Lettre ouverte à Marc Goblet, Marie-Hélène Ska et Olivier Valentin

"Celui qui ne partage pas vos idées et vos méthodes est considéré par vos sympathisants comme un opposant qui, s'il ne se rallie pas à votre cause, devient un ennemi à combattre." OPINION.

Lettre ouverte à Marc Goblet, Marie-Hélène Ska et Olivier Valentin
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Contribution externe

Note aux internautes:

Depuis plusieurs jours, LaLibre.be reçoit un nombre important de contributions de lecteurs qui souhaitent s'exprimer sur les actions syndicales. Il nous est impossible de toutes les diffuser .

Veuillez nous en excuser.

La rédaction de LaLibre.be

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Lettre ouverte à Marc Goblet, Marie-Hélène Ska et Olivier Valentin, secrétaires généraux des organisations syndicales menant en front commun les actions de grève.

Par Martine De Meyer, traductrice et mère de famille


Madame, Messieurs,

Nous voici au lendemain du 15 décembre, dernière journée de grève ponctuant une série d'actions de ce type annoncée le 15 octobre. Voici maintenant un mois que nous, citoyens, travailleurs ou sans-emploi, étudiants, chefs d'entreprise, fonctionnaires ou retraités, qui ne partageons pas vos idées et méthodes, sommes entravés pour le moins hebdomadairement dans l'exercice de notre droit de circuler, de travailler, ou d'étudier librement par des barrages de grévistes, syndiqués ou non, qui déclarent mener leurs actions dans un esprit de solidarité et pour le bien de tous, non-grévistes y compris.

Depuis le 15 octobre, ceux qui désapprouvent ouvertement ces grèves répétées parce que jugées prématurées, politiques ou irresponsables dans un pays en crise, sont insultés de "jaunes", "fachos", "nazis", "égoïstes", "capitaliste" ou encore de "nantis", font l'objet d'intimidations, de violences physiques voire verbales de la part des sympathisants de vos actions. Pire, celui qui ne partage pas vos idées et vos méthodes est considéré par vos sympathisants comme un opposant qui, s'il ne se rallie pas à votre cause, devient un ennemi à combattre.

Vous avez encouragé des pratiques entravant des libertés fondamentales telles que la liberté de circuler et d'aller travailler parce que faites au nom du droit de grève:

  • des malades n'ont pas pu être opérés dans un pays qui offre des soins de santé à tous;
  • des travailleurs n'ont pas pu gagner leur travail parce qu'une minorité en bloquait l'accès;
  • des étudiants n'ont pas pu avoir cours parce qu'une minorité leur a interdit l'accès à l'auditoire;
  • une minorité d'enseignants a bloqué l'accès à certaines écoles, empêchant étudiants et enseignants de réviser une matière en pleine période d'examens;
  • la secrétaire régionale d'un syndicat a jeté sciemment des vêtements d'une commerçante sur le comptoir afin de la contraindre à fermer sa boutique;
  • des grévistes ont bloqué les moyens de transport publics, par essence au service de la collectivité;
  • la circulation sur des ronds-points a été interdite parce qu'une une minorité de grévistes en a bloqué l'accès;
  • des voyageurs ont dû abandonner leur véhicule sur des trottoirs de crainte de rater leur avion car dans l'impossibilité de rejoindre l'aéroport à cause de piquets de grève en bloquant l'accès.

Ces dernières semaines, vos discours ont créé des tensions entre employés et ouvriers, une méfiance entre employeurs et travailleurs, une haine entre grévistes et non-grévistes.

Mais aujourd'hui, les discours d'opposition et les méthodes d'affrontement du siècle dernier sont dépassés: chefs d'entreprises, fonctionnaires, employés, ouvriers, salariés, étudiants, bref, nous tous, ne devons plus être opposés mais rassemblés pour faire face à l'ennemi commun, la crise, cette crise qui d'une manière ou d'une autre concerne chacun d'entre nous, soit parce qu'elle nous touche personnellement, soit parce qu'elle touche un de nos proches.

Aujourd'hui, au nom de tous les non-grévistes, je vous demande de ne plus chercher à nous rallier à votre cause par tous les moyens, mais de respecter ce que nous sommes, ce que nous voulons. Parce qu'une société où le respect d'autrui n'existe plus est vouée à basculer dans la violence. Et la violence, nous n'en voulons pas.

Martine De Meyer


Ligne du temps : Les grandes grèves depuis l'hiver 1960


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