Dans une lettre ouverte à leur ministre de tutelle, des enseignantes réclament le respect

Nous sommes ces professeurs qui refusons d’endosser le manque de compétences de votre administration dans la gestion de nos examens. Une lettre ouverte d'enseignantes dans le secondaire, adressée à la ministre de l'Enseignement.

Stéphanie Villers, Marie Iokem, Colette Sartori, Catherine Lecocq et Catherine Lefébure, enseignantes dans le secondaire
Dans une lettre ouverte à leur ministre de tutelle, des enseignantes réclament le respect
©Jean-Luc Flemal

Une lettre ouverte d'enseignantes dans le secondaire 

Madame la Ministre,

Cette lettre sera-t-elle autant diffusée que vos épreuves externes ? C’est notre souhait. Nous allons même organiser sa fuite. Et pourtant, nous ne sommes pas ces profs irresponsables et « voleurs » que vous avez bien vite jugés coupables du fiasco en chaîne de cette semaine. Mais alors qui sommes-nous ?

Nous sommes ces professeurs qui avions consacré du temps et de l’énergie à préparer les sujets imposés par le ministère à nos élèves. Sachez que nous avions, pour y parvenir, « bricolé » notre organisation de l’année et donc sacrifié certains sujets pour satisfaire au choix de votre administration. Oui, Madame la Ministre, préparer ces épreuves externes demande aussi un travail considérable de la part des enseignants et des écoles. Et que dire quand ces derniers doivent composer, la veille du CE1D ou du CESS annulés, de nouveaux questionnaires ?

Nous sommes ces professeurs qui, d’année en année, ajustons nos cours pour les rendre à la fois plus adaptés aux jeunes, davantage dynamiques via les nouvelles technologies et surtout « conformes » aux multiples injonctions souvent absurdes des inspections. Oui, Madame la Ministre, vous avez de la chance d'avoir, pour relever ces défis, des enseignants créatifs et dévoués au service de leurs élèves. Vous pouvez leur faire confiance.

Nous sommes ces professeurs qui éveillons nos élèves à l’absolue nécessité de la rigueur, de la nuance et de la critique, des pratiques exigeantes qui en feront des citoyens réfléchis. Oui, Madame la Ministre, au nom de ces valeurs enseignées, nous condamnons aussi fermement les auteurs des fuites de cette semaine.

Nous sommes donc ces professeurs laissés seuls depuis l’annulation en cascade des examens externes. Nous sommes ces professeurs qui saturons de ces trop nombreux dysfonctionnements. Nous sommes ces professeurs qui refusons d’endosser le manque de compétences de votre administration dans la gestion de nos examens. S’il y a évidemment des individus coupables dans ces multiples fuites, le corps professoral dans son ensemble ne peut être - encore - stigmatisé.

Votre administration, véritable responsable de la situation actuelle, organise des épreuves externes dans l'à peu près et la contradiction complète avec les normes qu'elle impose. C'est elle qui aurait dû assurer la sécurité autour de ces évaluations et elle ne l’a pas fait. Accuser les enseignants, c'est un peu comme s'attaquer au contrôleur lorsque le train est en retard. Facile, certes, mais peu productif ... En fait cette gabegie est le triste reflet du naufrage de l'enseignement : on demande aux enseignants, élèves et parents de colmater les brèches d'un vaisseau qui a ses failles. L'expérience de cette semaine aura au moins eu le mérite d'informer ceux qui l'ignoraient encore.

Enfin, en bout de chaîne, il y a les jeunes, ces élèves qui docilement ont obtempéré. Pour ceux au parcours plus chaotique, vos négligences mènent à des situations dommageables. Quelle image de l'apprentissage leur donnez-vous ? Il y a, en tout cas, de quoi tourner un remake des" Travaux inutiles" et de quoi nourrir à coup sûr leur motivation pour l'année prochaine.

Oui, Madame la Ministre, nous tous, enseignants et élèves, sommes déçus. Nous méritons de votre part davantage de respect et de considération.

Stéphanie Villers, Marie Iokem, Colette Sartori, Catherine Lecocq et Catherine Lefébure