Le sport sur ordonnance : une réalité à Strasbourg

Lancée en novembre 2012 à Strasbourg, l’expérimentation « Sport-Santé sur ordonnance » connaît un vif succès. Etat des lieux avec Alexandre Feltz, Médecin de formation, Vice-président de la Communauté Urbaine de Strasbourg et Conseiller municipal délégué en charge des questions de santé.

Propos recueillis par Sylvain Landa
Le sport sur ordonnance : une réalité à Strasbourg
©REPORTERS

Comment est née l’expérimentation « Sport-Santé sur ordonnance » ? 


 AF : Suite à un diagnostic mené en 2008, nous avons constaté que le territoire alsacien était d’une part très impacté par les maladies cardio-vasculaires, le diabète et l’obésité et qu’il existait d’autre part de grandes inégalités sociales en la matière, les catégories socioprofessionnelles les plus modestes étant les premières touchées. Face à cette situation, la Ville de Strasbourg a signé un contrat local de santé avec l’Agence régionale de santé, la Préfecture du Bas-Rhin, le Rectorat et le Régime local d’assurance maladie d’Alsace-Moselle. L’expérimentation « Sport-Santé sur ordonnance » s’inscrit dans cette démarche. Elle a pour objectif de favoriser la pratique d’une activité physique régulière, modérée et adaptée à l’état de santé des malades chroniques, dans une optique de réduction des inégalités sociales et territoriales de santé. 

Comment s’organise-t-elle concrètement ? 

 AF : Depuis novembre dernier, les médecins généralistes de Strasbourg ayant signé la charte d’engagement peuvent prescrire à leurs patients une activité physique modérée et régulière. Le patient prend ensuite contact avec un éducateur sportif de la Ville spécialement dédié au suivi de l’expérimentation. Il a pour mission d’orienter les patients vers l’activité physique qui leur convient le mieux, en fonction des recommandations du médecin et d’une évaluation de leur sédentarité et de leurs habitudes en matière de pratique d’activité physique. Le patient peut se voir proposer trois types d’activités : les modes de déplacement physiquement actifs (marche à pied ou vélo) ; les pratiques douces et les activités gérées par le service des sports de la Ville (l’école de vélo, la Gym Forme, la Gym Douce, le Taï Chi, le Qi Gong, la natation avec un créneau pour les débutants, etc.) ; enfin, les activités proposées par les associations et clubs sportifs labellisés « sport/santé ». Les patients sont suivis régulièrement par l’éducateur sportif, afin de mesurer leur motivation et leur satisfaction par rapport à l’activité physique proposée et les réorienter le cas échéant. Cette action est aujourd’hui totalement prise en charge et le patient bénéficie gratuitement de l’activité sportive et de l’accompagnement personnalisé. Cette gratuité permet de toucher des gens très éloignés de l’activité physique : près de 80% des bénéficiaires ne savent pas nager ou faire du vélo. L’expérimentation prendra fin en septembre. 

Quel premier bilan faites-vous de l’initiative ? 

 AF : Je retiens tout d’abord la forte implication des médecins généralistes et la couverture médiatique impressionnante de l’expérimentation. 300 ordonnances ont été réalisées et près de 250 patients sont suivis. Enfin, nous constatons que le programme touche des personnes réellement éloignées de l’activité physique et sportive, des gens qui, s’il n’y avait pas eu de prescription, d’accompagnement personnalisé et de gratuité du dispositif, n’auraient jamais pu bénéficier d’une activité physique bonne pour la santé. Ces personnes expriment aujourd’hui un mieux-être, une conscience positive de leur corps. Désormais, le défi est de montrer, chiffres à l’appui, que le sport sur ordonnance réduit la prescription médicamenteuse, et donc, à terme, la pression sur l’assurance maladie et les finances publiques. Ce sera la clé d’une éventuelle généralisation du dispositif.


Tribune issue de la  revue scientifique n°23 sur "sport, santé bien-être". Pour la consulter, cliquez ici .