Quid de l’explo ration spatiale améric aine ?

L’ affaire était entendue de longue date pour les observateurs et analystes du spatial qui suivaient les travaux de la Commission Augustine dont les conclusions ont été rendues au mois d’octobre 2009. De toute évidence, et comme le laissait présager, en juillet 2009, le silence prudent du Président Obama lors des commémorations des premiers pas sur la Lune, le futur de l’exploration lunaire ne constituerait pas la priorité de la politique scientifique et technologique de l’Administration Obama. Celle-ci est décidée à envisager toutes les pistes qui puissent permettre aux Etats-Unis de traverser la crise financière et économique que connaît la puissance américaine. L’apparent renoncement du Président Obama au projet d’un retour sur la Lune à l’horizon 2020 - projet initialement proposé par George W. Bush après le crash de la navette Columbia, le 1er février 2003 - traduit-il une indécision du nouveau Président quant à l’avenir de l’exploration spatiale ou marque-t-il une forme de redéploiement des efforts dans un secteur spatial éminemment stratégique, notamment sur le plan militaire ?

L’

affaire était entendue de longue date pour les observateurs et analystes du spatial qui suivaient les travaux de la Commission Augustine dont les conclusions ont été rendues au mois d’octobre 2009. De toute évidence, et comme le laissait présager, en juillet 2009, le silence prudent du Président Obama lors des commémorations des premiers pas sur la Lune, le futur de l’exploration lunaire ne constituerait pas la priorité de la politique scientifique et technologique de l’Administration Obama. Celle-ci est décidée à envisager toutes les pistes qui puissent permettre aux Etats-Unis de traverser la crise financière et économique que connaît la puissance américaine. L’apparent renoncement du Président Obama au projet d’un retour sur la Lune à l’horizon 2020 - projet initialement proposé par George W. Bush après le crash de la navette Columbia, le 1er février 2003 - traduit-il une indécision du nouveau Président quant à l’avenir de l’exploration spatiale ou marque-t-il une forme de redéploiement des efforts dans un secteur spatial éminemment stratégique, notamment sur le plan militaire ?

L’insistance placée par l’Administration américaine sur le rôle à venir du secteur commercial peut-elle suffire à relancer la course à l’innovation qui avait fait les heures de gloires de la Nasa dans les années 1960 ? Quelles pourraient être les conséquences du "revirement" américain sur l’avenir de l’Europe spatiale et la coopération internationale ? Ces questions fondamentales méritent une lecture toute en nuance du discours politico-scientifique américain et de ses effets probables.

La posture actuelle de Washington sur le dossier spatial s’explique, pour l’essentiel, par le mélange détonant que forme la conjugaison d’un déficit budgétaire global abyssal (évalué à 1600 milliards de dollars US) à une dépendance croissante des Etats-Unis à l’égard de la Russie. En effet, Roscosmos est actuellement la seule solution qui s’offre aux Etats-Unis en vue de permettre à ses astronautes de rejoindre la station spatiale internationale via le vaisseau Soyouz TMA. Ce qui ne devait représenter qu’une réponse conjoncturelle pour l’après-2011, risque fort bien d’évoluer en une dépendance structurelle. Car, la décision portant l’abandon du projet d’un retour sur la Lune à l’horizon 2020 entraîne dans son sillage la renonciation au programme Constellation constitué des projets de capsule Orion et de fusée Ares 1.

La solution préconisée par le Président des Etats-Unis est, d’une part, d’inciter la Nasa - qui devrait tout de même voir son budget augmenter de près de 6 milliards de dollars US sur cinq ans - à dégager des pistes d’innovation et de synergies avec le secteur des lanceurs civil-commerciaux et, d’autre part, de prolonger de cinq années le fonctionnement de la Station spatiale internationale (ISS). Cette impulsion toute relative imprimée sur la politique de la Nasa ne laisse pas d’étonner. Comme l’histoire de la conquête spatiale a pu le démontrer, ce secteur, vecteur de "techno-nationalisme", représente un lieu d’expression pour le "prestige", le "rang" et la "puissance" avant d’incarner un segment de développement civil-commercial rentable (les Européens en ont fait la malheureuse expérience dans les années 1990 marquées par une contraction de la demande commerciale). Si le marché américain des lanceurs a longtemps produit des bénéfices, c’est parce que celui-ci a été "boosté" par la forte demande en provenance du département de la Défense.

Cela nous amène d’ailleurs à relativiser la portée du discours de la Maison- Blanche à propos des perspectives budgétaires de la Nasa (dont les dépenses, pour l’année 2009, ont atteint 17 milliards de dollars US) à l’aune de l’enveloppe globale des dépenses en matière spatiale émanant des différents départements gouvernementaux. Rappelons, par exemple, que le département de la Défense américain reste de loin le premier investisseur spatial du pays avec un total de 26 milliards de dollars US dédié aux seuls programmes spatiaux militaires. Le renoncement à l’exploration lunaire ne saurait donc être assimilé à une baisse du niveau d’ambition américain dans l’ensemble du secteur spatial. Disons, au demeurant, que cet effort semble être redirigé en faveur d’un créneau de développement alternatif : la robotisation des missions.

L’une des conséquences les plus durables de la décision de l’Administration Obama serait, peut-être, à situer au niveau de l’imaginaire collectif américain et de la représentation sociale que s’est construite l’opinion publique du pays à propos de l’aventure spatiale américaine. Toute l’entreprise de conquête scientifique, technologique, industrielle et militaire engagée par les Etats-Unis dans le domaine spatial a puisé dans l’expérience fondatrice des pionniers. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle a été servie par un discours mobilisateur (le célèbre rapport de Vanevar Bush : "Science, The Endless Frontier") qui n’a sans doute pas fini de produire ses effets, quoi que peut laisser supposer l’actuelle conjoncture internationale.

Le forfait de Washington pour une nouvelle course à la Lune amène également les autres "puissances" spatiales et notamment l’Europe à se questionner sur leurs ambitions en matière de vols habités et d’exploration spatiale. Malgré les évolutions de la structure institutionnelle de l’Union européenne (notamment la reconnaissance dans le Traité de Lisbonne de l’espace comme une compétence partagée) et le dépassement progressif des blocages rencontrés par les projets phares tels que Galileo, la capacité d’envoyer l’Homme dans l’espace reste encore aujourd’hui un trou béant dans les compétences spatiales européennes. Néanmoins, les activités menées ces dernières années témoignent très clairement d’une réelle volonté de ne pas se limiter à de la figuration, comme le montrent des projets comme le développement du laboratoire orbital Colombus arrimé à l’ISS, la création d’un véhicule logistique de transfert automatique (ATV) destiné au ravitaillement de l’ISS ou encore l’appel de l’ESA en mai 2008 au recrutement de nouveaux candidats pour rejoindre le Corps européens des astronautes.

Dans les mois à venir, il sera par conséquent capital d’observer l’attitude adoptée par l’Administration Obama au regard de la coopération internationale, que ce soit au sein de l’ISS mais également et surtout vis-à-vis de la "Global Exploration Strategy". Cette dernière avait été initiée en 2007 par le président Bush pour souligner l’importance de la coopération internationale dans l’exploration spatiale mais avait, jusqu’à aujourd’hui, été écrasée par la course au prestige et la quête de leadership et de domination spatiale affichée par les Etats Unis.

Ce revirement représente donc une occasion unique pour une discussion en profondeur des ambitions européennes en matière d’exploration de l’espace (qu’elle soit humaine ou robotique), poursuivant de la sorte les interrogations déjà évoquées lors de la Conférence européenne sur l’exploration spatiale d’octobre 2009 sur la place de l’Europe au sein d’un programme, non plus national, ni régional, mais bien mondial d’exploration spatiale.

La coopération internationale semble ainsi s’imposer comme la nouvelle donne de l’exploration spatiale de demain; un jeu complexe qui va immanquablement devoir intégrer les ambitions des puissances spatiales russe, indienne et surtout chinoise.