Pourquoi nous quittons Bruxelles…

Les politiciens bruxellois voient l’accroissement de la population comme LE grand défi des prochaines années. Et on ne parle que très peu de ces citoyens et de ces entreprises qui décident de quitter Bruxelles. Carte blanche de Agoria Bruxelles, la fédération des entreprises de l'industrie technologiques.

Pourquoi nous quittons Bruxelles…
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Une carte blanche de Agoria Bruxelles, la fédération des entreprises de l'industrie technologiques.


Les politiciens bruxellois voient l’accroissement de la population comme LE grand défi des prochaines années. Et on ne parle que très peu de ces citoyens et de ces entreprises qui décident de quitter Bruxelles. D’après l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse, au cours des 10 dernières années, pas moins de 10.000 familles de la classe moyenne ont choisi de quitter Bruxelles pour s’installer en Flandre ou en Wallonie. De nombreuses entreprises également ont, durant la même période, fermé définitivement les portes de leur implantation bruxelloise. La conséquence de ces déménagements ? Un risque accru pour la viabilité financière et économique de Bruxelles.

C’est un peu comme s’il y avait une "date d’expiration" à la vie dans le contexte urbain bruxellois. Alors que les citoyens ne sont pas toujours satisfaits de la qualité de vie offerte, ce que les entreprises mettent en avant, ce sont les problèmes de mobilité et la fiscalité des sociétés. Attardons-nous plus en détail sur ce dernier point.

Les entreprises installées à Bruxelles paient en moyenne un tiers de taxes communales et régionales de plus que celles installées de l’autre côté de la frontière régionale. Ce sont principalement les communes qui font grimper la note. Les entreprises bruxelloises paient deux fois plus de taxes communales que celles situées dans la périphérie, wallonne ou flamande. Saint-Josse-Ten-Noode, Bruxelles-ville, Schaerbeek et Evere se trouvent en tête de classement.

Selon les chiffres de Belfius, les taxes communales en Région bruxelloise ont augmenté en 2013 de 8,7 pour cent. Cette hausse s’ajoute à la hausse de 6,5 pour cent de l’impôt des entreprises entre 2007 et 2012. Durant la même période, les impôts communaux n’ont quasiment pas évolué en Flandre (+0,3%) et ont augmenté légèrement en Wallonie (+3,1%).

Les décideurs politiques locaux ne semblent pas avoir pris la mesure de l’impact de ces taxes locales sur la compétitivité des entreprises et sur la création d’emplois supplémentaires à Bruxelles. C’est-à-dire sur la croissance et le marché de l’emploi à long terme. Voici un exemple concret qui illustre bien le problème : une entreprise moyenne de 220 travailleurs située à Evere paie 263.780 euros d’impôts locaux. Quelques kilomètres plus loin, à Zaventem en Brabant flamand, elle ne paiera que 53.680 euros, et à Wavre en Brabant wallon, 58.960. Soit, une différence de plus de 200.000 euros !

Ces dernières années, nous observons qu’un nombre croissant d’entreprises (technologiques) ont choisi de quitter Bruxelles, ou sont sur le point de le faire. Des investisseurs potentiels menacent également de s’éloigner. L’assiette fiscale est devenue trop élevée. Indéniablement, les aspects fiscaux pèsent aujourd’hui plus lourds dans cette décision que d’autres facteurs tels que la neutralité linguistique ou le caractère international de Bruxelles.

Depuis la création du Fonds de compensation communal lors de la précédente législature, aucune mesure n’a été prise pour faire face à ce problème, par exemple concernant l’harmonisation prévue des taxes communales. Par ailleurs, la suppression annoncée de la taxe de bureau dans les zones d’entreprises de Citydev n’a toujours pas été appliquée. Enfin, la nouvelle taxe régionale sur les emplacements de parking va contribuer à faire grimper encore un peu plus la facture pour les entreprises…

Si nous voulons être économiquement attrayants, il nous faut une politique fiscale coordonnée ainsi qu’une limitation des taxes spécifiques à Bruxelles. Ainsi, le précompte immobilier sur le matériel et l’outillage freine considérablement les investissements et a un effet destructeur sur l’emploi. En Flandre et en Wallonie, cet impôt a depuis longtemps été réformé, et même totalement supprimé pour les nouveaux investissements. La taxe de bureau, quant à elle, ne contribue pas non plus à un meilleur climat entrepreneurial. Les entreprises bruxelloises doivent passer trois fois à la caisse : à la Région, à la commune, et une troisième fois via le précompte immobilier.

Il est évident que cette forte pression fiscale a d’importantes conséquences sur le développement économique et le marché de l’emploi à Bruxelles. Dans l’intérêt de tous ceux qui habitent et travaillent à Bruxelles, la fiscalité des entreprises devra être un thème prioritaire dès le début de la prochaine législature.


Floriane de Kerchove & Mathias Cys

Agoria Bruxelles

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