Transports : pour ou contre le service minimum ?

La grève sauvage nuit au droit de grève fondamental, à l’image des travailleurs du secteur public, aux syndicats et elle met dans des difficultés énormes l’ensemble des citoyens. Entretien avec Karine Lalieux.

Transports : pour ou contre le service minimum ?
©BELGA
Entretien : Jean-Paul Duchâteau

Etes-vous favorable à un service minimum dans les transports en commun ?

Je voudrais d’abord rappeler que la grève est tout de même l’arme ultime des syndicats, lorsqu’ils ont épuisé tous les autres types de négociation. Il ne faut pas oublier que l’usage de la grève a permis de réaliser un nombre important d’avancées sociales mais il ne faut pas que ce droit de grève soit galvaudé. Il faut une responsabilité des syndicats. Une grève nécessite, pour qu’elle soit légitime, un dialogue avec la direction de l’entreprise, un dépôt de préavis, l’information des citoyens. Le service minimum dans les transports est un slogan. On a eu des débats à n’en plus finir au parlement, parce que cela reviendrait à interdire pratiquement le droit de grève. Si on veut faire rouler des trains en garantissant la sécurité pour les voyageurs, ce n’est pas cinq chauffeurs qu’on devra mettre au travail ce jour-là, mais des centaines.

Dans les services publics, et particulièrement ceux du transport, on répète cela chaque fois, mais cela n’empêche pas les grèves sauvages comme ces jours-ci.

Les grèves sauvages, je les condamne à mille pour cent. Les autres travailleurs, les étudiants, les familles se retrouvent le matin sur un quai, sans pouvoir être transportés sur leur lieu de travail. Cela n’est pas acceptable. Pour ce jeudi, il y a un préavis de grève, les gens ont été prévenus, ils ont pu essayer de s’organiser. Tandis que le décrochage qu’on vit depuis mardi, il a mis les citoyens devant le fait accompli. De plus, cela nuit à ce droit de grève fondamental, à l’image des travailleurs du secteur public, aux syndicats, et on met dans des difficultés énormes l’ensemble des citoyens. C’est donc un très mauvais signal. Je mets cependant sur un pied différent ce qu’on peut vivre de temps à autre, à savoir les grèves émotionnelles lorsqu’un cheminot ou un chauffeur de bus se fait agresser.

Comprenez-vous les protestations du monde du travail contre le plan de pension ?

Je comprends les inquiétudes des personnes. Pendant longtemps, on n’a pas eu de gouvernement. Maintenant on annonce des mesures structurelles fortes, on remet en cause certains droits acquis mais on le fait parce qu’à un moment donné, il y a des arguments : on vit beaucoup plus longtemps, on remet en cause des régimes spéciaux mais en aucun cas la pension des personnes. Ceux qui sont dans ces régimes aujourd’hui et qui ont plus de 55 ans ne seront pas touchés, tout comme d’ailleurs les conducteurs de trains qui pourront encore prendre leur pension à 55 ans. Mais je veux qu’il y ait encore le financement des pensions, celui de la sécurité sociale et une solidarité entre l’ensemble des travailleurs.

Qu’est-ce que cela fait pour un mandataire socialiste d’être cloué au pilori par les organisations syndicales ?

On prend nos responsabilités, on l’a promis, pour sauver notre modèle social, ce qu’on est en train de faire. Mais il faut bien le dire, ce n’est pas agréable, ni simple. On essaie d’expliquer pourquoi on agit comme cela.