Violences pendant les manifestations: Les excuses des dockers

Après les violences qui ont émaillé la manifestation du 6 novembre, Ivan Victor, Président de l'Union belge du transport réagit et en profite pour présenter ses exuses. Opinion.

Violences pendant les manifestations: Les excuses des dockers
©JC Guillaume
Contribution externe

Une opinion d'Ivan Victor - Président de l’Union belge du transport (UBT/BTB) ABVV-FGTB.

Les violences qui ont émaillé la manifestation du 6 novembre à Bruxelles sont impardonnables. Au nom de ceux qui les ont commises, nous présentons nos excuses à tous ceux qui en ont souffert.

A vrai dire, les syndicats n’ont pas dû faire beaucoup d’efforts pour rassembler 120000 manifestants le jeudi 6 novembre sur l’axe Nord-Sud à Bruxelles. Ce n’était pas une manifestation syndicale classique, mais une opposition largement soutenue et inédite depuis plusieurs décennies contre une politique d’appauvrissement menée par la droite sans perspectives d’avenir pour tous ceux qui gagnent leur pain en travaillant, contre une politique de récompense d’une élite qui ne cesse d’accroître sa richesse grâce aux revenus du patrimoine.

Le front commun syndical n’aurait pu s’imaginer de début plus prometteur pour son vaste plan d’action étalé dans le temps et visant à amener ce gouvernement à de meilleurs sentiments – exception faite d’un petit groupe qui, après la dislocation de la manifestation et en marge du parcours officiel, a déroulé un scénario condamnable et violent qui ne fait partie d’aucun outil syndical et qui est inexcusable et impardonnable.

Une situation particulièrement douloureuse pour les agents de police blessés, pour les propriétaires de véhicules et d’immeubles endommagés – autant de personnes qui ne sont nullement responsables de l’accord de gouvernement et auxquelles nous présentons toutes nos excuses au nom de ces fauteurs de troubles.

Une situation fort déplorable pour les 120000 manifestants venus exprimer dans le calme leur inquiétude concernant leur avenir et celui de leurs enfants et petits-enfants et qui méritent que le gouvernement leur explique sans plus tarder comment il entend corriger ses projets déraisonnables et totalement déséquilibrés.

Pour le gouvernement, ces incidents sont évidemment le prétexte rêvé permettant d’ignorer la demande solidairement exprimée par tous les travailleurs de notre pays, à savoir de faire contribuer les riches aussi. Et permettant aussi au gouvernement d’évoquer la responsabilité juridique des syndicats. Comme si le président d’un club de foot qui, après un match, n’est pas en mesure de communiquer le nom de tous les hooligans pouvait être accusé d’entrave à la justice.

Quid de l’honnêteté intellectuelle, lorsque le bourgmestre de la ville d’Anvers et Premier ministre de l’ombre reproche à l’UBT de ne pas vouloir discuter de la préparation du 24 novembre – alors que l’hôtel de ville n’a invité personne et que les syndicats ont déjà des contacts avec la police d’Anvers pour assurer le bon déroulement de cette journée. Si le maïeur anversois continue de parler d’une “manifestation armée” alors qu’il s’agit d’une grève générale régionale en front commun syndical – mot d’ordre qui sera fort probablement très largement suivi dans les ports aussi – il ne se montre pas vraiment disposé à dialoguer.

Les propos provocateurs de la part du bourgmestre d’Anvers disant qu’il ne se laissera pas intimider par les dockers et annonçant qu’il leur réservera un accueil chaleureux, ne sont certes pas de nature à restaurer, dans l’intérêt de tous, la sérénité.

Les travailleurs portuaires exercent un métier à risque. Ils travaillent durement et contribuent à la création du bien-être de tous. C’est grâce à eux, à leur travail, que nos ports font partie des plus performants au monde. N’oublions pas que chaque année, il y a des accidents de travail mortels dans nos ports. D’ailleurs, ces travailleurs s’inquiètent à juste titre de leur avenir : l’actuel ministre de l’Emploi n’a pas encore réagi à la mise en demeure de la part de la Commission (mise en demeure contre laquelle l’ancienne ministre de l’Emploi, Monica De Coninck, s’était opposée à juste titre), ni aux déclarations de Monsieur De Wever selon lesquelles la loi Major et le Codex détruiraient des emplois dans les ports. Absence de réaction de la part du ministre de l’Emploi également sur le passage de l’accord de gouvernement évoquant une “modernisation du régime du travail portuaire”.

Un signal porteur d’espoir de la part de ce gouvernement disant qu’il s’opposera à l’Europe, qu’il refusera de contribuer au démantèlement de la loi Major serait accueilli positivement; ce serait aussi la meilleure garantie pour permettre de préserver le bon déroulement de la grève du 24 novembre (ainsi que celles prévues le premier, le 8 et le 15 décembre).


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