Les écologistes, des fanatiques de l’Apocalypse ?

"Le fanatisme de l'Apocalypse", dernier ouvrage de l'essayiste français Pascal Bruckner apparaît comme un fameux brandon de discorde. Il y prend le contre-fils de l'écologisme ambiant, le dénonçant comme une fascination fanatique de la catastrophe finale. Entretien avec Pascal Bruckner.

Les écologistes, des fanatiques de l’Apocalypse ?
©Reporters
Entretien : Eric de Bellefroid

Quel effet a déjà pu produire ce livre polémique, pour ne pas dire ce pamphlet ? L’effet d’une bombe ?

Dès mon premier passage sur France Inter, ce fut effectivement une vraie bombe. J’ai reçu des messages d’insulte, on m’a traité de négationniste, de "vendu" aux groupes industriels. On m’a demandé si je n’étais pas payé par Areva et le lobby nucléaire. Le quotidien "Le Monde" du week-end dernier, sur trois pages, a traité des "écolophobes" dont je serais le chef de file. Certains écologistes, cependant, se sont montrés favorables aussi à ma vision des choses. L’un d’eux disait que j’avais peut-être gagné mon pari si j’avais réussi à semer la zizanie dans le camp des verts. A part quoi, beaucoup de gens soutiennent les écologistes et me prennent pour le comble de l’abomination. On m’accuse d’être un hédoniste insouciant, un jouisseur impénitent. Il en est même qui me dénoncent comme faisant le jeu des riches. Bref, je me suis fait un nouveau front d’ennemis. Pourtant, cela fait longtemps que le discours vert me paraît tout à fait régressif. J’ai de nouveaux adversaires que j’espère bien diviser; j’aimerais au moins semer le trouble parmi les dogmatiques de la biodiversité.

Tous les alarmismes sont-ils pour autant bons à jeter ?

Non, bien sûr, la grande marée qui menacerait un jour ou l’autre la Belgique n’est pas un rêve. Mais j’attaque les catastrophismes qui nous tétanisent face à l’adversité. Ainsi, n’importe quel séisme ou tsunami est considéré désormais comme un arrêt rendu par la Terre pour nous punir de nos excès; pour nous dire à quel point nous l’avons violentée, torturée. Le catastrophisme, en fait, nous désarme face aux dangers réels.

Que donc penser de l’écologie, et que faut-il en garder ?

C’est un mouvement original apparu comme la synthèse du marxisme et du tiers-mondisme, qui incarne la remise en question du productivisme de l’ère industrielle. L’écologie réveille aussi un romantisme du début du XXe siècle. Elle est légitime en définitive, jusqu’au moment où elle se donne une expression politique, partout sortie du cercle de la raison, selon une divagation peu convaincante. On l’entend parler des mariages homosexuels ou du conflit israélo-palestinien, tout sauf de la nature. Les naturalistes d’antan étaient finalement plus proches de la nature que les écologistes. Je pense que les écolos n’ont aucun projet de société, sinon à offrir une régression, une forme d’ascétisme. Comme en Allemagne, c’est parti du "Non", ils sont contre tout. Contre les gaz de schiste, le charbon, l’atome. A la fin de la journée, on n’y voit plus grand-chose, à part planter la betterave et boire son jus d’orties

N’est-ce pas de la provocation que de mélanger tous les écologistes au sein d’un même groupe compact ?

Ma seule provocation est de les avoir cités. J’ai relevé et analysé leurs éléments de langage. J’ai répété ce qu’ils disaient ici et là. J’ai étudié comment les écologistes passaient leur temps à culpabiliser les gens. L’écologie est profondément réactionnaire, proche du fascisme à plus d’un titre. C’est toujours un appel à la repentance, et à "la Terre qui ne ment pas". Comme dans tous les délires politiques ou idéologiques, il y a des moments où il vaut mieux éclater de rire.

Vous recommandez aux écologistes de s’attacher plutôt au “progrès moral de l’humanité”.

Si on suivait les écolos, on ne ferait plus rien. Tandis qu’au fond, le défi consiste à repenser les choses dans le sens d’un niveau de vie toujours décent qui ne mettrait pas pour autant à mal les grands équilibres naturels. Etant conscient que la science et les technologies peuvent nous sauver et nous ruiner, mais en sachant aussi que, sans elles, on est condamné à la stagnation et à la mort.


"Ils sont contre tout. A la fin de la journée, on peut juste planter la betterave et boire son jus d’orties " Pascal BRUCKNER Essayiste et romancier Dernier ouvrage paru : “Le fanatisme de l’Apocalypse” (Grasset)