Chaque enfant a droit aux meilleurs soins

La ministre de la Santé publique doit prendre en considération les soins intensifs pédiatriques. Une opinion partagée par les membres de l'Association Belge des Intensivistes Pédiatriques.

Chaque enfant a droit aux meilleurs soins
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Contribution externe

La ministre de la Santé publique doit prendre en considération les soins intensifs pédiatriques. Une opinion partagée par les membres de l'Association Belge des Intensivistes Pédiatriques



Nos enfants sont notre bien le plus précieux. Il semble donc naturel de penser que chaque enfant a droit aux meilleurs soins. Nous avons l’impression que la Belgique ne partage pas ce point de vue. Dans notre pays, il est possible par exemple, qu’un enfant qui doit être opéré soit admis dans un hôpital où il n’y a ni pédiatre sur place ou qu’il ne soit pas disponible. Et pourtant même les interventions les plus banales peuvent donner lieu à des complications sévères qui nécessitent une prise en charge expérimentée.

Malgré l’existence de services de soins intensifs hautement spécialisés dans le pays, il arrive encore que les enfants critiques soient pris en charge dans des unités qui n’ont pas d’expérience en soins intensifs pédiatriques. Or dans un pays aussi petit que la Belgique il est possible de transporter ces enfants en temps opportun et de manière professionnelle, quelles que soient les circonstances, vers un centre spécialisé.

Le transfert vers les centres spécialisés de ces enfants gravement malades n’est pas systématique et seuls les "happy few" arrivent directement dans les hôpitaux qui peuvent offrir ces soins parce que le médecin traitant, le pédiatre, l’urgentiste ou les parents eux-mêmes ont décidé de faire transférer l’enfant.

Il est ainsi possible dans notre pays que deux enfants avec la même pathologie soient traités de façon très différente et aient des pronostics différents. Une tentative très prudente a été faite pour améliorer la qualité des soins en légiférant sur les programmes de soins pour enfants. Un encadrement de qualité y était proposé mais l’accent n’était mis ni sur les connaissances et ni sur les compétences garantes de qualité.

Il y était dit que l’enfant devrait être admis dans un environnement approprié, sans contact visuel avec des adultes malades… mais l’essentiel, c’est-à-dire la description des compétences, de l’enseignement et de la qualité de l’équipe donnant des soins aux enfants critiques 24 heures sur 24 manquait.

On n’a tenu aucun compte des arguments scientifiques plaidant pour la centralisation des soins les plus spécialisés destinés aux enfants les plus vulnérables. La Belgique est dans ce domaine très en retard sur les pays voisins. Il est donc temps de poser les questions essentielles.

Il y a plus d’un an déjà, l’avis détaillé du Conseil Supérieur des Etablissements hospitaliers, plaidait pour la nécessité de concentrer les "soins intensifs pédiatriques" pour que la plus grande expertise soit offerte à tout moment, dans chaque endroit, à chaque enfant grâce à un réseau organisé entre les hôpitaux. Un projet de programme de soins pour les enfants gravement malades a été proposé depuis plus de 10 ans par les unités de soins intensifs pédiatriques et a traversé plusieurs cabinets sans réponses malgré la véritable nécessité de normes d’encadrement adaptées et d’une législation cohérente.

Madame la ministre, notre pays et nos enfants ont besoin d’urgence d’une prise en charge complète sous forme d’un plan bien pensé où la qualité des soins pour chaque enfant et son entourage familial est plus importante que les intérêts politiques. Notre pays est trop petit pour tolérer des différences dans la prise en charge et la qualité des soins aux dépens de nos enfants.

La bonne volonté, le bon sens, la coopération constructive, la gestion des conflits et l’abandon d’intérêts personnels sont nécessaires mais si aucune législation rationnelle centrée sur l’enfant et sa famille ne s’y ajoute, rien ne se produira. Cela menacera les efforts déjà consentis par beaucoup au profit de la polémique, d’intérêts personnels et financiers et, plus important encore, ceci mènera à une stagnation voire une dégradation de la qualité des soins offerts à ceux qui sont les plus précieux à nos yeux, les enfants.


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