"L'Europe, lentement, développe une islamophobie inévitable"

Après une lourde semaine, nous avons recueilli les propos nuancés du professeur Jacques Rifflet. Quelle doit-être la réaction des musulmans? Comment devons-nous considérer l'islam? Comment en est-on arrivé là? L' auteur de "L'islam dans tous ses états" nous a livré ses impressions. COMMENTAIRE.

placeholder
© JC Guillaume
Contribution externe

Après une lourde semaine, nous avons recueilli les propos nuancés du professeur Jacques Rifflet. Quelle doit-être la réaction des musulmans? Comment devons-nous considérer l'islam? Comment en est-on arrivé là? L' auteur de "L'islam dans tous ses états" (aux éditions Mols) nous a livré ses impressions. COMMENTAIRE.

Jacques Rifflet était l'invité du samedi de LaLibre.be en août dernier. Relisez cet entretien en intégralité en cliquant ici.


Les musulmans modérés demandent que la société se dote de moyens plus puissants pour lutter contre l'islam excessif. C'est ainsi qu'au centre de Bruxelles, les commerces musulmans souhaitent réellement une plus forte protection pour ne pas subir certains excès liés à des islamistes les soumettant à des pressions, ou bien créant un danger qui fait souffrir le bon exercice de leur commerce. Ils ne se sentent pas assez protégés, tant la violence l'emporte toujours sur le paisible. Elle est en effet plus organisée, plus déterminée et par essence plus brutale, entraînant une capacité de sanction à l'égard de ceux qui ne veulent pas suivre l'intégrisme.

"L'islam a réveillé Aristote et Platon"

Il est par ailleurs évident que l'Europe, lentement, développe une islamophobie inévitable dans la mesure où les médias font rayonner les horreurs qui sont commises dans le sud de la Méditerranée. Les djihadistes du califat islamique décapitant de otages et la répression de Bachar El Assad entraînent une réaction normale de condamnation, de rejet, d'indignation.

Or, il est certain que l'islam fut au début de son existence l'un des phares de l'Europe avec le rayonnement culturel de Cordoue, de Tolède, de Grenade, à l'époque même où le christianisme passait par une phase sombre de son histoire. Rappelons simplement qu'en 524, l'empereur Justinien décida de couper le christianisme de toutes ses sources extérieures, de toutes consultations du savoir en dehors de sa foi. Il suffit de se rappeler le livre "Le nom de la Rose" de Umberto Eco et le film qui s'en suivit dans lequel Sean Connery risque le bucher de l'inquisition car il consulte des livres grecs. Au 7e siècle, l'islam n'a pas hésité à chercher des sources de pensée en Inde, en Chine, chez les Grecs… Il a réveillé Aristote et Platon, il a appris de l'Inde l'invention du zéro, il s'est engagé dans le calcul algébrique. Lorsque les Espagnols se sont emparés de Tolède, ils ont d'ailleurs créé un institut de traduction, en s'empressant de traduire le savoir arabe en écriture latine. Malheureusement, avec la conquête espagnole, la suppression de l'influence musulmane, mais aussi l'émergence de mouvements islamistes (pensons au déclin de l'Andalousie du fait de la conquête des Almohades), l'islam s'est engagé dans une coupure vis-à-vis de l'emprunt à des civilisations extérieures.

"Il existe un problème caractéristique à l'islam"

Dans tout groupe humain existent les tolérants, les généreux, mais aussi les extrémistes. Cela est vrai chez les hindous, chez les bouddhistes, chez les athées comme chez les chrétiens.

En d'autres termes l'islamophobie est un sentiment à rejeter parce que le texte du Coran fourmille de notions généreuses, de discours hospitaliers et de respect pour autrui. Il existe toutefois un problème caractéristique à l'islam. Mahomet, dans son message social, dans sa vision de contrer la pauvreté et de reprocher aux riches leur exploitation du peuple a manqué d'être assassiné –comme Jésus–, par ceux qui préféraient voir survivre une ou des croyances moins soucieuses du bien-être général. Il a dû fuir, il a dû se battre. Il a dû défendre Médine et reconquérir La Mecque et, de ce fait, il a dû gérer deux villes très importantes. Le Coran comporte donc des aspects guerriers légitimes, et un aspect de gestion divinisée du temporel dénommé la charia.

Pour revenir à l'époque de ses lumières, l'islam doit retourner à cette capacité d'ouverture, de rayonnement, de générosité et d'intelligence. C'est pour cela qu'il nous faut en tant qu'Occidentaux, contribuer de façon active pour permettre aux musulmans modérés de vaincre les extrémistes. Nous pouvons comprendre que les moyens que nous mettons en œuvre contre les intégristes ne sont pas suffisants. Il aurait dû également être prévu tout un plan d'action préventif, une armature judiciaire et répressive adéquate, et nous devons comprendre combien les musulmans modérés qui souhaitent vivre avec nous en partageant nos idées fondées sur les droits de l'homme et une interprétation authentique du Coran s'estiment démunis en matière de protection.

Sur le même sujet