Ouvrir les yeux sur le TTIP et la vente de bébés

Le week-end dernier, une conférence a réuni, à Bruxelles, des associations de gays et lesbiennes avec des organisations nord-américaines leur proposant, au prix fort, des mères porteuses. Ce que cela a à voir avec le Traité transatlantique ? Mais tout !

Ouvrir les yeux sur le TTIP et la vente de bébés
©REPORTERS
Contribution externe

Une opinion de Paul Löwenthal, professeur à l'Université Catholique de Louvain. 


Le week-end dernier, une conférence a réuni, à Bruxelles, des associations de gays et lesbiennes avec des organisations nord-américaines leur proposant au prix fort des mères porteuses. Ce que cela a à voir avec le Traité transatlantique ? Mais tout !

On parle beaucoup du Traité transatlantique que négocient l’Union européenne et les Etats-Unis. Mais on ne se pose pas les questions les plus graves.

Patronat et syndicats, gauche et droite politiques, se disputent pour savoir si cela nous vaudrait plus ou moins d’emplois, plus ou moins de produit intérieur brut. Or, nul ne peut répondre à ces questions sans connaître toutes les modalités du traité. Par contre, on peut montrer à quel point nos traditions et nos idéaux sociaux, politiques et culturels se trouveraient mis à mal.

On a déjà relevé que les Etats-Unis n’acceptaient pas le principe de précaution : là où nous n’autorisons que les aliments ou remèdes qu’on a jugés inoffensifs, les Etats-Unis n’interdisent que ceux qui ont été prouvés nocifs. Ils reconnaissaient un droit au profit, mais pas au revenu ou à l’emploi. Et ils sont prêts à traîner les Etats devant des tribunaux privés.

Il y a quelques jours, une conférence a réuni, à Bruxelles, des associations de gays et lesbiennes avec des organisations nord-américaines leur proposant - au prix fort - des mères porteuses. Ce que cela a à voir avec le Traité transatlantique ? Mais tout ! Les lois européennes interdisent ce commerce, et même le recours à des femmes qui ne seraient pas proches du couple demandeur. Mais les lois américaines le permettent : liberté d’abord, et cela rapporte. Si le Traité transatlantique est signé, l’Europe devra aussi le permettre - ou indemniser, au prix fort aussi, les vendeurs frustrés de leurs profits ! Et même si nos négociateurs, désormais alertés, obtenaient une exception sur ce point, le traité ne prévoira jamais tous les cas de conflits possibles avec nos valeurs - c’est impossible - et les intérêts du commerce l’emporteront dès lors, systématiquement, sur les scrupules moraux européens.

Ce n’est donc pas seulement le commerce qui est en cause, ce n’est pas seulement l’économie et l’emploi avec pour devises "panem et circences", du pain et des jeux pour calmer le bon peuple, et "væ victis", malheur aux vaincus. C’est aussi un modèle de société, avec un principe de précaution et la dignité de tous. C’est un modèle politique, avec une démocratie participative. C’est une tradition juridique où les pouvoirs publics et la justice officielle sont garants du bien commun. C’est une éducation encadrée et financée publiquement, plutôt que soumise aux besoins de futurs employeurs. C’est une culture qui échappe plus ou moins au parrainage commercial ou à la publicité. C’est une médecine accessible à (presque) tous, plutôt que rentabilisée commercialement. C’est une préservation de la nature et de ceux qui l’habitent, plutôt que sacrifiée à une exploitation minière rentable mais non indispensable. C’est une coopération internationale, plutôt qu’une exposition à nos puissances financières. C’est une solidarité sociale organisée, plutôt que la loi de la jungle. Tout cela n’est pas acquis, mais c’est censé être notre projet : en un mot, une civilisation. Pas moins.

C’est donc par principe et non en fonction de calculs hasardés, qu’il faut mettre fin, purement et simplement, à cette négociation avec les Etats-Unis. Nous ne savons même pas ce qui s’y passe, alors que les lobbies le savent et n’ont aucun scrupule à nous faire perdre notre âme, puisqu’elle n’est pas rentable.

Sur le même sujet