Défense : Des frégates, pourquoi ?

Edmond Poullet, ancien Représentant militaire de la Belgique à l'OTAN, réagit à la "déclaration autoritaire" de l'assistant du Secrétaire Général de l'OTAN pour les plans de défense, selon laquelle la Belgique devrait se débarrasser au plus vite de ses deux frégates. Opinion.

Défense : Des frégates, pourquoi ?
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contribution externe

Une opinion d'Edmond Poullet, ancien Représentant militaire de la Belgique à l'OTAN.

Tous les journaux ont publié avec grand tapage une déclaration autoritaire de Monsieur Heinrich Brauss, assistant du Secrétaire Général de l'OTAN pour les plans de défense, selon laquelle la Belgique devrait se débarrasser au plus vite de ses deux frégates (voir ici). Monsieur Brauss exprime ici une opinion toute personnelle, qui ne représente pas le Comité des Plans de Défense, qu'il préside, et encore moins l'OTAN, comme le font accroire les médias. Il néglige complètement, ou semble tout ignorer des accords gouvernementaux entre la Belgique et les Pays-Bas en matière d’intégration de nos deux flottes. Intégration qui est considérée par tous les experts comme l'exemple de ce qu'il faudrait faire en matière de défense en Europe.

Il résulte de cette organisation que les Pays-Bas possèdent entre autres deux frégates M (“multipurpose”, c'est-à-dire bonnes à tout faire, non spécialisées), et la Belgique deux aussi. Aujourd'hui déjà des hélicoptères Alouette III de la marine belge volent à partir de frégates hollandaises. Il en sera encore plus demain avec les hélicoptères NH 90 que les deux pays ont commandés.

Dans la lutte contre les mines, les Pays-Bas possèdent six chasseurs de mines “tripartites” de la classe Aster-Alkmaar. La Belgique aussi en a six. L'organisation de cette intégration prévoit en plus que toutes les écoles de marine sont binationales (deux en Belgique), que l'entretien des 4 frégates M est réalisé aux Pays-Bas, et celui des 12 chasseurs de mines en Belgique.

Quand une frégate belge lutte contre la piraterie dans l'Océan Indien, c'est dans ce cadre binational, sous commandement européen, et pas de l'OTAN. Quand la marine américaine demande qu'une frégate belge, de retour de l'Océan Indien, assure la protection de son navire-usine qui détruit le stock d'armes chimiques remises à l'ONU par la Syrie, c'est aussi dans un cadre binational. Toute cette organisation est commandée par un seul commandement : l'Amiral BENELUX à Den Helder. Un tiers au moins de cet état-major est composé d'officiers belges.

Tout cela Monsieur Brauss ne connaît pas. Sa déclaration attaque, ou semble vouloir déséquilibrer, cette organisation intégrée Belgique-Pays-Bas. Au moment où notre ministre de la Défense médite, à juste titre, sur un rapprochement nécessaire et évident, entre les forces aériennes de nos deux pays, cette intervention pose question. Par ailleurs ce document est sans doute personnel et confidentiel. D'où vient la fuite ? Visiblement un lobby puissant est à l'oeuvre.

Une opinion d'Edmond Poullet, vice-amiral e.r. et ancien Représentant militaire de la Belgique à l'OTAN.