Enseignement spécialisé: "Nous ne sommes pas des écoles poubelle !"

C’est un fait, les méthodes pédagogiques adaptées aux différents types de handicaps ont beaucoup évolué. Ces pédagogies spécifiques ont fait leurs preuves en milieu scolaire. Mais elles restent bien méconnues des parents d’enfants handicapés, réticents à l’idée d’inscrire leur enfant dans une école spécialisée.

Isabelle Lemaire
Enseignement spécialisé: "Nous ne sommes pas des écoles poubelle !"
©D.R.

C’est un fait, les méthodes pédagogiques adaptées aux différents types de handicaps ont beaucoup évolué. Ces pédagogies spécifiques ont fait leurs preuves en milieu scolaire. Mais elles restent bien méconnues des parents d’enfants handicapés, réticents à l’idée d’inscrire leur enfant dans une école spécialisée. Pourquoi ? Parce que l’on s’en fait encore l’idée d’écoles "voies de garage" ou l’on ne fait que de l’occupationnel. Pourtant, rien n’est moins vrai. Des enseignants passionnés et dévoués aident leurs élèves à acquérir de l’autonomie, à s’épanouir voire à mener une scolarité la plus normale possible. La preuve par deux avec La Colline de l’éveil et l’IRHOV.

La Colline de l’éveil (qui porte joliment son nom) est une petite école communale située sur les hauteurs de Liège. Elle accueille des enfants autistes et présentant des troubles dits "caractériels". Ici, le maître mot est respect, de soi et des autres. Partout sur les murs, on peut lire "la loi", trois commandements de bonne conduite instaurés par les élèves eux-mêmes. "Certains enfants présentent de graves troubles du comportement", explique Christine Jacques, la directrice. "Les contextes familiaux sont souvent difficiles et la violence peut rapidement éclater." Quand un enfant est en crise, il a la possibilité de se rendre dans le sas de décompression pour frapper dans un punching-ball, sous la supervision d’un adulte. Ensuite, il doit passer par le sas d’écoute pour mettre des mots sur son problème. "Ce sont des méthodes qui marchent très bien. Les enfants gagnent en ouverture, en sérénité et en communication".

Pour les enfants autistes, l’école applique les méthodes Teacch et Pecs (voir ci-contre) et elle construit un programme individualisé, en collaboration avec les parents. "Comme chaque cas est unique, nous faisons passer des tests aux nouveaux arrivants. On travaillera ce qui est en émergence. Certains enfants ont la capacité d’apprendre la lecture et le calcul, d’autres non. Avec les parents, nous décidons d’objectifs prioritaires mais pour les atteindre, il faut un suivi à la maison." Les autistes ont besoin qu’on les aide à structurer le temps et l’espace. Cela se passe par de petits rituels immuables. "Par exemple, à leur arrivée le matin et sur la musique de la Panthère rose, les enfants prennent un coussin et s’assoient par terre à une place précise et personnelle. Et à 15h20, on refait de même et on discute de sa journée". Les stimulations sensorielles et intellectuelles font partie intégrante de la pédagogie appliquée à la Colline de l’éveil et cela porte ses fruits. "Plus il y a de stimulations et plus nous accueillons les enfants jeunes, plus ils auront de chances d’accomplir des progrès", rappelle la directrice.

A l’IRHOV de Liège, on s’occupe d’enfants présentant des troubles visuels, auditifs, autistiques et du langage mais aussi de polyhandicapés sensoriels, de la maternelle au secondaire. Et on est très loin d’y faire de l’occupationnel. "Ici, on travaille et on a des objectifs scolaires !" lance Elisabeth Clément, la directrice. Les programmes sont identiques à ceux de l’enseignement traditionnel, avec quelques adaptations.

Pour les sourds, les cours se donnent en langue de signes et en LPC, le langage parlé complété, un code manuel qui s’ajoute à la lecture labiale. Marine Darcis, qui prend en charge les dysphasiques, leur apprend à lire et à écrire grâce à la méthode gestuelle Borel-Maisonny (un geste pour chaque lettre et son) et à celle des jetons, toutes deux largement éprouvées. L’enseignement des maths passe par le minicomputer de Papy qui permet de réaliser n’importe quelle opération à partir de quatre chiffres (8,4, 2 et 1) disposés dans des cases.

Avec les malvoyants, Marjorie Stevens utilise un écran de projection tactile. "Je peux écrire ou taper des textes dans de grosses polices, en adaptant les couleurs et les contrastes en fonction du déficit visuel de chacun", indique-t-elle. A cela s’ajoutent des machines à écrire et des imprimantes en braille ainsi que des ordinateurs à synthèse vocale et des programmes informatiques spéciaux, un matériel cher mais indispensable si l’on veut donner une chance aux enfants de poursuivre une scolarité la plus normale possible. "Ce qui nous intéresse, c’est de tirer ces enfants vers le haut", déclare Marine Darcis. Et sa directrice ajoute : "Mon credo, c’est accepter le moins d’un enfant mais vouloir le plus de ceux qui sont capables".

Avec des méthodes et un encadrement adaptés, les élèves de l’enseignement spécialisé peuvent réaliser de grandes choses. Mais restons réaliste. Si certains enfants accompliront de réels progrès scolaires, pour d’autres, on parlera plutôt d’amélioration de leur qualité de vie. Ce n’est déjà pas si mal