Gouvernement fédéral: la loyauté n’exclut pas la franchise

Dans l’actualité récente, on a vu la violence effarante des uns et la lâcheté des autres. C’est ainsi que, sans rougir, ceux qui ont volontairement déserté le niveau fédéral et obligé le MR à y prendre seul ses responsabilités font mine de s’insurger. Que fallait-il faire d’autre? Une opinion d'Assita Kanko, conseillère communale MR à Ixelles.

Gouvernement fédéral: la loyauté n’exclut pas la franchise
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Contribution externe

Dans l’actualité récente, on a vu la violence effarante des uns et la lâcheté des autres. C’est ainsi que, sans rougir, ceux qui ont volontairement déserté le niveau fédéral et obligé le MR à y prendre seul ses responsabilités font mine de s’insurger. Que fallait-il faire d’autre ? Laisser le rêve insidieux du confédéralisme à la sauce socialiste se concrétiser ? Entre deux maux ne faut-il pas choisir le moindre ? Une opinion d'Assita Kanko, conseillère communale MR à Ixelles.


De toute évidence certains propos nauséabonds sont malvenus et universellement condamnables. Ceux qui connaissent mes convictions peuvent aisément deviner mon malaise à ce propos et le degré de vigilance que je m’impose. Le Premier Ministre Charles Michel a fait ce qu’il fallait. La loyauté n’excluant pas la franchise, je peux également affirmer que la faible présence des femmes et de la diversité non seulement au gouvernement fédéral mais aussi dans de nombreuses autres structures publiques est une honte. Le cliché a déjà fait couler beaucoup d’encre. L’ex présidente du MEDEF Laurence Parisot a posé la question sur son compte Twitter: ‘Où sont les femmes ?’ Quelqu’un lui a répondu ‘Dans les cuisines’! Sheryl Sandberg a raison d’écrire dans son livre consacré aux femmes et au pouvoir que ‘plus d’hommes doivent prendre place à la table…à la table de la cuisine’. La vérité c’est que les ambitions des femmes se heurtent encore trop souvent au mur érigé par une discrimination positive factuelle en faveur des hommes. Or, nous pouvons et nous devons faire mieux. En nous comparant aux meilleurs pour l’excellence. Pas aux pires. C’est à cela que je veux contribuer.


Comment?

L’Echevin Philippe Kerbusch (que je ne connaissais pas) a annoncé son départ du MR. Des sympathisants connaissant mon attachement au libéralisme social et mon engagement en faveur de l’égalité homme/femme m’ont interpelée pour savoir ce que je pensais de tout cela. Et bien, ma réponse est simple. Quand ma famille politique reçoit un coup ou quand on la critique, que ce soit à tort ou à raison, mon premier réflexe est de rester fidèle à mes valeurs tout en contribuant dans la mesure du possible à faire les changements éventuellement nécessaires. Parce que pour moi, la loyauté n’exclut pas la franchise. J’aide à redresser la barre s’il le faut, là-où il le faut, sans perdre mon franc-parler. Je dis et dirai mon avis sans trembler parce que je suis convaincue que les libéraux ne sont pas allergiques à la démocratie. Si le MR déviait de ces valeurs, mon rôle en tant que mandataire et militante serait de contribuer à enrichir le débat en interne. C’est à cela aussi que sert la démocratie interne dont aucun(e) militant(e) convaincu (e) ne devrait se priver ou être privé.


Et maintenant ?

Il est clair que la réaction de panique du PS n’apporte rien à la démocratie. Il faut dire à certains socialistes que la présence continue du PS au gouvernement fédéral n’est nullement inscrite dans la constitution Belge. Qu’il ne sert à rien de pleurer comme un enfant à qui l’on vient de retirer un jouet (même si j’imagine que c’est difficile de ne plus être ministre !). Qu’ils doivent se ressaisir et mener une opposition digne. Parce que, comme le disait Boileau, ‘c’est du choc des idées que jaillit la lumière’ et non de la violence des propos ou des actes. C’est des vraies réformes socio-économiques que naissent la prospérité et la justice sociale et non de la nostalgie et de l’addiction au pouvoir.

Alors que certains socialistes ont besoin d’une cure de désintoxication au pouvoir, ce dont la population a besoin c’est d’un gouvernement sérieux et tolérant qui travaille pour eux. Attendons de voir ce que Charles Michel et son gouvernement démocratiquement installé ont dans le ventre. Critiquons quand il le faut mais jugeons sur les résultats au lieu de verser dans des espèces de preemptive strikes qui veulent éclipser la présence de l’Open VLD et du CD&V dans le gouvernement.

Même si l’on n’a pas les mêmes idées, on peut s’opposer sur les différents points de façon civilisée. Voyez comme le PTB et le groupe Ecolo-Groen mènent jusqu’ici une opposition sur le terrain des idées. Sans violence ni excès.


Et pour l’égalité?

On peut faire plus qu’on ne le pense à notre petit niveau afin de soutenir efficacement l’intégration réelle des femmes, des jeunes et des populations immigrées dans nos systèmes social, économique et politique. Puisque nous voulons avancer sur l’égalité de genre, critiquons, c’est bien. Mais envoyons aussi en tant qu’électeurs un signal fort en élisant plus de femmes dans les parlements, dans les communes et à la tête de nos formations politiques proprement dites et pas uniquement à la tête des groupements féminins qu’elles organisent. Quelqu’un a-t-il déjà vu une association d’hommes socialistes ou d’hommes MR par exemple? Forçons la répartition équitable de l‘espace médiatique entre hommes et femmes en boudant notamment les débats dominicaux si on ne réduit pas le nombre de cravates et de moustaches sur les plateaux de télévision.

Et tant qu’on y est, ne faisons plus de chichis quand on parle de la nécessité d’imposer des quotas. Car c’est parfois la seule solution pour traverser le plafond de verre.