La Mère de toutes les Elections

De plus en plus de Flamands ne croient plus en la capacité de la classe politique à changer la dépendance boulimique de la croissance économique internationale. Parmi les idéologies classiques, seul le CD&V se montre assertif. Opinion.

La Mère de toutes les Elections
©Christophe Bortels
Contribution externe

Une opinion de Jan de Troyer, chroniqueur. 


En Flandre, le scrutin du 25 mai 2014 est qualifié par les médias de "Moeder van alle Verkiezingen" (la Mère de toutes les Elections). Cette expression quelque peu pathétique laisse croire que la Belgique subira dans la nuit du 25 au 26 mai une transformation spectaculaire - un clash communautaire - dont les seuls partisans se trouvent en réalité dans les rangs de la N-VA.

Paradoxalement, de plus en plus de progressistes flamands - parmi eux l’auteur David Van Reybrouck et l’économiste Geert Noels - déclarent ouvertement qu’ils ne participeront pas à ces élections tellement uniques et importantes. Van Reybrouck a appelé au boycott, Geert Noels a annoncé qu’il votera blanc. Leur exemple risque d’être suivi : un nombre grandissant de Flamands ne croient plus en la capacité de la classe politique à changer fondamentalement la dépendance boulimique de la croissance économique internationale.

Ce scepticisme explique l’hémorragie persistante des familles politiques classiques flamandes et nourrit le succès de la N-VA, qui ne doit pas affronter cette réalité internationale. Du côté des idéologies classiques, il n’y a que le CD&V à se montrer assertif quand il s’agit de l’avenir du pays. Selon son nouvel homme fort, le ministre des Finances Koen Geens, la raison politique belge exige que le Premier ministre fédéral soit un Flamand.

On peut comprendre monsieur Geens. Les libéraux et socialistes flamands étant totalement impuissants et comme personne n’acceptera de voir Bart De Wever prendre ses quartiers au 16 rue de la Loi, le seul Flamand qui pourrait devenir Premier ministre s’appelle Koen Geens. Qui pourrait le stopper en Flandre ?

Au sein de l’Open VLD, le triste spectacle des électeurs succombant au chant des sirènes de la N-VA n’est pas encore arrivé à son acte final. Fin novembre, à peine quelques heures après la conclusion du "Congrès pour l’Avenir" de l’Open VLD, la jeune députée libérale Annick De Ridder était accueillie de façon triomphale à la N-VA, un tacle d’une brutalité extraordinaire, dégonflant en moins de 24 heures toute crédibilité de renouveau mise en scène lors de ce congrès libéral.

Et s’il fallait vraiment trouver un Flamand pour piloter le projet fédéral, Koen Geens ne devrait certainement pas craindre le sp.a. Une nouvelle polémique médiatique a affaibli la position de Johan Vande Lanotte, vice-Premier ministre sp. a, qui a présidé de 2007 à 2010 la société Electrawinds, active dans le secteur des énergies renouvelables et actuellement au bord de la faillite.

Electrawinds a reçu un soutien d’environ 100 millions d’euros de diverses instances publiques flamandes. L’ex-président de la société, le vice-Premier ministre socialiste et homme fort d’Ostende, ville qui est aussi celle du siège social d’Electrawinds, se trouve au centre de la controverse. De surcroît, le congrès de son parti a récemment approuvé l’interdiction du cumul d’un mandat politique et d’administrateur d’une société privée.

Un autre socialiste flamand, le ministre de l’Education Pascal Smet, s’est rendu en visite officielle au Brésil, pour "rapprocher les universités flamandes et brésiliennes". Peu après, le patron des mutualités socialistes Guy Peeters, mandarin discret du parti, a commenté dans une interview le rêve avoué par Pascal Smet d’ouvrir un "Bed and Breakfast" au Brésil. "Mieux vaut qu’il le fasse immédiatement", a dit ce cacique du parti dans un avis étonnamment cinglant.

A l’approche de la "Mère de toutes les Elections" le sp. a se trouve dans une position inconfortable, ce qui a l’art de faire sortir même les plus discrets de leurs gonds.


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