Charlie Hebdo: le courrier des lecteurs

Voici une sélection de messages envoyés par nos lecteurs à propos des événements qui touchent la France depuis un peu plus d'une semaine. La Libre Belgique a reçu énormément de courrier.

Charlie Hebdo: le courrier des lecteurs
©Olivier Poppe
Contribution des lecteurs

Voici une sélection de messages envoyés par nos lecteurs à propos des événements qui touchent la France depuis un peu plus d'une semaine. La Libre Belgique a reçu énormément de courrier. Nous avons été obligés de couper les commentaires en dessous des articles car il nous était compliqué d'en gérer autant. En échange, nous publions quelques-unes de vos réactions. 

Les limites de la liberté d'expression

Mission sacrée

Je n’étais pas un fan de “Charlie Hebdo”. J’en avais certes acheté l’un ou l’autre numéro, “pour voir”. Le dernier, je l’ai acheté pour marquer mon soutien à ceux qui sont, selon moi, de nécessaires “fous du roi”. […] Je reconnaîtrai toujours à Charlie ou d’autres le droit – sinon le devoir – de venir me chatouiller dans mes certitudes, dans mes conforts de pensée. Et la défense de la liberté d’expression, attaquée, assassinée ici il y a quelques jours comme ailleurs depuis longtemps, me semblait donc un combat aussi noble qu’urgent. […] Il y a, on le sait, un espace ténu qui sépare la liberté d’expression et l’incitation à la haine. Et, dans ce dernier cas, il est clair que je ne peux cautionner les paroles des uns ou des autres. Mais alors, où se situait “Charlie Hebdo” sur cette ligne ? […] Il me semble qu’ils étaient – dans le cas de certaines caricatures et peut-être à leur cœur défendant – du mauvais côté. Ou que, en tout cas, ils ne marquaient pas assez, dans le cas qui nous occupe, la différence entre la critique de l’islam et la critique de l’extrémisme islamiste. Et que donc ces dessins ont, d’une part, attisé de la rancœur chez les musulmans, extrémistes ou pas, touchés dans ce qu’ils ont de plus précieux – et il ne nous appartient pas de juger cette foi –, et, d’autre part, renforcé le clivage de la société, française en l’occurrence. Etait-ce leur but ? Je ne le pense pas. Et c’est bien là que le bât blesse, dans leur chef : ne pas avoir mesuré la portée de leurs messages “déconnants”. Et ne pas les avoir expliqués, ces messages, à l’immense majorité qui avait pourtant bien besoin de ces explications. Et de s’être sentis obligés d’enfoncer le clou, encore et encore, plus profondément, plus douloureusement, comme investis d’une mission sacrée : désacraliser tout ce qui peut l’être (et qui donc, par définition, est sacré) […]. Benoit Collet

Attention !

Suite à la Une publiée dans le nouveau numéro de Charlie Hebdo, je voudrais changer mon autocollant “Je suis Charlie” par le mot “Attention”. Attention, évitons maintenant de sanctifier et sanctuariser “Charlie Hebdo” ! En représentant une fois encore le Prophète, le journal satirique brandit plus haut et plus fort que jamais son doigt d’honneur face à ceux qui disent qu’on ne peut pas représenter le Prophète. Je suis catholique, je suis pour l’œcuménisme et je crois surtout que la condition humaine n’a pas de limite religieuse, que nous sommes tous embarqués dans le même navire […], celui de la vie, que notre dieu s’appelle rien du tout, ou Yahvé, Allah, God, ou Bouddha, peu importe. Mais, je serais de confession musulmane, je verrais cela comme une nouvelle provocation. […] Quelle est la cause que “Charlie Hebdo” entend servir ? […] S’ils continuent dans la veine “religion”, que ce soit en montrant qu’ils ont des oreilles pour entendre, parce que ce n’est que par l’écoute réciproque, dans son propre pays et dans le monde, que l’on peut faire avancer la démocratie. Béatrice Trouveroy, Mère au foyer polyvalente

Une question de valeurs

[…] L’élan de sympathie de millions de manifestants qui sont descendus dans les rues pour témoigner de leur affection aux familles et aux collègues des disparus est un plaidoyer pour la paix, valeur universelle. Très rapidement, cet élan de solidarité s’est écrit sur papier noir, “Je suis Charlie”. Ce slogan court, simple et frappant s’est rapidement imposé à tous, dans la foulée. Faut-il y voir un mot de soutien aux victimes de l’attentat qui dirait en quelque sorte “Plus jamais ça”, ou s’agit-il réellement d’un phénomène d’identification aux valeurs et à l’identité de l’hebdomadaire ? Difficile à dire, et de l’un à l’autre, probablement toutes les nuances sont-elles exprimées. Pourtant, toute la différence est là, car dans le premier cas, c’est la barbarie que l’on condamne, et dans le second, ce sont les causes de “Charlie Hebdo” que l’on épouse. L’hebdomadaire ne tirant qu’à 40000 exemplaires, on peut imaginer que les millions de manifestants – et les autres – n’aient pas intégré les valeurs et la ligne éditoriale profondes de “Charlie Hebdo”. Et en allant y voir d’un peu plus près, en découvrant toutes les caricatures, même celles qui n’ont pas été relayées au 20 heures, doit-on voir une simple impertinence, un mauvais goût déplacé, ou carrément une attaque en règle contre les valeurs intimes d’une partie de la population ? Chacun répondra en fonction de ses propres valeurs, justement. On sait cependant qu’au-delà de la caricature politique, “Charlie Hebdo” peut aller loin – très loin – dans la critique des identités religieuses, et c’est peut-être là que la blessure se fait réellement douloureuse. […] Que reste-t-il de l’événement dans les esprits et dans les cœurs ? Un goût renforcé pour le respect de la paix et de la démocratie, certainement. Et c’est bien ainsi. Mais par certains chemins de traverses, d’autre valeurs, chrétiennes par exemple, certainement pas moins universelles, n’ont-elles pas été foulées du pied parce qu’en s’identifiant – même de bonne foi – à “Charlie Hebdo”, on retire aussi du sens aux valeurs que ce journal combat ? Jehan de Theux

De la Blessure morale et physique

[…] Depuis quelques années, certains intellectuels et humoristes ont avancé que tout sujet pouvait être tourné en dérision; cela au nom de la liberté d’expression. En tout cas de leur liberté d’expression. N’est-il pas regrettable que ces nouveaux penseurs du troisième millénaire ne se donnent pas de limite au nom du simple respect de la pensée des autres ? […] Et si notre justice décrétait que blesser moralement est tout aussi punissable que le fait de blesser physiquement ? Jean Delré

Non a l’humiliation

La tuerie de “Charlie Hebdo” est un acte criminel, odieux, barbare. Nous le condamnons sans pitié, autant que les décapitations d’otages, et autres atrocités. En ce sens, nous sommes aussi Charlie. Mais certaines questions se posent. Ce genre de caricature du Charlie du matin même : “Toujours pas d’attentat en France ! Attendez, on a tout le mois de janvier pour envoyer ses vœux” n’était-il pas d’une provocation incroyable ? Qui aurait pu se retourner, non sur ses auteurs, mais peut-être sur une classe d’enfants, sur des personnes qui n’auraient rien eu à voir avec cela. “Charlie Hebdo” se targue d’être un journal “bête et méchant”. Ce caractère propre est son fond de commerce. La France est un Etat de droit. Mais au nom de la liberté de presse, peut-on autoriser qu’on publie des textes ou des dessins qui avilissent l’homme, qui bafouent le sacré ? Peut-on publier des caricatures d’une incroyable vulgarité et obscénité, mettant en scène Mahomet, Allah, ou le Christ ? C’est une agression pure et simple vis-à-vis de leurs adeptes. La caricature, oui. L’impertinence, oui. Mais l’humiliation, non. Le carnage du Charlie ne se justifie en aucune façon, mais il vient de là. Et ce genre d’attitude n’aidera pas à désamorcer le fanatisme. A. et J.-M. Potjes

Ni Charlie ni al qaïda

Cela a fait la Une des journaux, et comme vous, je suis complètement choquée par ce qui s’est passé au siège du journal “Charlie Hebdo”. Si j’ai décidé de prendre le temps d’écrire à ce sujet, c’est naturellement parce que l’islam est à nouveau mis en lumière dans cette triste affaire. Il semblerait que musulman et média ne puissent pas être synonymes de bonnes nouvelles. […] En posant notre regard sur ces images et ces informations, nous sommes forcés de nous poser cette question : “Mais qu’est-ce cette religion qui n’apporte que malheur et destruction ?” Libre à chacun de représenter ce que bon lui semble, et surtout lorsqu’il s’agit d’un journal qui vit de ces provocations et de simplisme. Mais il faut s’attendre à ce que tous ne prennent pas la voie de la sagesse et qu’il y ait réprimande. Je ne justifie pas du tout les actes odieux. Il s’agit simplement de comprendre. […] Naturellement, la majorité des croyants ne cautionne pas ce genre d’actions, et si je vous écris, c’est simplement parce que je suis de confession musulmane, et cet islam, je ne le connais pas. Je vous invite donc à ne pas trop nous juger, à ne pas nous observer d’un regard sévère, car les autres victimes de ce genre d’atrocités, ce sont les musulmans eux-mêmes. Ne nous éloignons pas les uns les autres à cause de criminels qui instrumentalisent une religion d’amour. Oui, une religion d’amour. Je me déresponsabilise complètement de ce qui vient de se passer. […] Enfin, je ne suis pas “Charlie” parce que je n’adhère pas à ce genre de journal, mais je ne suis pas non plus “Al-Qaida”, puisque je suis pour la liberté d’expression et contre toute forme de violence. Et oui, je me vois forcée de le dire, même si cela semble assez évident, non ? Ikram Ben Aissa

Manifestation, le bal des hypocrites ?

La belle mascarade

[…]Que faut-il voir derrière ces hommes d’Etat qui accompagnent quelques instants la foule qui manifeste ? Des êtres humains comme vous et moi ? Alors qu’ont-ils besoin de leurs gardes-du-corps ? Ne serait-ce point des gardiens de l’esprit qu’il leur faudrait ? […] Et dans la foulée (c’est le cas de le dire… !) ce qui devait arriver arrivera puisque les “puissants” ont déjà déclaré qu’il faudra renforcer la législation antiterroriste. Comme si les terroristes respectaient la législation ! Non, ce qui va changer, c’est que nous serons tous plus rapidement taxés de terroristes si nous émettons un son discordant par rapport au chant unique de la croissance et de son cortège de mensonges. Les “patatistes de Wetteren” sont passés de justesse au travers des mailles d’un filet qui se resserrent. Philippe Tyberghien

Un Charlie… des Charlots ?

Aujourd’hui, toute la presse se dit Charlie malgré quelques laquais, valets qui, s’ils ne portent plus la livrée aux armes de leurs maitres, servent volontairement les grandes entreprises actionnaires des groupes de presse. […] Or, le 7 mars 1945, le résistant Francisque Gay, un véritable Charlie, alors responsable de la presse, expliquait : “Il est un point sur lequel, dans la clandestinité, nous étions tous d’accord. C’est qu’on ne devait pas revoir une presse soumise à la domination de l’argent.” Aujourd’hui, tous les “extrêmes libéraux” sont Charlie et continuent à prôner la grande richesse des uns et la misère des autres pour sauver l’Europe […]. Nos ministres, responsables de petits arrangements, sont-ils Charlie ? […]. Les bureaucrates sont-ils Charlie ? Ceux qui freinent chaque jour les projets d’autonomie des communautés qu’ils côtoient ou dirigent mais se bousculent pour faire la minute de silence quand ils ne l’imposent pas de force ! Charlie aurait fait une minute de silence sauf si on la lui avait imposée… Le consensus est-il Charlie ? Juncker, Merkel et le Président de la République, main dans la main. Mais sont-ils Charlie, ceux qui dictent la politique de la Grèce qui licencie 3000 des 6000 médecins d’urgence au risque de la catastrophe sanitaire ? Les Charlie ont toujours été bien seuls à “Charlie Hebdo” et au “Canard Enchainé”. Reconnaissons que nous ne sommes bien souvent pas à la hauteur : au mieux de gentils charlots peu courageux et qui laissent faire. Les escrocs que nous devrions dénoncer et démettre. […] Que Charlie ne meurt pas à cause de tous ces charlots ! Denis Dupré

Histoires

Un monde d’idées

Il était une fois une planète où vivaient des idées. Il y avait des idées de toutes sortes. Des idées politiques, policières, joyeuses, douces et des idées barbares. Les idées barbares étaient les idées les plus détestées de la planète. Elles étaient méchantes, bizarres et meurtrières. Ces idées faisaient des dessins humoristiques dans les journaux. Toutes les idées de la planète étaient tristes mais n’avaient pas peur des idées barbares. Toutes les idées de la planète étaient solidaires entre elles. Et un jour, toutes les idées réussirent à chasser les idées barbares. Maxime, 10 ans

Liberté

Liberté, liberté, liberté… chère liberté ! Si tu échoues sur une île déserte du Pacifique, tu es libre. Tu es libre de faire et de ne rien faire. Tu es libre de crier ou de ne pas crier toutes les insanités du monde. Tu es libre de montrer tes fesses au soleil, à la lune, aux fleurs, aux arbres. Tu es libre d’injurier les poissons dans la mer et les oiseaux dans le ciel. Tu es libre de vitupérer contre l’injustice de ton sort ou de la sécheresse du climat. Tu es libre. S’il vient un naufragé, sera-t-il ton ennemi ? Car, comme toi, il est libre. Malgré ta crainte, tu devras l’accueillir et négocier ta liberté. Mais sache qu’à cet instant, tu lui offres une part de ta sacro-sainte liberté. Car celle-ci s’achève là où commence celle de cet étrange Vendredi. Ainsi, dans une société de 7 milliards de naufragés, autant de Vendredis différents, ta liberté n’est plus qu’un sept milliardième du Tout. Alors tu partageras ton poisson, ton chemin, ta table et ton toit. Tu partageras tes états d’âme, tes joies et tes souffrances. Tu devras, malgré toi, partager cette liberté par la solidarité, le respect, la vérité. Le journalisme ou l’art n’est pas un droit absolu à l’expression. Cette liberté d’expression n’est pas un sauf-conduit pour justifier tous les écarts. Le journalisme, c’est communiquer la vérité, uniquement la vérité dans le respect des 7 milliards de naufragés sur la planète Terre. Damien de Failly

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