Critiquer la politique d’Israël ? Position antiraciste

Dans une interview récente, Maurice Sosnowski, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) et professeur de médecine à l’ULB, accusait le PTB et Comac (son mouvement de jeunes) d’antisémitisme... Une opinion d'Aurélie Decoene et de Raoul Hedebouw

Critiquer la politique d’Israël ? Position antiraciste
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Une opinion d'Aurélie Decoene et Raoul Hedebouw, respectivement présidente de Comac et porte-parole du PTB.

Dans une interview récente, Maurice Sosnowski, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) et professeur de médecine à l’ULB, accusait le PTB et Comac (son mouvement de jeunes) d’antisémitisme : "Aujourd’hui, le mot sionisme est associé au mot nazisme puis au peuple juif. Une banalisation de plus. L’extrême gauche européenne y participe avec, en Belgique, le PTB et les jeunes du Comac à l’université. [ ] Aujourd’hui, sous le couvert de l’antisionisme, ces groupes sont antisémites. [ ] la focalisation sur les événements du Proche-Orient vient du fait que les gens sont antisémites, pas l’inverse." ("LLB", 27/3/13).

Une accusation grave et sans fondement, qui participe à une stratégie visant à museler toutes critiques à l’égard de la politique israélienne. L’antiracisme, un combat de toujours. Le PTB a, tout au long de son histoire, été en première ligne dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes, y compris l’antisémitisme. Le PTB et Comac mettent quotidiennement au premier plan la lutte pour les droits égaux, contre toutes les idéologies qui visent à diviser la population, que ce soit sur base du sexe, de la langue, de l’âge, de la couleur de la peau, des convictions religieuses, etc.

Des milliers de communistes de toutes origines ont donné leur vie dans la lutte contre le nazisme. Aujourd’hui encore, le PTB combat le fascisme avec force, comme le montre par exemple le combat récent pour interdire la manifestation néonazie du NSA à Borgerhout (Anvers).

Les accusations du CCOJB sont donc sans fondement. Ni le PTB ni Comac n’ont jamais tenu le moindre propos qui puisse être assimilable à de l’antisémitisme. M. Sosnowski est d’ailleurs incapable d’avancer la moindre preuve justifiant son accusation. Dans le cas contraire, il n’aurait pas hésité à porter plainte, comme il a d’ailleurs tenté de le faire contre Flahaut.

Une stratégie de diffamation. "M entez, mentez, il en restera toujours quelque chose" : c’est la stratégie de communication du CCOJB. L’institution est en effet abonnée à ce type de sortie fracassante, visant des personnes ou des organisations critiques à l’égard de la politique d’Israël. L’objectif ? Jeter le doute sur leur crédibilité.

En 2009, alors qu’il voulait poursuivre André Flahaut pour avoir tenu des propos antisémites, le CCOJB a été condamné par un tribunal belge " à la fois pour avoir répercuté des informations incomplètes les rendant inexactes et à la fois pour avoir laissé sciemment sous-entendre que M. Flahaut était antisémite" (1) . Ce que le CCOJB reprochait en fait à M. Flahaut, c’est d’avoir participé à une manifestation pro-palestinienne. Le CCOJB n’a-t-il pas inscrit dans ses missions " le soutien par tous les moyens appropriés à l’Etat d’Israël".

Critiquer la politique israélienne n’est pas de l’antisémitisme. Ce qui dérange donc le CCOJB, c’est le fait que Comac et le PTB refusent de rester silencieux face à la politique coloniale d’Israël, celle d’un Etat d’apartheid qui ne veut pas la paix. C’est d’ailleurs ainsi que l’a qualifiée récemment le Tribunal Russell pour la Palestine, auquel ont participé des intellectuels tels que Stéphane Hessel, Edgar Morin ou Angela Davis. Comme de nombreux militants, intellectuels ou associations, nous dénonçons l’attitude complice des gouvernements occidentaux qui considèrent malgré cela Israël comme un partenaire privilégié.

Il est donc plus que nécessaire de rappeler que la critique des politiques de l’Etat d’Israël n’a rien à voir avec de l’antisémitisme. Bien au contraire, l’antisémitisme est du racisme. Nous considérons qu’aujourd’hui, critiquer la politique coloniale actuelle de l’Etat israélien à l’égard du peuple palestinien (et d’une partie de sa propre population d’ailleurs) est un acte de lutte contre le racisme. N’en déplaise au CCOJB.

(1) Extrait du jugement repris dans "Le Soir" du 24/10/2009.


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