Mesdames, Messieurs les syndicalistes, je n’aime pas la haine qui ressort de vos messages

Voici, donc, que ce lundi 15 décembre 2014 les syndicats on décidé d’exercer un de leur droit essentiel : le droit de grève. J’en suis fort aise ! Opinion.

Mesdames, Messieurs les syndicalistes, je n’aime pas la haine qui ressort de vos messages
©Michel Tonneau
contribution lecteur

Une opinion de Jacques Mouton, étudiant en droit et internaute de LaLibre.be.

Voici, donc, que ce lundi 15 décembre 2014 les syndicats ont décidé d’exercer un de leur droit essentiel : le droit de grève. J’en suis fort aise !

Ceci étant, on pourrait supposer, sans la moindre certitude, mais avec, tout de même, un degré de probabilité raisonnable, que certains travailleurs veuillent travailler. L’on pourrait même se laisser aller à penser que certains, parmi les travailleurs que prétendent défendre les syndicats, ne soient pas en parfait accord avec ces derniers – ni sur le fond, ni, a fortirori, sur la forme. Si, vraiment, nous laissions aller notre imagination sans limite, nous pourrions même penser que certains travailleurs ne sont pas syndiqués…

Ces travailleurs auraient-ils, aux yeux des syndicats, moins de valeur que ceux qui veulent « tout bloquer » ou alors, ne seraient-ils qu’une menace qui risquerait de nuancer l’idée selon laquelle tous les travailleurs sont d’accord avec les syndicats ?

Je suis pleinement conscient que le droit de grève est un droit fondamental dont il est essentiel qu’il soit respecté – d’ailleurs, mon propos n’est nullement de le remettre en question mais bien de plaider pour que d’autres droits puissent être respectés à coté de celui-ci. Cependant, je ne parviens pas à accepter que, sous ce prétexte, certains en privent d’autres de travailler. Que cherche t-on en agissant ainsi ? La réponse est assez simple : à donner de l’ampleur au mouvement, à la contestation. L’idée est donc de bloquer un maximum de gens pour arguer ensuite qu’une large majorité des travailleurs soutenaient les syndicats (ce qu’il faudrait évidemment relativiser si l’on déduisait tous ceux qui voulaient travailler), en prenant pour preuve que tout le pays était à l’arrêt. Voilà un raisonnement un peu scabreux… En outre, il ne s’agit plus de syndicalisme, il s’agit de politique. À mon sens, les syndicats n’ont pas à se comporter de la sorte, ils n’ont pas à faire de la politique !

Il ne faudrait tout de même pas se fourvoyer. C’est bien le gouvernement qui gouverne … pas les syndicats ! Jusqu’à preuve du contraire nous avons, en exercice, un gouvernement qui a été élu démocratiquement et qui dispose de toute la légitimité nécessaire pour prendre les mesures dont il est question (n’en déplaise à certains, un gouvernement qui n’est pas celui qu’il voulait n’est pas, par essence, un gouvernement non-démocratique). À l’inverse, les syndicats ne peuvent se targuer d’une telle légitimité. Ils n’ont pas été élus au suffrage universel et certainement pas pour tout bloquer quand certaines décisions leur déplaisent. Les syndicats n’ont, dès lors, pas à exiger quoi que ce soit sous peine de bloquer le pays (et conséquemment d’affaiblir encore l’économie qui n’en a pas besoin ou de décourager d’éventuels investisseurs).

De dangereuses postures politiques

J’entends le discours développé par les syndicats depuis quelques semaines (déjà avant, d’ailleurs, que le gouvernement ne soit mis en place). Il m’interroge à bien des égards, mais un aspect me frappe tout particulièrement. Les syndicats crient en cœur qu’ils veulent que la concertation sociale reprenne. Se comportent-ils réellement comme des gens qui veulent négocier ? À l’évidence, non ! Une fois encore, il s’agit d’une posture politique.

Mais ces postures politiques, elles sont dangereuses ! Sans cesse, depuis des semaines, le discours des syndicats s’articule autour de l’idée suivante : il y a d’un côté les gentils pauvres qui travaillent très dur et que l’on a le devoir d’aider, et de l’autre, les méchants riches et les traîtres qui veulent travailler et qui ne comprennent rien à rien. Certes, la situation économique est difficile, mais empêcher les gens de travailler, dans ce contexte, ne servira à rien, pas plus d’ailleurs que de leur faire croire que la cause de tous leurs maux ce sont les « riches ».

C’est ainsi que les syndicats ne cessent de monter les gens les uns contre les autres et d’attiser les haines à tel point qu’on a pu voir, lors des grèves tournantes précédentes, certaines personnes en insulter d’autres parce que ces dernières … voulaient travailler. Allons donc ! Qu’ont-elles fait de mal ces personnes ? N’avaient-elles pas le droit de vouloir travailler ou simplement de ne pas penser comme les syndicats ? Pourquoi tant de haine ?

Alors, permettez-moi de vous dire, Mesdames, Messieurs les syndicalistes : non, je ne pense pas comme vous. Non, je n’aime pas la haine qui ressort de vos messages ni ce que vous laissez fallacieusement croire aux gens. Non, je ne crois pas que bloquer le pays et monter les gens les uns contre les autres aidera en quoi que ce soit !

Mais oui, j’aimerais que vous retrouviez un peu de sérénité car les syndicats sont indispensables dans une démocratie. Oui, j’aimerais que les gens soient fiers de leur travail. Oui j’aimerais qu’on donne un projet d’avenir à tous les jeunes. Et enfin, oui, Mesdames, Messieurs les syndicalistes, je voudrais d’une société où ceux qui se sont battus pour réussir n’aient pas à en rougir…


(Titre adapté par la rédaction)

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