Le complexe Baudouin

Le président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA), s’est, une fois de plus, fait remarquer la semaine passée pour son caractère obstiné, en refusant d’assister à la réception de Nouvel An donnée par le Palais royal.

JAN DE TROYER

Le président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA), s’est, une fois de plus, fait remarquer la semaine passée pour son caractère obstiné, en refusant d’assister à la réception de Nouvel An donnée par le Palais royal. Et une fois de plus, il a bien dû constater qu’il a été critiqué au sein de l’assemblée par toutes les familles politiques, à l’exception, cette fois, du Vlaams Belang et de son propre parti. Paradoxalement, le républicain Peumans a été assimilé par le député Sven Gatz (Open VLD) au roi Baudouin.

Selon le député libéral, Monsieur Peumans souffre d’un "complexe Baudouin". On se rappellera qu’il y a vingt ans, le roi Baudouin avait refusé de signer la nouvelle loi sur la légalisation de l’avortement parce qu’il l’estimait incompatible avec ses convictions religieuses. A l’époque, les nationalistes flamands s’étaient fortement indignés du comportement du souverain, car celui-ci avait fait passer ses convictions personnelles avant les obligations de sa fonction. C’est exactement ce qui a été reproché à Jan Peumans, c’est-à-dire, de ne pas avoir mis de côté ses convictions au bénéfice de la représentation de l’assemblée qu’il préside.

Ce n’est pas la première fois que le président du parlement flamand entre en conflit avec sa propre assemblée. Récemment, il s’est fait critiquer de tous côtés parce qu’il a déclaré irrecevables sept questions parlementaires sur dix adressées à la commission des travaux publics qu’il préside. Dans les autres commissions, la moyenne est de trois à quatre questions refusées sur dix. Le CD&V, qui siège dans la majorité avec la N-VA, s’est interrogé sur la clarté des critères de rejet des questions en général, suggérant que le comportement du président est arbitraire. Selon Jan Peumans, les auteurs des questions refusées sont inspirés par un désir de se faire remarquer par les médias. Mais que dire alors de sa propre démarche quand il a fait savoir immédiatement après son arrivée à la présidence qu’il trouvait ses émoluments (14600 euros par mois) exagérés et qu’il avait décidé de verser 2500 euros à "Music for Life", une action de la VRT radio contre la malaria.

Depuis lors, Monsieur Peumans s’est fréquemment fait remarquer par les médias, notamment en annonçant qu’il avait l’intention d’interdire les ordinateurs personnels ainsi que les téléphones portables au sein de l’hémicycle. Au lieu de poser la question en commission du règlement, le président a préféré lancer son idée dans les médias. Bon nombre de députés ont eu l’impression qu’ils étaient retournés sur les bancs de l’école maternelle. Le mépris du président a été ressenti encore plus fortement quand Jan Peumans a imputé le niveau médiocre des débats au sein de l’assemblée à l’absence de talent rhétorique de ses membres.

"La plupart d’entre eux devraient suivre un cours d’éloquence", a dit le président. Il est vrai que les débats du parlement flamand n’ont pas vraiment été passionnants ces derniers temps. A chaque fois, les sessions plénières ont débuté par une dispute sur les sujets qui peuvent ou ne peuvent pas être traités. La discussion sur l’attitude d’un président qui se comporte comme une star est devenue plus importante que les thèmes traités. A défaut d’un cours d’éloquence, les parlementaires flamands, et leur président, pourraient suivre un cours de technique de réunion, à compléter pour le président par le cours de gestion de groupe ainsi qu’une thérapie pour se débarrasser du "complexe Baudouin".