Menace d’utilisation de matières radioactives à des fins terroristes

Cette semaine, au Mexique un groupe armé a volé un camion transportant un chargement radioactif rappelant la nécessité de mieux sécuriser certains matières sensibles pour éviter leur utilisation à des fins terroristes. Une opinion de Sylvain Fanielle.

Contribution externe
Menace d’utilisation de matières radioactives à des fins terroristes
©REPORTERS

Une opinion de Sylvain Fanielle, chercheur à l'Université d'Anvers sur la problématique des bombes sales.

Les autorités mexicaines ont révélé ce mercredi qu’un groupe armé avait volé, début de semaine, un camion transportant un chargement radioactif, plus précisément du cobalt 60. Utilisée principalement dans les radiothérapies et le traitement des cancers, cette substance ne représente pas de risque sérieux pour autant qu’elle soit correctement protégée. Cependant, les conséquences sanitaires pourraient être catastrophiques si son enveloppe protectrice venait à être endommagée (volontairement ou non).

Bien que la source radioactive ait été retrouvée, cet événement met à nouveau en exergue la nécessité de garantir la sécurité de ce type de matières sensibles, et ainsi prévenir leur utilisation à des fins terroristes, notamment à travers une « bombe sale », combinant à la fois explosifs conventionnels et éléments radioactifs.

Des matières radioactives un peu partout

Les matières radioactives sont utilisées dans de nombreux secteurs de nos sociétés comme l’agriculture, la recherche médicale, les soins de santé, la production d’isotopes médicaux ou dans certaines industries spécialisées. La Belgique est, par exemple, un des leaders mondial de production de molybdenum 99 (indispensable dans certaines procédures médicales). Tenant compte du fait que l’utilisation de ces matières augmentera de façon considérable dans les prochainesannées, et ce, principalement dans les pays émergents, il est indispensable qu’elles bénéficient d’un régime de protection global et durable.

Pourtant, à l’instar de certaines matières fissiles (uranium et plutonium) qui bénéficient d’une protection plus accrue, les matières radioactives ne sont que peu soumises à des réglementations strictes, ce qui les laisse fréquemment sans surveillance suffisante que ce soit dans des hôpitaux, centres de recherche ou lors de transports nationaux et internationaux. Bien qu’elles ne peuvent, par leur nature, provoquer un nouvel Hiroshima ou ou Nagasaki, l’utilisation d’une bombe sale dans une métropole aurait des conséquences dramatiques.

Malgré les nombreux efforts entrepris au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, il n’existe, à l’heure actuelle, aucun réel régime international imposant aux états de sécuriser ces matières. Il existe bel et bien des recommandations émanant de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Mais, malheureusement, ces dernières ne sont pas appliquées uniformément faute de moyens, de volonté ou de prise de conscience du danger que pourraient représenter ces matières.

"La menace (...) est bien réelle"

Bien que des progrès aient été réalisés, l’événement de lundi dernier rappelle à l’ensemble de la communauté internationale que la menace d’utilisation de matières radioactives à des fins terroristes est bien réelle et que la sécurisation de ces matières doit rester une priorité à l’avenir. Pour se faire, plusieurs éléments sont à prendre en compte.

Tout d’abord, l’ensemble des états, sans exception, doit suivre et appliquer les recommendations de l’AIEA. En effet, la mise en place, dans une société de plus en plus globalisée, d’un minimum de standards internationaux apparaît comme une nécessité. En outre, lancé en 2010 sous l’impulsion du Président Obama, le Sommet sur la sécurité nucléaire a pour objectif de sécuriser l’ensemble des matériaux nucléaires. Jusqu’à présent, le processus s’est principalement concentré sur les matières fissiles, alors que l’utilisation des matières radioactives est bien plus répandue de part le monde, représentant elles aussi un danger certain.

Les autorités néerlandaises, en charge du prochain sommet en mars 2014 à la Haye, ont d’ores et déjà annoncé que la sécurité de ces matières serait une priorité. Ce sommet réunissant de nombreux chefs d’états est une nouvelle occasion pour revitaliser les efforts afin d’aborder la problématique de manière globale et, pourquoi pas, poser les premiers fondements d’un régime légalement contraignant. Enfin, l’amélioration de la sécurité de telles matières passe également par une approche au niveau national et local.

Ainsi, les autorités nationales doivent s’assurer que tous les acteurs, utilisant des matières radioactives, possèdent des mesures de protection et de sécurité suffisantes. Au vu de ces éléments, une chose est certaine: seule une approche globale, tant au niveau international que national, permettra de sécuriser les matières radioactives de manière efficace et durable.

Titre et texte d'annonce sont de la rédaction.