“Nous avons besoin d’une nouvelle vague féministe”

"Nous ne pouvons pas simplement détourner notre regard et continuer comme si de rien n'était. Nous avons besoin d'un mouvement mondial de personnes qui osent se lever pour remettre en question certaines traditions douloureuses et briser les tabous." Une opinion de Assita Kanko, auteur d'un livre sur son excision.

Contribution lecteur
“Nous avons besoin d’une nouvelle vague féministe”
©REPORTERS

Une opinion de Assita Kanko, conseillère communale MR à Ixelles et auteur d'un livre* sur son excision.


Ce sont des moments tristes. Mardi dernier, au moins 20 jeunes filles ont à nouveau été enlevées par le groupe terroriste Boko Haram au Nigéria. Il y a quelques semaines seulement, ce même groupe avait enlevé plus de 200 autres filles dont on reste sans nouvelles actuellement. Au Pakistan, la jeune Farzana Bibi (25 ans) a été lapidée à mort pour s’être mariée avec un homme de son choix, sans l’autorisation de son père. En Inde, deux jeunes adolescentes ont été assassinées après avoir subi l’horreur d’un viol collectif. Ces jeunes filles ont été agressées par plusieurs hommes avant d’être pendues. La soudanaise Meriam Ibrahim âgée de 27 ans, qui a été condamnée à mort pour apostasie, vient de donner naissance à une petite fille, en prison. Dans le cadre du droit pénal soudanais, quitter l'Islam pour une autre religion est passible de la peine de mort. C'est cela la Charia.

Ces dernières semaines, nous avons été inondés de messages sur les personnes, en particulier des femmes, qui pour des raisons de tradition ou de fanatisme religieux sont opprimées, violées ou tuées. Nous avons le choix. Faire comme si nous n'avions rien entendu, rien vu. Ou avoir un regard honnête sur les faits. Ces événements terribles doivent cesser. Nous ne pouvons pas simplement détourner notre regard et continuer comme si de rien n'était. Nous ne pouvons pas rester indifférents car d’une certaine manière l’indifférence et le silence sont une complicité. L'asservissement d’êtres humains, où que ce soit, nous concerne aussi d’une manière ou d’une autre. Je le répète: ce sont des traditions archaïques persistantes qui entretiennent l’asservissement des personnes, en particulier des femmes. Non seulement dans leur pays d'origine, mais aussi dans nos contrées où nous devons souvent faire face à des problèmes d'intégration. On le voit par exemple dans notre pays où, aujourd’hui, des fillettes peuvent encore subir les atrocités d’une mutilation génitale malgré la loi. En Angleterre où des tribunaux de la Charia rendent des jugements sur des questions de droit de la famille, comme le divorce. Ils rendent des jugements spécifiques sur la légalité de la séparation, la répartition des biens, et la garde des enfants. Alors que les mêmes règles légales devraient être applicables à tous.

Des chercheurs comme Shirin Musa et Machteld Zee dénoncent régulièrement ces injustices. Leur message reste pourtant ignoré dans les milieux dits «progressistes». C'est parce que les relativistes culturels ferment encore les yeux sur le lien entre les croyances dogmatiques et certaines violence, en particulier celles dirigées contre les femmes.

Pourtant, la défense des droits humains, en particulier les droits des femmes est l’affaire de tous les vrais progressistes. Car les vrais progressistes croient dans le droit à l'autodétermination. Le droit de décider avec qui on se marie par exemple, combien d'enfants on souhaite avoir, le métier que l’on exerce, la religion que l’on pratique... Les vrais progressistes comme Shirin Musa et Machteld Zee défendent des valeurs clés telles que la séparation de l’Église et de l'État, l'égalité des droits entre les hommes et les femmes, la liberté d'expression, le droit à l'autodétermination.

Nous avons besoin de toute urgence d'une nouvelle vague féministe. Un mouvement mondial de personnes qui osent se lever pour remettre en question certaines traditions douloureuses et briser les tabous. Comme Yousafza Malala. Des femmes qui se lèvent et qui choisissent la liberté. Non seulement pour elles-mêmes mais aussi pour tous les êtres humains.

Un mouvement global qui n'accepte plus que les femmes aient moins de droits que les hommes et qui s'oppose résolument aux pratiques dégradantes que de nombreuses femmes doivent encore subir tous les jours ainsi qu’à l’impunité dont bénéficient trop souvent leurs oppresseurs. Nous devons refuser toute forme d’oppression et choisir le côté des victimes. J'écris aujourd'hui avec le sentiment d'une profonde indignation. Les femmes valent autant que les hommes. Partout dans le monde. Ni plus, ni moins.


Assita Kanko, auteure de "Parce que tu es une fille, histoire d'une vie excisée"