Que faire face à l’élimination des chrétiens?

Que faire face à cette violence, parée de sentiments religieux, qui s’abat sur mes frères et sœurs chrétiens du Moyen-Orient ? Réagir par la violence ? Condamner la religion musulmane ? Une chronique de Charles Delhez.

Que faire face à l’élimination des chrétiens?
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Une chronique de Charles Delhez.


Que faire face à cette violence, parée de sentiments religieux, qui s’abat sur mes frères et sœurs chrétiens du Moyen-Orient ? Réagir par la violence ? Condamner la religion musulmane ?

Tout d’abord, un cri d’horreur et de douleur. Que fait-on à mes frères et sœurs chrétiens du Moyen-Orient ? Devant une telle violence, parée de sentiments religieux, on ne sait que faire. "Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu’ils le font pour des raisons religieuses", disait Blaise Pascal. Les événements récents semblent lui donner raison. Heureusement, de nombreuses voix musulmanes s’élèvent pour protester.

La tentation serait, pour les chrétiens, de réagir par la violence (comme on le fait quand des intérêts économiques sont en jeu). Mais la violence ne peut combattre la violence. C’est bien ce qu’avait compris le Christ en entrant à Jérusalem sur le dos d’un ânon, animal pacifique. "Celui qui manie l’épée périra par l’épée", disait-il. L’originalité évangélique est de bannir toute violence en matière religieuse, mais aussi dans nos relations humaines. Les premiers chrétiens en feront les frais durant trois siècles. Et ce n’est pas fini.

Une seconde tentation serait de condamner la religion musulmane. Quand on sait tout ce qu’elle a permis, la grandeur de la civilisation qui en est née, l’accueil qu’elle a su réserver aux minorités religieuses, notamment chrétiennes, on ne le peut. La religion coranique nourrit une riche spiritualité. Ainsi sa branche soufie, si attentive à l’intériorité et si ouverte au dialogue. Mais ceci ne se vérifie pas tous azimuts. L’islam peut aller du plus mystique au plus politique et meurtrier. Le monde musulman est miné de l’intérieur par ses tensions - un euphémisme - entre sunnites, chiites et autres branches. Il est aussi travaillé par l’islamisme dont les musulmans eux-mêmes - les modérés étant l’immense majorité - sont les victimes, ainsi que les autres croyants et l’Occident, objet d’une rancœur sans nom.

Qu’il me soit permis d’interpeller les musulmans. Je voudrais les appeler à soutenir davantage et publiquement une lecture plus symbolique et plus moderne de leur Livre, à risquer d’ouvrir à nouveau les portes de son interprétation. Hélas, en effet, les textes coraniques permettent des lectures plus que contradictoires. Certains versets ne sont plus acceptables dans la culture mondiale actuelle. Puissent-ils ne pas faire la sourde oreille à l’islam des Lumières, à une démarche critique attentive à l’histoire de la rédaction du Livre et qui permet de contextualiser. Elle conduit à une approche moins absolutiste et moins fondamentaliste. Rien en ce monde, en effet, n’est définitif.

"Ce que le principe de l’abrogation nous enseigne, ce n’est pas que nous aurons éternellement à choisir entre la Mecque et Médine, c’est que Dieu peut changer de prescription relative afin que Sa Parole reste adéquate aux circonstances où elle est révélée", a pu dire Mahmoud Hussein (pseudonyme commun de deux écrivains égyptiens). Dans Le Coran s’adresse à notre liberté , ils invitent de manière pressante à ne pas confondre Dieu, qui transcende le temps, et sa Parole, qui est inscrite dans le temps, à distinguer le perpétuel et le circonstanciel.

Jusque dans un passé proche, certains pays européens se donnaient comme mission d’être protecteurs des chrétiens de l’Orient. Aujourd’hui, ce rôle n’est plus de mise, la séparation de la religion et de la politique étant un heureux acquis. Mais une éthique s’impose petit à petit au niveau planétaire, sous la forme notamment des droits de l’homme. Les nations démocratiques n’auraient-elles pas un rôle protecteur à jouer au nom de celle-ci ? Non pas de manière violente, bien sûr. Mais il y a sans doute à oser reconsidérer les intérêts économiques qui nous lient à certains acteurs et qui nous paralysent dans nos prises de paroles et nos alliances.

Dans ce contexte dramatique, la visite de hautes autorités ecclésiastiques françaises - dont le cardinal Barbarin, de Lyon - fut un signe fort : ces chrétiens persécutés au nom de leur foi ne peuvent être les oubliés de notre monde.

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