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Que pensez-vous des résultats du sondage ?

Entretien : T. Bo.

Que pensez-vous des résultats du sondage ?

Il manque deux choses dans votre sondage sur l’intégration et le radicalisme religieux. Un : le phénomène des convertis n’est pas pris en compte alors qu’il intervient dans beaucoup de situations ou faits divers, sources de craintes ou de tensions. Un élément mal encadré peut facilement déboucher sur du radicalisme. Je pense à Jean-Louis le soumis de "Sharia4Belgium", de l’agresseur au cutter à Paris, des deux Afro-Anglais meurtriers du soldat anglais à Londres ou encore des nombreux convertis partis combattre en Syrie. Les convertis sont souvent des jeunes peu qualifiés et "born again", c’est-à-dire qu’après avoir fait les 400 coups ils trouvent un sens dans une religiosité radicale. C’est plus un problème d’encadrement que d’intégration. Deux : qu’attendent les Belges ? Une assimilation ou une intégration ? L’étranger sera-t-il plus intégré s’il mange du vol-au-vent halal et ne s’habille pas exotique ? Y a-t-il un critère religieux derrière l’intégration ? Si c’est le cas, à partir de quand est-ce du radicalisme ? Figurez-vous que parmi la communauté musulmane, il existe des gens très orthodoxes (dans la pratique et le vestimentaire) mais qui prêchent la non-violence. Un peu des équivalents à Mgr Léonard. Mais dans le subconscient du public, ils correspondent à une caricature qui peut faire peur. Enfin, j’attire l’attention sur le contexte économique morose actuel. Les gens s’interrogent sur leur emploi, leur avenir, celui de leurs enfants. Ils ont peur, en général.

L’inquiétude des sondés, vous la connaissez déjà avec le lancement récent de www.desmusulmansvousecoutent.be.

Oui. Les musulmans ne jouent plus la politique de l’autruche. Il est important pour nous d’entendre cette inquiétude mais aussi de l’analyser. Quelle est la part de vécu personnel ? De projection ? L’impact de l’actualité internationale ? Et puis y répondre. C’est la tâche que nous faisons depuis une quinzaine de jours sur notre site. Les questions reçues complètent qualitativement les sondages. On essaye d’affiner ces inquiétudes : viennent-elles de personnes urbaines ou de ruraux ? Ces personnes ont-elles vécu une mauvaise relation ? Avec une personne ? Avec une mosquée ? Avec un groupe informel un peu "sulfureux" ? Il est important que le traitement des questions/réponses soit synthétisé dans un rapport puis envoyé à tous les responsables de la communauté musulmane. Si malaise il y a, nous devons être deux pour le lever et le résoudre. L’objectif est de sortir du populisme et de la démagogie. Chez moi, à Liège, j’ai un professeur qui répète : quand on sort de l’analyse, le plus important est "Et qwé ?" Et maintenant que fait-on ? Place aux solutions !

Que révèlent les courriers à votre site ?

En 48h, 500 formulaires ont été remplis et envoyés. Cela me touche. Nous partons du principe que les personnes qui s’adressent à nous sont ouvertes et respectables. Et donc que leurs inquiétudes voire différends à propos des "Autres" sont légitimes. S’ils se tracassent, ce n’est pas pour stigmatiser mais pour mieux "vivre ensemble". En général, c’est plutôt des gens qui ne connaissent pas de personnes musulmanes et vivent avec un imaginaire du musulman nourri par les séries TV, soit un presque terroriste, couteau à la main. De la même manière que certains musulmans ne connaissent pas d’homosexuels et les placent dans un imaginaire type "cage aux folles".

N’est-ce pas important que des responsables musulmans en Belgique quittent certains silences mal interprétés ?

Il y a de moins en moins de musulmans qui tentent de justifier l’injustifiable. Quand un irresponsable raconte qu’il faut instaurer la charia ici, sachez que les musulmans en premier disent "non". Et que notre inquiétude et notre priorité sont similaires à celles des autres citoyens : loyers, panier de la ménagère, emplois et éducation. Les musulmans sont les premiers à se tracasser face au radicalisme. Imaginez l’état d’une maman face à son fils qui tourne en rond. Ne craint-elle pas l’influence d’idées de type fasciste religieux ? N’a-t-elle pas peur qu’il parte en Syrie ? Un père ou une mère s’inquiète de la même manière, partout. J’espère que tous les responsables musulmans aussi. Et qu’ils ne mettent pas d’huile sur le feu, soient sans équivoque et clairs face à tous les extrêmes.

"Qu’attendent les Belges ? Une assimilation ou une intégration ? L’étranger sera-t-il plus intégré s’il mange du vol-au-vent halal et ne s’habille pas exotique ?"