Quelle gouvernance économique pour l’Europe?

"ce qui est très clair, c’est qu’au sein de la Commission, de la Banque centrale européenne, encore plus, et majoritairement, au sein des gouvernements de l’Union européenne, les idées néolibérales sont hégémoniques."

Quelle gouvernance économique pour l’Europe?
Entretien : M.-A.G.

Concernant les propositions pour renforcer la gouvernance économique de l’UE, la CSC parle de “coup d’Etat libéral”…

L’expression est abusive dans la mesure où on vit toujours en démocratie, on n’a aboli aucun droit. Par contre, ce qui est très clair, c’est qu’au sein de la Commission, de la Banque centrale européenne, encore plus, et majoritairement, au sein des gouvernements de l’Union européenne, les idées néolibérales sont hégémoniques. Périodiquement, l’Union demande aux Etats membres de lui fournir leurs intentions budgétaires en termes de politique publique.

Elle émet des commentaires par rapport à ces intentions - cela n’a rien de choquant. Mais la première recommandation est de réduire les dépenses publiques. On ne parle pas d’équilibrer les budgets, il s’agit donc d’un choix idéologique. La deuxième est de flexibiliser davantage les marchés de l’emploi.

C’est un peu choquant. Et troisième recommandation : agir vis-à-vis des marchés financiers pour les stabiliser. Si on exclut la Grèce, qui a connu un parcours particulier, et que l’on regarde l’accroissement de la dette de certains pays, il s’agit principalement d’endettements excessifs du secteur privé.

Il faut donc mettre le secteur financier à contribution ?

C’est évident. On ne peut plus continuer à dire : "Tout ce que le secteur privé fait, c’est très bien et quand ils font des erreurs, il faut leur pardonner. Et tout ce que fait le secteur public, c’est une catastrophe." Aujourd’hui, s’il y a une rectification à faire, c’est de rappeler qu’être actionnaire, c’est une activité risquée. Certes, elle mérite d’être rémunérée, mais qui dit rémunération dit risque et qui dit risque dit risque de pertes. On a une économie casino qui ne favorise que les gagnants.

Avec ce paquet de six propositions législatives pour la gouvernance économique, doit-on s’attendre à ce qu’une majorité d’Etats membres vivent sous un régime d’austérité permanent ?

C’est évidemment le risque. On ne peut pas avancer sur la gouvernance économique sans avancer sur le plan fiscal. C’est un premier pilier qui est indispensable et qui est tout à fait manquant. Aujourd’hui, les Etats jouent la compétition et se créent leurs petits paradis fiscaux pour attirer les entreprises établies chez le voisin - chez nous, ce sont les intérêts notionnels. La seule chose qu’il y avait dans les propositions de Mme Merkel, c’est une assiette commune, pas une convergence des taux. C’est très modeste et malgré tout il y a une opposition colossale d’une série d’Etats membres. Des finances publiques équilibrées, cela veut dire : des dépenses responsables et des recettes justes et efficaces. Le problème, c’est que l’on ne marche que sur la jambe des dépenses : il faut les couper. Et sur les recettes, on ne dit rien. Si on veut s’assurer des recettes fiscales décentes, il nous faut une approche européenne : une taxe sur la transaction financière, une taxe sur l’énergie, Ensuite, il faut se demander comment on met à contribution le secteur financier. Bien sûr, il y a taxe sur les transactions financières, impôts sur les banques et tout, mais comment ramène-t-on le diable de la finance dans sa boîte ? Il y a deux poids deux mesures. On dit au citoyen, travailleur, allocataire social que cela ne peut pas continuer, qu’il doit faire des efforts. Mais tout le monde doit être mis à contribution, aussi fort et tout de suite.

Des coupes dans les budgets publics cela a aussi un impact. Parce que derrière, il y a des êtres humains. Il nous faut une gouvernance économique européenne, il nous fait une fiscalité européenne, il nous faut remettre le diable financier dans sa boîte. On doit avoir le même degré d’urgence, d’énergie et d’engagement sur les trois fronts. On ne peut dire qu’on en privilégie un.

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