Trop indiscret, Google Street View ?

La société Google a lancé hier en Belgique son application Street View. En composant toute adresse sur l'application, on peut immédiatement en voir la photographie. Le sujet fait débat, notamment quant au respect de la vie privée.

Entretien : Jean-Paul Duchâteau
Trop indiscret, Google Street View ?
©Photonews

Une opinion d'

Alain Strowel, professeur aux facultés Saint-Louis de Bruxelles et à l’université de Liège, mais aussi auteur de “Quand Google défie le droit” (Editions de Boek et Larcier)

Pourquoi cette nouvelle initiative de Google ? Est-ce que, malgré les coûts, cela lui rapporte et comment ?

Cela ne lui rapporte sans doute rien à court terme, mais cela pourrait rapporter gros à moyen et long terme. C’est un investissement pour l’avenir. C’est le genre d’approche classique chez Google ; on offre des services gratuits. Certains sont immédiatement financés par la publicité. D’autres le seront à l’avenir. Pour eux, c’est essentiel aussi parce que c’est tout l’enjeu de la géolocalisation.

Pour l’usager, quels sont les avantages du système ?

Je trouve que c’est intéressant, dans le domaine du tourisme notamment. Cela permet d’identifier un lieu avant de s’y rendre. Cela peut être utile aussi dans le domaine des annonces immobilières : on a non seulement une vue plus complète du bien mais aussi de son environnement, de la rue et du quartier. Personnellement, je ne partage pas le point de vue très critique qui s’est manifesté dans certains pays.

Et quels sont les risques ?

Avec Street View, en tant que tel, les risques sont relativement limités, mais le problème surgit quand on commence à croiser des informations liées à des géolocalisations. Les risques évoqués ("cela facilite les vols", par exemple) me paraissent exagérés. En revanche, si je suis identifié par mon GSM dans un endroit particulier dont Google connaît bien l’environnement, et qu’on commence à m’envoyer des publicités sans arrêt, cela pose problème.

Street View est-il attentatoire à la vie privée ?

Dans la mesure où on peut effacer tout ce qui permet d’identifier les individus, on répond aux critiques. Il y a au départ un floutage des visages, des plaques d’immatriculation, et on peut encore demander a posteriori de flouter davantage. Avec ces garanties-là, on respecte les exigences de la vie privée.

Comment expliquez-vous la forte différence entre l’attitude des Allemands, très critiques, et celle des Français, pratiquement indifférents ?

C’est un phénomène intéressant. Il y a un fond culturel. Depuis longtemps, la vie privée est conçue en Allemagne de manière plus restrictive. Les premières lois en matière de vie privée ont été adoptées en Allemagne, et ce n’est pas pour rien.

De manière générale, au-delà de Street View, Google a-t-il l’habitude de dépasser ses droits ?

Google teste les limites du droit, et donc il en défie en permanence les limites. Dans certains cas, Google va trop loin. A force de jouer avec les limites, on les dépasse parfois. Cela s’est passé avec l’interception des données (mails, etc.) lorsqu’ils ont fait passer les "google cars" dans les rues.