"Cette situation plus qu’humiliante nous ridiculise face aux élèves et aux parents"

L'épreuve écrite de néerlandais CE1D a été annulée par la ministre Joëlle Milquet. Malgré les fuites sur les réesaux sociaux, l'épreuve orale était maintenue. "La ministre nous oblige à faire compter cet oral pour 30% de l'année, de qui se moque-t-on ?" Une opinion d'enseignants.

Contribution externe
"Cette situation plus qu’humiliante nous ridiculise face aux élèves et aux parents"
©Flemal

Une opinion de l'équipe des enseignants de néerlandais d'une école bruxelloise.*


L'épreuve écrite de néerlandais CE1D a été annulée par la ministre Joëlle Milquet. Malgré les fuites sur les réseaux sociaux, l'épreuve orale était maintenue. Plusieurs aspects de cet événement nous dérangent fortement.

Tout d'abord, nous ne comprenons pas pourquoi les fiches diffusées pour un examen oral auraient moins d'importance que celles diffusées pour un examen écrit. Les interactions imposées par les fiches ont circulé. En effet, des élèves nous ont envoyé des photos et il ne nous a pas été difficile de trouver, nous-mêmes, toutes les fiches sur Facebook et Twitter. En tant qu'enseignant, il est plus que désolant de voir les élèves réviser leur oral avec les fiches de l'enseignant en main juste avant de passer leur épreuve... Cette situation plus qu’humiliante nous enlève toute crédibilité et nous ridiculise face aux élèves et aux parents. En effet, grâce aux fiches de l’enseignant, les élèves ont pu préparer toutes les interactions et les étudier afin de les reproduire à l’examen.

De plus, il y a une injustice qui s'est installée, d'une part, entre les élèves d'écoles différentes et, d'autre part, entre des élèves d'une même école où l’épreuve orale était divisée sur plusieurs jours. Certains sont passés les jours avant les fuites et d'autres après, en en profitant, ou pas. Tant de différences et pourtant une seule possibilité de cotation : la ministre nous oblige à faire compter cet oral pour 30% de l'année. De qui se moque-t-on ? Des élèves ? Des enseignants ? Des deux ? La situation est inégale, il faut donc laisser aux enseignants la liberté de s'adapter à chaque situation.

Examen similaire à celui de 2014

Les élèves qui, avec des professeurs particuliers, ont travaillé les fiches de l'oral de l'année dernière ont particulièrement bien réussi également. C'est ce que l'on a pu remarquer la semaine dernière. Les élèves eux-mêmes nous on dit que c'était trop facile parce que c'était les mêmes fiches. Là aussi, nous nous sommes sentis ridicules face aux élèves.

Donc même sans fuite, les élèves qui passaient le 2ème jour, étaient déjà largement favorisés car les premiers s’étaient rendu compte aux examens qu’ils avaient les mêmes fiches que celles travaillées en classe ou avec des professeurs particuliers.

"Cette situation plus qu’humiliante nous ridiculise face aux élèves et aux parents"
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Réaction très tardive de la ministre

Concernant la partie écrite de l’épreuve, en réagissant très tardivement (le mercredi à 18h30), les élèves ont été tout l’après-midi dans l’incertitude et certaines écoles, en attente de la décision officielle n’ont plus eu le temps de réagir ou de s’organiser. Certains parents ont pris contact avec l’école et les enseignants en quête d’information afin de pouvoir remotiver leur adolescent en vue d’un éventuel examen le lendemain. Certaines écoles ont devancé la décision officielle d’annulation afin de pouvoir prévenir les élèves qu’ils auraient un autre examen. D’autres écoles n’ont rien annoncé et c’était donc la surprise totale pour les élèves le lendemain.

Plutôt que de renvoyer la responsabilité aux enseignants, nous aurions aussi espéré une décision ferme, précise, responsable et égale pour toutes les écoles afin d'éviter le chaos actuel et de permettre une évaluation équitable pour tous les élèves, ce qui, il nous semble, est l'objectif premier des épreuves communes !

Enfin, malgré l'enjeu pour tous les élèves de deuxième secondaire, nous ne comprenons pas que la presse semble se désintéresser du sujet. Il nous parait extrêmement suspect que cette presse qui jusqu'ici diffusait les informations (et ce, jusqu'aux questions !), arrête subitement d'informer le public alors que de nouveaux incidents sont survenus. Ne s'agit-il pas là de désinformation ? Nous nous permettons de douter de l'objectivité et de l'indépendance de la presse.

*Note de la rédaction: LaLibre.be estime avoir couvert les différentes fuites et les évènements de cette semaine de manière constante, précise et uniforme. Les auteurs sont connus de la rédaction, mais ils souhaitent rester anonymes pour ne pas impliquer leur école dans leur démarche.