Etudier ? Tout un art !

De nombreux étudiants inscrits en première baccalauréat sont sur le point d’entamer le premier blocus de cette année académique et pour beaucoup le premier blocus de leur vie ! Une opinion de Nathanaël Laurent, Docteur en sciences biomédicales et licencié en philosophie.

Etudier ? Tout un art !
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De nombreux étudiants inscrits en première baccalauréat sont sur le point d’entamer le premier blocus de cette année académique et pour beaucoup le premier blocus de leur vie ! Or toute "première fois" entraîne dans son sillage hésitations, questions et autres craintes qui peuvent rendre très incertaine l’issue de l’épreuve. De plus, cette session de janvier est bien plus qu’une occasion de simplement essayer ou de tenter sa chance : elle marque une étape décisive sur le chemin qui mène l’étudiant vers la réussite de son année fin juin !

Ce n’est plus un secret pour personne que le taux de réussite en première session a chuté considérablement ces dernières années pour atteindre parfois moins de 20 % dans certaines branches (le taux de réussite global au terme de la seconde session avoisine généralement quant à lui les 40 %). Il est donc justifié de donner aux étudiants, dès l’entame de leur premier blocus, certaines clés indispensables pour atteindre leurs objectifs, qui ne sont autres que les objectifs de leurs professeurs eux-mêmes. Voici donc cinq clés qui permettront aux étudiants de mener à bien ce blocus.

1Ne pas croire que "bloquer" signifie "étudier par cœur".

L’étudiant est souvent trompé par le fait que toute matière s’exprime dans un langage dont il lui faut maîtriser le vocabulaire (définitions), et expose son contenu sous la forme de systèmes précis de classification et de raisonnements. Il est pourtant évident que nul professeur ne pourra se ravir d’avoir "fabriqué" des cerveaux-dictionnaires ou des bases de données vivantes. Sa mission d’enseignant l’oblige à former de futurs professionnels capables de supporter des responsabilités, d’innover et de faire face à des questions et problèmes nouveaux. Ce qu’il doit faire acquérir à ses étudiants c’est la maîtrise de la matière : savoir parler dans son langage et savoir utiliser les informations.

2De l’analyse précédente découle une autre signification du verbe "bloquer" qui met en évidence une attitude d’étude active. L’étude active s’oppose à tous les comportements passifs pourtant souvent observés : lire (relire, re-relire), recopier, répéter mentalement. L’étude active comporte deux ingrédients : des questions, et la recherche des réponses. L’intelligence de l’étudiant (qui n’est pas un résultat de l’étude mais bien sa condition) se situe dans la manière de poser les bonnes questions, et de mener la recherche des réponses à son terme. Certaines de ces questions sont communes à toutes les matières : Quel est le fil conducteur de ce cours (d’où est-on parti ? où est-on arrivé ? comment est-on passé d’une étape à la suivante ?) ? Quels sont les différents types d’informations qui s’y rencontrent (définitions, descriptions, explications, démonstrations, techniques, historique, exercices, etc.) ? Les réponses pourront être trouvées dans les différents supports du cours (notes, syllabus et souvent livre de référence). Au fur et à mesure que l’étudiant entre dans le mode de raisonnement propre à la matière qu’il travaille, il se posera des questions de plus en plus précises et profondes qui anticiperont naturellement celles de l’examen.

3En trouvant une réponse à une question que je me pose, je mémorise. L’attitude active que l’on vient de présenter s’avérera redoutablement efficace pour au moins trois raisons : 1) elle permet d’être moins vite distrait, déconcentré; 2) elle permet comme on l’a dit d’anticiper certains types de questions d’examen; 3) elle permet de mémoriser plus vite et à plus long terme. Or c’est ici précisément que se trouve le Graal de tout étudiant : une méthode de mémorisation rapide et durable ! Une telle méthode est bien entendu à portée de chacun, et ne nécessite aucun recours à des techniques externes spécialisées. Son secret repose d’une part sur l’attitude active (se poser des questions et chercher soi-même les réponses), et d’autre part sur l’établissement de liens entre les informations (nous ne mémorisons rien d’autre que des relations !).

4Faire des synthèses et pas seulement un résumé. La méthode d’étude active que nous préconisons conduit l’étudiant à faire spontanément des synthèses, c’est-à-dire à rassembler toutes les informations formant un réseau à partir d’un type de liens particuliers (il y a autant de synthèses que de types de liens repérés). Une synthèse n’est donc pas un résumé ! Si ce dernier se contente de reprendre de manière linéaire les principales informations du cours (sorte de table des matières plus complète, mais aussi malheureusement condensé du cours parfois incomplet), une synthèse quand à elle se focalise sur certaines informations, souvent éparpillées dans le cours, reliables sur base d’un type de relation particulier (par exemple la relation "structure-fonction" dans les sciences du vivant, ou la relation d’opposition dans la philosophie). Il est donc possible de travailler son cours de telle sorte qu’il se décompose (étape d’analyse) en informations reliables de différentes manières (étape de synthèses).

5Enfin, nous ne pouvons manquer de parler de l’organisation temporelle du blocus, bien qu’en ce domaine très peu de marge de liberté soit laissée à l’étudiant. La seule chose qui doit préoccuper ce dernier est la rentabilité. Or la seule manière de rentabiliser son temps c’est de lui associer des objectifs clairs et précis. Organiser son temps signifie aussi planifier, à condition que l’on entende par là prévoir. Un planning n’est utile que s’il impose un rythme de travail. Ce rythme comprend, outre les plages d’étude entrecoupées de pauses, deux composantes majeures indissociables : le temps de l’étude active (voir les clés précédentes) et le temps de l’auto-évaluation. Le plus souvent cette dernière à lieu le soir et recouvre 20 % du temps d’étude quotidienne (soit plus ou moins 2 heures). S’auto-évaluer ne constitue pas une étape qui suit la mémorisation, comme une sorte de "quality control", mais bien plutôt une étape à part entière du processus de mémorisation, à savoir la répétition. Il s’agit de fermer son cours, de se mettre face à une feuille blanche ou un tableau, et d’enseigner soi-même la matière en partant toujours d’un point de vue global (le plan du cours) pour exposer progressivement, couche par couche, toutes les strates savantes de la matière. Seul l’étudiant qui est capable de dire (écrire, parler) ce qu’il croit savoir a prouvé qu’il avait vraiment compris la matière !