Liberté, égalité, sexualité

Mais qu'est-ce qui fait donc que l'homosexualité soit ainsi le réceptacle de tant de haine ? Est-ce la peur de la différence, cette même peut qui génère le racisme ? Une opinion de Michel Claise, Chroniqueur.

Liberté, égalité, sexualité
©AFP

Mais qu'est-ce qui fait donc que l'homosexualité soit ainsi le réceptacle de tant de haine ? Est-ce la peur de la différence, cette même peut qui génère le racisme ? Une opinion de Michel Claise, Chroniqueur.

Liberté, égalité, sexualité : ce triptyque, choisi comme titre du spectacle de Sam Touzani, fleure bon l’esprit révolutionnaire, référence à cette devise universelle née du Siècle des Lumières, qui s’est inscrite dans l’Histoire comme le nom des grands politiques qui ont permis de la graver de manière intangible, tant dans les textes consacrant les droits de l’Homme que sur les frontons des bâtiments de la République française.

Mais la Révolution, quoiqu’en déplaise aux plus romantiques esprits qui s’en revendiquent encore, est d’essence bourgeoise, une volonté de renversement du gouvernement des juges de la royauté qui, dans leurs décisions iniques, protégeaient les privilèges immobiliers de la noblesse, au point que la première déclinaison révolutionnaire fut "Liberté, égalité, propriété", avant que Robespierre, en 1790, dans son discours sur "L’organisation des gardes nationales", remplace le droit réel de la propriété par l’idéal de la Fraternité.

N’est-il dès lors pas opportun, aujourd’hui, et au regard de la violence du conflit français qui jaillit à propos du mariage pour tous, de bouleverser à nouveau la célébrissime maxime en y glissant le mot "sexualité", non comme provocation, mais comme la référence à un droit individuel et inaliénable, remis en question dans ses choix par toutes sortes de gens qui, au nom de leur religion notamment, condamnent cette évolution législative qui tend à établir l’égalité entre tous ? Le président Hollande l’avait annoncé dans son programme : rien de surprenant ni d’antidémocratique au fait que la loi du 17 mai 2013 ait été votée, d’autant que plusieurs pays européens en avaient déjà fait de même.

Sans doute la récupération politique de la contestation paraît-elle comme évidente et quand, ce dimanche 26 mai, une semaine après l’adoption de la loi, Jean-François Copé en arrive à parader aux presque côtés des Gollnisch et Collard dans les rues de Paris, il y a de quoi frémir devant l’image d’une droite unie à l’extrême, dans le but déclaré de renverser le président de la République. Une manifestation qui se veut pacifique, des citoyens venus de province, avec les enfants, des personnes déstabilisées par ce qu’ils estiment être un bouleversement inquiétant dans leur sphère classique de société, comme elle leur a été enseignée. Mais cette manifestation est aussi l’expression de la violence d’une attaque qui porte sur l’esprit de cette loi et c’est l’homosexualité dans sa cohabitation sociale qui est visée, même si, de manière hypocrite, certaines barjots s’en défendent.

La simple manifestation d’opinion contraire propre à tout système démocratique est largement dépassée. Des expéditions punitives ont été organisées dans les quartiers gays. Mais qu’est-ce qui fait donc que l’homosexualité soit ainsi le réceptacle de tant de haine ? Est-ce la peur de la différence, cette même peur qui génère le racisme ?

En Belgique, au grand dam des chrétiens progressistes, des propos sans ambiguïté ont été tenus par la hiérarchie de l’Eglise : l’homosexualité est contre-nature et condamnée, sauf à pratiquer l’abstinence. Nombreux sont ceux, dans notre société moderne, qui ne veulent plus entendre cela. "Cachez ces saints que nous ne voulons plus voir", auraient pu crier les Femen (nos Pussy Riots à nous), lorsqu’elles s’en sont prises à Monseigneur Léonard à l’ULB, l’aspergeant de la pluie de leurs sarcasmes tandis que le prélat attendait un meilleur temps en se réfugiant sous le parapluie de la prière.

Revenons à la manifestation de ce 26 mai : des organisations musulmanes, dont les "Musulmans de France", se sont jointes aux manifestants. Rien de surprenant non plus. Pour rappel, la loi coranique a érigé l’homosexualité en infraction dont la sanction, en fonction des pays qui l’appliquent, est la peine de mort. Des jeunes nationalistes brandissent des pancartes avec la photo d’un singe et la terrible phrase : "Et pourquoi pas pour lui ?" D’autres scandent, entre deux Ave Maria, "Ne détruisez pas l’ordre naturel" . C’est incroyable ! Nous voilà bien loin de l’esprit des Lumières, de l’idéal de liberté, du combat pour l’égalité. Ah, Robespierre ! Et ce sont ces mêmes gens qui, dans les rues de Paris, entonnent la Marseillaise.


Sur le même sujet