Lacunes du modèle belge d’élevage de startups

Contrairement à la Silicon Valley, les startups belges doivent apprendre à se débrouiller toutes seules et trouver elles-mêmes des solutions dans des conditions frugales. Une opinion de Carl-Alexandre Robyn, transformateur de gestion au Cabinet VALORO.

Une opinion de Carl-Alexandre Robyn
Lacunes du modèle belge d’élevage de startups
©REPORTERS

La Silicon Valley, les régions de Boston et de New York ont créé chacune un environnement éminemment favorable où les investisseurs sont en compétition les uns avec les autres pour avoir une chance de financer la prochaine start-up « chaude ».

Tandis que dans notre écosystème de développement et de financement, ce sont les startups qui sont en compétition pour avoir une chance de présenter leur projet à un parterre d’investisseurs (souvent dilettantes). Elles doivent apprendre à se débrouiller toutes seules et trouver elles-mêmes des solutions dans des conditions frugales.

Pour résumer la nette imperfection du modèle belge d’élevage de startups, citons, parmi ses failles cruciales :


Une culture d’entreprise insuffisante et un culte de l’entrepreneuriat inexistant

Il nous manque d’emblée le premier atout maître. L’écosystème belge n’est pas irrigué par la culture de l’entreprise. On y est pas entouré de gens qui pensent à créer, qui ont créé, qui veulent recréer. On n’y baigne pas littéralement dans l’esprit d’entreprise !

Tous les gens qui ont créé des boîtes savent qu’ils ont au moins autant appris de leurs échecs que de leurs réussites. Mais pas le staff (analystes, investisseurs, mentors, partenaires) des dispositifs public et privé d’aide à la création et au financement d’entreprise. Du coup, chez nous, seules les expériences d’entrepreneuriat couronnées de succès sont valorisées, pas celles qui ont fait flop. C’est éminemment réducteur.

L’inexistence de culte de l’entrepreneuriat entraîne deux conséquences. D’une part, en Belgique, la proportion des individus qui rêvent de créer leur entreprise est plus faible que partout ailleurs dans l’union européenne. D’autre part, à en juger par les motifs de rejet des dossiers de nos structures d’intermédiation, les Belges ont une connaissance extrêmement lacunaire des réalités du business : chez nous, les porteurs de projet n’ont généralement pas exercé des petits boulots, ils ne savent pas ce que c’est qu’un client, un paiement, des délais de livraison, et ils n’ont généralement pas l’obsession de vendre !

L’une des déficiences fondamentales du modèle belge réside donc tout simplement dans le fait qu’il y a chez nous beaucoup moins de candidats à la création, et qu’ils sont moins préparés et moins professionnels qu’ailleurs en Europe.


Un soutien anémique des business angels

À l’aune du nerf de la guerre (l’argent) aussi, les startups belges sont mal placées pour gagner la bataille, notamment du fait qu’elles ne puisent que très peu de force auprès des business angels. Le nombre de réseaux de business angels n’a cessé de décroître ces quinze dernières années (il n’en reste que deux ou trois, chacun ne comptabilisant qu’une centaine de membres). Mais en réalité très peu (entre 8 et 10 %) de business angels s’inscrivent dans les réseaux, ils agissent plutôt en électrons libres, ce qui complique l’appariement.

Quelques chiffres suffisent pour en juger : au cours de l’année 2010, en Belgique, environ 25 entreprises ont bénéficié de financements de la part de business angels, pour un montant total de 13 millions d’euros ; Sur la même période en France, les business angels ont financé 280 entreprises, à hauteur de 150 millions d’euros ; Et  aux Etats-Unis, ils ont financé 62 000 entreprises, à hauteur de 20 milliards de dollars !

Dernière comparaison parlante entre les « anges du business » de part et d’autre de l’Atlantique : en Belgique, ces investisseurs personnes physiques sont au nombre de 400 environ contre à peu près 7 000 en France, et 265 000 aux Etats-Unis !


Une  industrie du capital-risque chétive au rendement médiocre

À l’échelon du capital-risque, on constate proportionnellement encore un gros écart  entre la Belgique, la  France et les Etats-Unis. Une compilation de statistiques montre que les investissements en capital-risque en Belgique ont atteint environ 59 millions d’euros en 2010, et 61 millions d’euros en 2011. En France ils ont représenté 605 millions d’euros en 2010 et 632 millions d’euros en 2011.

Les investissements en capital-risque dans l’Hexagone représentent dix fois ceux de notre royaume, alors que le rapport de taille entre les populations française et belge n’est que de 1 à 6.

De leur côté, les investissements en capital-risque aux Etats-Unis ont atteint environ 7,3 milliards de dollars en 2010, et 8,8 milliards de dollars en 2011.

Point capital : Dans leur grande majorité, les capitaux-risqueurs belges sont des personnes aux profils de financiers, et non d’entrepreneurs. Tous les entrepreneurs vous diront que la qualité du conseil n’est pas la même si elle émane d’un analyste financier ou d’un entrepreneur créateur de start-up.


Des banques peu ou pas en symbiose avec les entrepreneurs

En Belgique, les capitaux-risqueurs sont apparemment les seuls acteurs financiers à avoir développé un vrai goût du risque. On ne trouve pas chez nous des banques qui comprennent parfaitement le mode de fonctionnement et les besoins des startups, et qui sont capables de les financer de manière adéquate.

Dans le même ordre d’idées soulignons que nous manquons d’institutions financières sortant des schémas de financement classiques. Nous n’avons pas de financeurs originaux telles les sociétés de venture debt : il s’agit d’institutions financières à mi-chemin entre société de capital-risque et établissement de crédit. Elles prêtent aux startups selon un mode d’analyse et des processus spécifiques, et se font rémunérer pour tout ou partie par des nantissements d’actions ou des stock-options des sociétés auxquelles elles prêtent.


Un marché boursier peu adapté aux sociétés high-tech

Ultime atout manquant – du modèle belge d’élevage de start-up par rapport au modèle américain : Les Etats-Unis ont le Nasdaq, qui est le marché boursier idéal pour la cotation de sociétés technologiques d’élite. Malheureusement, il n’existe aucun marché boursier équivalent en Europe. Cette situation est tellement problématique que les capitaux-risqueurs belges se retrouvent parfois obligés d’aller faire coter aux Etats-Unis des entreprises dans lesquelles ils ont des participations…


Une opinion de Carl-Alexandre Robyn, transformateur de gestion au Cabinet VALORO.