L’inquiétude des parents d’étudiants en 7e médecine

La moitié des étudiants en médecine qui sortiront en juin ne recevront pas de numéro Inami. Pourquoi devraient-ils être des victimes alors que c’est l’application par les acteurs concernés d’une décision politique sans fondements solides qui constitue le problème ? Opinion.

Contribution lecteurs
L’inquiétude des parents d’étudiants en 7e médecine

Une opinion d'un collectif des parents d’étudiants en 7e année de médecine.

Alain Geerts, Françoise Racquez, Maryline Mattot, Anne-Cécile Moniotte, Christine et Philippe Liégeois-Dom, Docteur Olivier Cauvain, Docteur Laurence Vandeputte, Philippe Liégeois, Fabienne Neuwels, Michèle Sermeus, Olivier Fourneaux, Vincent et Pascale Legat-van Schendel, Linda Tempels, Brigitte Campion, Linda Tempels, Michel Sermeus, Bernadette Bienfait,Céran Declerfayt,Anne Boland,… et une cinquantaine d’autres parents d’étudiant(e)s en 7e année de médecine.

La moitié des étudiants en médecine qui sortiront en juin ne recevront pas de numéro Inami. Pourquoi devraient-ils être des victimes alors que c’est l’application par les acteurs concernés d’une décision politique sans fondements solides qui constitue le problème ?

Nos enfants, étudiants en 7e année de médecine sont passablement stressés depuis qu’ils ont appris qu’un étudiant sur deux de leur année n’aurait pas son numéro Inami. La plupart d’entre eux avaient, il y a 7 ans déjà, longuement pesé le pour et le contre du choix de ces études. L’envie de pratiquer ce métier qui s’inscrit au cœur des rapports humains l’avait alors emporté sur les difficultés pratiques des étapes à franchir. La première aurait pu être un numerus clausus, mais elle fut rapidement levée.

Se succédèrent dès lors les longues journées de cours, les mois de blocus et les sessions d’examens au cours desquels ils (elles) travaillaient minimum 12 heures par jour, 7 jours sur 7. Puis vint l’année des stages dans lesquels ils (elles) s’impliquèrent avec toute l’énergie d’enfin pouvoir pratiquer et appliquer concrètement les connaissances accumulées, en contact direct avec les patients. Nous, parents, nous les aidons comme nous pouvons et nous sommes fiers d’eux, heureux d’avoir des jeunes qui ont trouvé un sens à leur vie et mettent leur énergie pour le réaliser.

Un quota instauré sans véritable état de lieux

De nombreux liens se sont créés : toutes et tous ont dû suivre les mêmes cours et passer les mêmes épreuves, chacun(e) le faisant avec sa personnalité et ses moyens propres. Pour certain(e)s, ce fut certainement plus dur et pour d’autres peut-être plus facile mais, pour tous, ce furent incontestablement 7 années (minimum) intenses. Et aujourd’hui, à quelques mois du terme, tout semble indiquer qu’un étudiant sur deux de leur année n’aura pas son numéro Inami.

Pourquoi ? Si nous comprenons bien, les quotas de numéros Inami ont été instaurés il y a 17 ans, dans un contexte de surplus de médecins qui posait des problèmes de financement de l’Inami, problèmes qu’il était légitime pour les autorités compétentes de prendre à bras-le-corps. Un quota fut décidé, sans véritable état des lieux objectif de la situation. La gestion de cette nouvelle donne fut ensuite pour le moins chaotique et aboutit à la situation surréaliste que l’on connaît aujourd’hui. Jamais, on ne vit être publié un cadastre des professions de santé contingentées qui aurait permis, au fil des ans, une adaptation à la situation de terrain. Il se dit qu’il serait prêt, mais telle sœur Anne, on ne voit rien venir.

Nous n’avons pas de leçon ni de conseils particuliers à donner aux politiques pour régler ce problème complexe; c’est, dans le fond, leur métier. Nous osons juste espérer que si l’Etat (donc chaque citoyen) a contribué financièrement pendant 7 ans à former des étudiants, ce n’est pas pour en écarter la moitié sur base d’un nombre décidé sans véritable outil de suivi il y a 17 ans. Nous osons espérer au contraire que cet investissement s’opéra dans l’optique qu’ils puissent mettre leurs compétences au service de l’amélioration continue de la qualité du service de santé publique belge. Qualité dont vous pourrez, à juste titre, vous enorgueillir.

Se donner bonne conscience en disant qu’ils peuvent néanmoins, au terme de ces 7 ans, avoir accès à certaines professions (métiers de médecine non curative) est peu recevable. Non que ces métiers n’aient pas toute leur utilité ou qu’ils soient moins nobles, mais parce qu’il ne s’agit pas, dans la plupart des cas, d’un métier qui aurait motivé le choix de ces études. A l’opposé, ces métiers sont choisis par des médecins en possession de numéros Inami. Ceux-ci, devenus inutiles, ne pourraient/devraient-ils pas être redistribués aux nouveaux venus ?

Préférer une université roumaine?

Nous sommes enfin dubitatifs face au constat qu’il est plus facile de pratiquer la médecine en Belgique pour quelqu’un qui a fait ses études à l’étranger que pour quelqu’un qui les aurait faites en Belgique. Aurions-nous dû avoir la clairvoyance, il y a 7 ans, d’envoyer nos enfants faire le cursus qui leur donnera accès au métier dont ils rêvent dans une université roumaine ?

Tout ceci pour en arriver à LA question qui nous taraude et que nous adressons à la ministre de la Santé Maggie De Block et au ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias, Jean-Claude Marcourt : est-il légitime que les victimes des "dysfonctionnements" constatés soient précisément les étudiants ?

Nous avouons que nous peinons à comprendre… Pourquoi est-ce que notre enfant et/ou un(e) de ses camarades sur deux devrai(en)t se voir opposer cette fin de non-pratique de la médecine curative au terme de 7 années réussies alors que ce qui pose problème, c’est l’application par les acteurs concernés d’une décision politique sans fondements solides (ou qui se devait d’être adaptée à la réalité objective du moment et du terrain) ?

Ceci apparaît d’autant plus injuste qu’objectivement, ils ne disposent que de très faibles moyens pour influer tant soit peu sur la situation et qu’ils doivent déployer ces moyens dérisoires tout en préparant leur examen de fin d’études et leurs différents concours dans un contexte hautement stressant vu qu’ils sont hantés par le souci d’être dans "la bonne moitié" ! Mais ils le font, car ils sont déterminés envers et contre tout !

Nous espérons que cet épineux dossier trouvera une solution tant à court terme pour les étudiants de dernière année en médecine et en dentisterie qu’à long terme pour l’ensemble des étudiants des deux communautés qui s’investissent dans ces métiers, dans l’optique du maintien d’une qualité optimale et de l’enseignement et d’une santé publique au service de la population belge.