Pour une Eglise régionalisée

"Il est urgent de rétablir les patriarcats en s'inspirant des chrétiens des premiers siècles, car le christianisme à l'européenne ne convient pas partout. Une opinion de Paul De Clerck.

Pour une Eglise régionalisée
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L’Eglise est née de Pâques, de la résurrection du Christ. Ses premiers témoins furent les douze apôtres et les saintes femmes, avec Pierre à leur tête. Son extension fut rapidement extraordinaire : Paul se rendit à Rome, capitale de l’Empire, et Thomas, dit-on, jusqu’en Inde !

Malgré les persécutions, le nombre de chrétiens n’a fait que croître. Si bien que l’on a cru bon à l’époque de régionaliser l’Eglise, d’inventer ce qu’on a appelé les patriarcats, c’est-à-dire une organisation régionalisée de l’Eglise en fonction des cultures dominantes et de la géographie. Ils avaient comme centres : Alexandrie pour l’Egypte et l’Ethiopie, Antioche pour la Syrie et l’Orient, Constantinople pour la Méditerranée orientale, et Rome pour l’Occident.

Chacun de ces patriarcats avait son mode d’organisation propre, avec sa langue dominante et des rites liturgiques différents selon les cultures environnantes. Certains chrétiens de chez nous connaissent d’ailleurs la liturgie byzantine, à laquelle on peut participer en certaines églises orthodoxes de chez nous, ou au monastère de Chevetogne, près de Ciney; elle surprend lors de la première découverte, car elle ne nous est pas familière.

Mais c’est une vraie célébration chrétienne, incarnée dans une culture différente de la nôtre. Ceci, c’est l’héritage de l’Eglise ancienne. Il serait grand temps de le revivifier ! Car depuis la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, puis la pénétration de l’Occident en Afrique, et aujourd’hui la facilité de communication et Internet, le monde est à la fois devenu un village et, paradoxalement, l’importance des cultures particulières ne fait qu’apparaître avec plus d’éclat.

En ce début du 3e millénaire, il est urgent d’inventer une autre organisation de l’Eglise, en s’inspirant tout simplement de ce qu’ont fait à leur époque d’expansion des chrétiens des premiers siècles. Rêvons donc un peu.

On pourrait inventer un patriarcat de l’Amérique latine et un autre de l’Amérique du Nord; un patriarcat pour l’Afrique dont la langue de communication est l’anglais et un autre pour l’Afrique à dominante francophone; plusieurs patriarcats sans doute pour l’immense Asie et l’Océanie, et un pour la petite Europe.

Chaque patriarcat pourrait développer sa propre manière de vivre l’Evangile, et répondre aux questions particulières qui se posent en chacun de ces sous-continents. Inculturation de l’Eglise, tout simplement, à la différence des "missions" qui ont introduit partout le christianisme à l’européenne.

Division de l’Eglise ? Non, mais respect des cultures, et des défis si différents auxquels ces diverses régions du monde sont confrontées. De plus, il existe aujourd’hui des moyens de communication, aériens et informatiques. La tradition de l’Eglise n’est elle-même pas en reste, car elle connaît les synodes, conciles et autres possibilités de se rencontrer et de confronter les points de vue.

Je suggère donc que les responsables de cette petite dizaine de patriarcats se retrouvent chaque mois à Rome durant une semaine pour mettre en commun leurs expériences, échanger leurs points de vue, faire en sorte que chacune de ces régions de l’Eglise puisse mettre en œuvre ses propres visions pastorales sans les imposer aux autres, bref respecter tout à la fois la particularité des cultures et l’unité de la foi en l’Evangile du Christ.

Un beau témoignage, me semble-t-il, tout à la fois de l’unité de l’Eglise et de la diversité des situations dans lesquelles elle se déploie. Une fidélité aussi au beau titre du Pape, "serviteur des serviteurs du Christ", ajoutons : en leurs diversités. Ce ne serait pas si coûteux. Et ne serait-ce pas d’un grand profit pour la vitalité des Eglises locales et même, peut-être, un modèle pour les Nations unies ?


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