A l'école, apprendre à démasquer les populistes

Il faut démonter, analyser les mécanismes à l’école. Démasquer les populistes et les discours haineux. Même si c’est parfois pénible en classe, la formation reste la meilleure issue. Une chronique de Paul Bienbon, enseignant.

Contribution externe
A l'école, apprendre à démasquer les populistes
©Jean Luc Flemal

Une chronique de Paul Bienbon, enseignant.


Mes profs de latin-grec, à 15 ans, m’ont donné, en parlant de la démocratie athénienne jadis (agora), l’intérêt pour la “chose publique”. J’étais fait pour devenir parlementaire. A 20 ans, en 1975, je me retrouve sur une liste électorale communale. Je garde de mon grand nombre de voix de préférence un souvenir impérissable. Mais je n’ai plus jamais été candidat, résistant aux sirènes depuis 38 ans.

Mon intérêt est resté vif pour la politique et l’envie de partager ses beaux côtés. Je suis devenu “citoyen actif” en suggérant des idées concrètes, par exemple par presse interposée. Je bous encore toujours quand une coalition gaspille des fonds publics, quand des gens peu honnêtes sont élus, quand passent des lois que je trouve mauvaises. Les nominations partisanes m’écœurent.

Par contre, je cherche les idéalistes sur les listes. Les bons gestionnaires. Je rêve de tracts électoraux avec des CV montrant les diplômes des candidats et quelques éléments privés indiquant qui ils sont vraiment. Voter pour quelqu’un c’est choisir, celui qu’on veut engager pour écrire les lois qui ressemblent le plus à celles qu’on voterait soi-même et qui gérera comme on le ferait soi-même le tiers de l’argent que l’on gagne et que l’on donne à l’Etat sous forme d’impôts.

Je suis fâché quand, confondant mixité sociale et mixité intellectuelle, la coalition en place a voté un violent décret inscriptions au lieu de créer à temps des places dans des écoles. Quand on casse les bonnes écoles pour en faire toutes des moyennes et qu’on n’insère pas un facteur de mérite de l’élève dans l’indice composite donnant la priorité de choix de son école. Ou quand cet indice composite ne tient quasi pas compte du choix des parents du projet pédagogique de l’école.

Je suis fâché quand le politique se plante dans ses projets stationnement et mobilité et qu’il s’entête. Au lieu de supprimer l’avantage fiscal des voitures de société. Je suis fâché quand on fait de l’intégrisme écologique imposant des normes de construction passive partout alors que la technique n’a pas encore fait ses maladies de jeunesse. Je suis fâché quand le politique introduit des iPads à l’école alors que ce sont plutôt des projecteurs multimédias bon marché mais présents dans toutes les classes qu’il faudrait.

Je suis souvent irrité et pourtant j’aime notre démocratie. J’enseigne que l’Union européenne nous a préservés de la guerre depuis 70 ans. Même si elle est “suffisante”, coûteuse et loin des gens. Je défends la proportionnelle, le compromis belge, le vote obligatoire. J’explique la gauche, la droite, le centre. Qu’on peut choisir si on veut moins d’impôts ou plus de sécurité sociale, une taxe sur les fortunes ou moins de gaspillage. Plus d’argent pour l’école plutôt que pour le football à la TV. Si l’Etat ne ferait pas mieux, avec le prix d’une journée d’un seul consultant, de payer une journée de dix travailleurs sociaux.

Je déplore que parfois des escrocs amusent les gens peu formés et arrivent – par exemple en “affirmant soi-disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas” – à se faire élire. J’explique qu’un populiste, c’est un monsieur “Il n’y a qu’à”, alors que dans la vraie vie rien n’est simple. Je montre pourquoi les 3 extrémismes (droite, gauche, ou religieux) sont dangereux. Parce qu’ils dressent les gens en bloc les uns contre les autres et que l’on voit les dictatures auxquelles cela mène, au lieu de tisser des liens pour vivre ensemble et apaiser les gens.

En Flandre, les autorités ont peur des débats politiques dans les écoles. Comment éviter les populistes qui, avec une parole habile, emporteront la voix des jeunes ? Internet (et la TV) de ce point de vue sont une nuisance. Je reste d’avis qu’il faut parler – avec honnêteté intellectuelle et respect des autres opinions – de la politique à l’école. Démonter, analyser les mécanismes. Démasquer les populistes et les discours haineux. Même si c’est parfois pénible en classe. La formation reste toujours la meilleure issue.