articles d’opinion, mais vous devez savoir que les non-Bruxellois qui lisent vos articles, et certainement en Flandre, pensent immédiatement à Molenbeek, Schaerbeek, etc. J’en suis à 100 % certain. Et ça ne fait que confirmer une certaine image, qui n’est pas juste, qu’ils ont de ces communes. Effectivement, Molenbeek et Schaerbeek (tout comme Forest) sont plus complexes que ce que les non-Bruxellois le pensent. Pour vous donner un exemple : ma mère a quitté, à l’âge de 96 ans, la région du sud-ouest de la Flandre pour emménager à Molenbeek, et elle y vit bien et heureuse. Parce qu’elle est une héroïne ? Non, mais parce qu’elle habite dans un quartier de Molenbeek (qui est assez grand, savez-vous) qui ne ressemble pas à l’image que les non-Bruxellois ont de Molenbeek. Pourtant, beaucoup de Belges d’origine marocaine y vivent, les "nouveaux belges".

Cher Monsieur Vander Taelen, vous me répondrez que tout ça vous le savez déjà et que vos intentions étaient honnêtes. Vous me direz que vous vouliez mettre en lumière une problématique connue afin que quelque chose se fasse pour y remédier. Nous espérons, maintenant que vous faites partie de la majorité, que durant quatre ans vous en ferez l’œuvre de votre vie et que parmi les partis politiques auxquels vous avez accès vous pourrez promouvoir des solutions concrètes, positives et démocratiques. Si cela n’a pas lieu, vous nous épargnerez votre "révélation" elle nous aura alors plus découragé qu’encouragé.