"L’école doit secréter des contrepoisons"

Les études réalisées par Michel Born (Université de Liège), démentent une montée de la violen ce au sein des écoles.

Julie Gillet

Entretien

Quelles sont les conclusions de vos enquêtes sur la violence en milieu scolaire ?

En termes de délinquance générale et de violences physiques, tous faits confondus, il y a une très raisonnable stabilité. Cependant, l’observation quotidienne tend à prouver qu’il y a une accentuation des violences verbales. "Je vais te tuer" remplace désormais "Je vais te casser la gueule". Il y a là des glissements langagiers qui correspondent à des tendances sociales plus lourdes. De manière générale, notre langage est moins châtié qu’auparavant. Ce n’est pas pour cela que l’on doit laisser nos jeunes parler n’importe comment, il y a une éducation à la politesse à mettre en place, mais c’est un effort global à faire, de la part de l’école, des parents, de la société. En effet, le langage violent est un prédicateur d’un potentiel passage à l’acte, et non pas un équivalent à celui-ci. Il ne faut donc pas banaliser la violence verbale, car elle ouvre la porte à la violence tout court, même si elle n’y conduit pas nécessairement.

Et concernant les actes de violences extrêmes ?

Il y a une augmentation de ces actes graves. Ici, on n’est pas au niveau d’un mécanisme social mais au niveau d’un développement psychologique individuel, favorisé par un certain terreau social. Ce terreau, c’est la banalisation du phénomène par les médias, les encouragements des amis, la tendance générale des jeunes à avoir moins de contrôle sur leurs émotions. Cela entraîne certains individus plus fragiles à prendre certaines pistes de violences, suicidaire ou non maîtrisée. Mais il ne faut pas dramatiser ces faits isolés. Toute société génère des perturbations, des difficultés d’insertion, et en particulier avec sa jeunesse. Oui, il faut en parler, afin de mieux prévenir cette violence, mais il ne faut pas "passionaliser" le débat.

Comment prévenir efficacement ces violences, tant verbales que physiques ?

Dans les écoles, la violence est plus souvent présente dans les écoles ou les classes qui vivent les mécanismes de la relégation sociale. Notre système scolaire, qui "descend" du général au professionnel, est la plus grande des violences que la Communauté française fait à sa jeunesse. Ce phénomène d’exclusion est très mal vécu par les enfants, qui accumulent les rancœurs. Davantage de mixité sociale entraînerait une diminution de la violence. Ensuite, il faut que l’école secrète des contrepoisons en développant la solidarité entre les élèves, il faut qu’il y ait davantage de collaboration que de concurrence entre eux. Il faut également être très attentif à la violence des aînés sur les plus jeunes : l’école doit fabriquer des mécanismes de protection pour les plus faibles, sinon, elle apprend à ses jeunes "la loi du plus fort". Il faut aussi pouvoir compter sur l’appui des parents et de la communauté. L’on peut remarquer une diminution de la violence dans les écoles où les parents sont partie prenante. Enfin, les enseignants doivent réagir "en équipe". Tout ce qui désolidarise les enseignants entre eux est une porte ouverte à des explosions de violence. Le bon enseignant n’est plus celui qui "tient" sa classe, seul contre tous, mais celui qui travaille en équipe.