Il faut faire aimer l’Europe dès l’école

Les enseignants doivent construire une culture européenne commune avec les jeunes. Ils le pourront s’ils redécouvrent ce qui a amené le rêve d’une Europe unie, libre pacifiée et ouverte. Opinion.

Contribution lecteur
Il faut faire aimer l’Europe dès l’école
©D.R.

Une opinion de Philippe anselin, chroniqueur, ancien directeur de l’Institut Saint-Joseph de Charleroi.

L’Union européenne, un rêve qui se fracasse sur la dure réalité d’un Marché devenu pensée unique et omnipotente. L’Union européenne, un idéal en panne mais pas mort, un espoir qui tarde à éclore dans un monde en crise profonde. Et pourtant née de deux guerres mondiales qui ont mis à feu et à sang toute l’Europe, l’idée européenne se voulait rempart contre de nouvelles faillites aussi inhumaines que celles vécues dans ces deux affrontements. Hélas appliquant sans doute le principe selon lequel les échanges et le commerce sont les meilleurs garants de l’entente entre les peuples, l’idéal européen a été détourné au profit d’une loi du marché s’imposant comme nouvel absolu dans un monde en quête de sens et de transcendance.

On a simplement échangé un Dieu pour un autre ! "La paix accompagnant le commerce" si chère à Adam Smith, cette croyance s’est transformée en une guerre impitoyable sous forme de concurrence et de productivité, une guerre sur laquelle plane cette sacrosainte croissance comme une ombre pesante et cruelle. Pourtant nous restons persuadés de l’importance de l’Europe et de son union, nous savons qu’à une époque tiraillée entre une mondialisation de plus en plus prégnante et la double montée de nationalismes étriqués et d’extrémisme religieux assassins, il nous faut la dimension européenne pour pouvoir nous opposer à ces formes de déshumanisation. L’Europe reste pour beaucoup un horizon d’avenir.

Peut-être suffirait-il pour que cela devienne réalité et non espoir vain ou rêve inaccessible que nos dirigeants européens veillent à lui donner une véritable dimension sociale et culturelle. Qu’ils lui permettent de faire sens aux millions d’humains qu’elle devrait pouvoir réunir dans un projet commun, dans le partage et la solidarité, dans la volonté d’affronter ensemble les défis de demain : des impératifs écologiques à la lutte sans cesse renouvelée contre les inégalités. Cette Europe que nous chérissons, que nous aimons, que nous sentons au plus profond de nos cœurs et de nos esprits doit pouvoir s’apprendre et se construire dès l’école !

Voilà un défi qui s’impose à nos enseignants : donner aux élèves le goût de l’avenir, le goût d’une Europe accomplie, sociale, ouverte, au service de laquelle se mettraient l’économie et le marché ! Une Europe pour tous, démocratique, débarrassée du poids de ces oligarchies qui en ont fait un instrument à leur seul profit pour une richesse dont la croissance se nourrit d’inégalités de plus en plus profondes. Ce sont nos élèves, ces pousses d’avenir, ces blés qui lèvent qui seront les artisans de cette Europe que nous sommes en train de dénaturer. C’est avec eux que nous devons chercher cet absolu commun que nous voulons comme fondation de cette union des peuples : "la dignité humaine pour toutes et tous"… La dignité dans le travail qui nous accomplit, la dignité dans le vivre au quotidien marqué par le kaléidoscope de nos cultures partagées, la dignité dans le respect dû à cette nature qui nous complète si parfaitement, la dignité dans le vivre de croyances différentes mais toutes unies dans une recherche de reconnaissance et d’amour de l’autre et de l’Autre ! A nous les enseignants de construire une culture commune avec ces jeunes. A nous de redécouvrir ce qui a fini par nous amener à construire ce magnifique rêve d’une Europe unie, libre pacifiée et ouverte. A nous de faire avec ces enfants du XXIe siècle une analyse lucide, sans concession de nos erreurs comme de nos fautes, de nos combats sublimes et souvent anonymes, de comprendre nos égoïsmes, nos aveuglements ou nos lâchetés. A nous de retrouver le sens d’une Union européenne au service de tous, pour la dignité et la fierté d’"être humain". A nous les enseignants de retrouver l’optimisme et l’amour que d’autres avant nous ont ressentis quand ils ont pensé l’Europe pour qu’à nouveau celle-ci soit synonyme de cette joie que glorifie si bien son hymne.