Jouer, c’est très sérieux

Sur l’écran d’ordinateur, Mip-Mip l’extraterrestre et ses semblables se préparent à atterrir sur Terre. Avant cela, ils doivent néanmoins vérifier leurs connaissances en répondant à quelques questions sur les pays de l’Union européenne.

Julie Gillet
Jouer, c’est très sérieux

Sur l’écran d’ordinateur, Mip-Mip l’extraterrestre et ses semblables se préparent à atterrir sur Terre. Avant cela, ils doivent néanmoins vérifier leurs connaissances en répondant à quelques questions sur les pays de l’Union européenne. Musique, sport, folklore, géographie, tous les domaines sont abordés, mais attention : si le Neuronien se trompe ou réfléchit trop longtemps, son cerveau risque d’exploser Pas évident avec les autres joueurs qui lancent des perturbations à tour de bras, déformant l’écran ou bloquant ses actions !

Simple, intuitif et drôle, le dernier jeu développé par la société bruxelloise Belle Productions, commandé par la Chancellerie du Premier ministre et la Commission européenne, "Neurodyssée" vient de remporter le prix spécial du jury lors du salon Serious Game de Lyon. "Le but est de sensibiliser les enfants à la connaissance de l’Europe en gardant un côté ludique et graphique, explique Marc Meurisse, administrateur de Belle Productions . Nous sommes un peu en retard en Belgique, mais aujourd’hui le secteur est en pleine expansion."

En effet, les serious game font de plus en plus parler d’eux. Mais qu’est-ce qui se cache exactement derrière ce terme ? Selon "le manifeste du jeu sérieux" édité par Succubus Interactive, il s’agit "d’un jeu vidéo faisant appel aux mêmes approches de design et de savoir-faire que le jeu classique (interactivité, 3D, temps réel, simulation, mise en scène, immersion ), toutefois son approche du ludique dépasse la seule dimension du divertissement. Véritable outil de sensibilisation, de formation ou de promotion, il est en quelque sorte une déclinaison utile du jeu vidéo au service des professionnels".

Et si les entreprises sont en passe d’en faire leur nouvel outil de communication privilégié, les enseignants semblent également de plus en plus intéressés par le sujet. "Les jeunes profs sont nés avec ces technologies, elles leur parlent, souligne Laurent Grumiaux, directeur commercial de la société montoise Fishing Cactus, qui développe actuellement un jeu sur la démocratie et les droits de l’homme en partenariat avec la Fédération des maisons de la laïcité. Aujourd’hui, les jeunes ont l’habitude d’aller chercher l’information par eux-mêmes, comme dans un jeu vidéo, où les savoirs sont assimilés de manière active. Apprendre devient moins rébarbatif, il y a un aspect psychologique important."

Un avis que partage Marc Meurisse : "L’avantage du serious game est qu’il propose une immersion émotionnelle. L’apprenant ne va pas simplement recevoir, il va agir." Il cite pour exemple le nouveau projet de Belle Productions, "Les Secrets d’Ombyliss", commandé par l’ASBL "Passe-Muraille". "Le joueur est plongé dans un univers inadapté : comptoirs trop hauts, endroits inaccessibles, inscriptions illisibles, dangers. Le but ? Sensibiliser les jeunes à l’accessibilité des lieux publics aux personnes handicapées. En expérimentant les situations, ils comprennent mieux. Et puis, dans un jeu, on a le droit de faire des erreurs."

Selon Frédéric Mignon, directeur multimédia de Crossroads, qui vient de créer "Bricomania" un jeu permettant d’affiner l’orientation professionnelle en testant différents métiers dans un magasin de bricolage, il s’agit également de concentration. "L’apprenant mobilise davantage ses capacités cognitives lorsqu’il joue, commente-t-il . Cependant, un encadrement adéquat est essentiel, l’élève doit être accompagné. Et, malheureusement, les enseignants ne disposent pas toujours du temps et du matériel nécessaires à la mise en place d’un serious game." Il poursuit : "En Belgique, nous manquons de moyens, le secteur est un peu à la traîne comparé à la France ou aux pays anglo-saxons. Pourtant, nous regorgeons d’entreprises dynamiques."

Des entreprises plutôt complémentaires que concurrentes, qui s’allient pour promouvoir les serious game.

"Les mentalités doivent encore changer, conclut Laurent Grumiaux . Il nous faut, aujourd’hui, rassurer le public et prouver qu’un jeu peut servir à autre chose qu’à jouer."

Pour jouer à NeurOdysée : http://neurodyssee.org

Pour télécharger le Manifeste du jeu sérieux : www.jeuxserieux.fr/?p=1764