De la tolérance à l’altérité

En naissant, l’enfant a la tendance naturelle, réflexe de survie oblige, de s’accaparer de tout pour satisfaire ses besoins et désirs; point de départ de la découverte de soi et du développement de l’ego. Si l’entourage n’y prend garde, l’enfant peut devenir très vite un infect petit égoïste, voire même se paralyser dans l’égotisme.

Dany De Baeremaeker

En naissant, l’enfant a la tendance naturelle, réflexe de survie oblige, de s’accaparer de tout pour satisfaire ses besoins et désirs; point de départ de la découverte de soi et du développement de l’ego. Si l’entourage n’y prend garde, l’enfant peut devenir très vite un infect petit égoïste, voire même se paralyser dans l’égotisme.

Pour éviter un tel travers, il est capital, dès le départ, de lui faire comprendre combien il n’est pas seul au monde, combien il est et sera dépendant et obligé de tenir compte des autres. Une telle éducation commence dès le berceau et s’accentue en se rationalisant davantage avec l’âge. Les premières personnes dont il devra tenir compte sont ses parents car, même tout attendris devant leur tout petit, ils ne sont pas disponibles à 100 %. Ils ont leurs occupations, leurs centres d’intérêts, leurs obligations.

En grandissant, le monde s’élargit aux yeux de l’enfant. Les écoles maternelles, primaires et autres lui permettent de rencontrer d’autres enfants qui eux aussi ont leurs désirs, leur sensibilité, leurs différences. De même il côtoiera d’autres adultes que les proches, avec d’autres rôles, d’autres responsabilités, d’autres exigences. Il est préjudiciable pour l’enfant d’avoir des parents qui le surprotègent, qui donnent, lors d’un problème ou conflit, toujours raison à leur progéniture et le défendent envers et contre tout face à la moindre difficulté relationnelle.

Les confrontations sont inévitables dans l’existence et il importe donc de leur apprendre un savoir-faire pour les gérer et les dépasser le plus harmonieusement possible. Dès lors, il est important pour l’enfant d’entendre ses parents lui expliquer le pourquoi et la nécessité de renoncer à certains moments à ses propres désirs et de construire avec l’autre des compromis. S’adapter aux circonstances et donc souvent aux autres qui nous entourent est un réel apprentissage, une éducation de longue haleine.

Quelquefois, le dialogue ou la tendresse ne suffisent pas pour lui faire entendre raison. Dans ces cas, il faut lui imposer un comportement de tolérance, d’ouverture à l’altérité quitte à reprendre avec lui par la suite les raisons qui ont obligé l’adulte à imposer une position forte, lui expliquer les bienfaits de la tolérance et les dommages éventuels auxquels il s’exposait s’il s’était obstiné dans sa détermination. Tous les domaines de la vie, du repas, le coucher, la télé en passant par les jeux avec les copains ou en solitaire, l’école, les mouvements de jeunesse etc. sont de bonnes occasions pour éduquer à la tolérance, aux différences et donc aux altérités.

Il est vrai qu’à notre époque qui se caractérise par le ici, le maintenant et le tout de suite, l’éducation à la tolérance peut paraître marginale, naviguer à contre-courant du consumérisme dévastateur de notre planète. Mais peu importe, car rares sont les gens qui s’épanouissent dans les possessions, dans l’avoir.

L’épanouissement humain se lie directement dans l’intensité de ses affects avec autrui. Et autrui n’est pas un objet ou une chose dont on dispose à sa guise. Comme soi, il a aussi des désirs, des besoins pas toujours identiques au même moment que soi, des craintes, des forces et faiblesses et pour pouvoir les apprécier dans une relation harmonieuse. Il faut pouvoir les voir, les entendre, les ressentir et ouvrir les portiques de son petit ego à celui des autres. Eduquons nos enfants, même si ce n’est plus réellement dans l’air du temps, à la tolérance. Aidons-les à développer au mieux et au maximum leur ouverture compatissante aux différences et aux nuances qui fondent la richesse inépuisable de l’humanité pour autant que cette dernière ne s’enferme pas dans le ghetto de l’uniformisation mondiale.