#OnEstLà, le cri d'alarme des jeunes musulmans

Nous, citoyens belges de confession musulmane, faisons partie de la solution. OPINION.

Contribution externe
#OnEstLà, le cri d'alarme des jeunes musulmans
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Nous, citoyens belges de confession musulmane, faisons partie de la solution. OPINION (1)

Daesh est devenu un problème de politique et de sécurité intérieures, avec des implications directes situées au cœur de la capitale belge et européenne. Face à ce drame, nous voulons d’abord adresser nos condoléances aux familles et aux proches des victimes. Face à ce drame, nous voulons réitérer notre ferme condamnation d’actes inqualifiables qu’aucune idéologie, aucune religion, aucune cause ne peut justifier. Les réponses ne peuvent plus être uniquement axées sur un discours de politique sécuritaire qui nous montre ses limites.

Aujourd’hui, la Belgique a besoin d’un plan national d’alliance sociale contre la haine. Toutes les haines. Nous devons faire de la résolution de ce problème une cause nationale. Faire bouger les lignes nécessite bien plus qu’une minute de courage politique. Nous avons plus que jamais besoin de femmes et d’hommes politiques qui accepteront de mettre en place un changement drastique dans notre rapport à la diversité, dans notre façon de partager les ressources disponibles entre tous les citoyens. Nous avons besoin de responsables qui ont conscience qu’une politique juste doit être appliquée même si elle s’avère impopulaire et à risque pour leur carrière. L’avenir de nos sociétés mérite mieux que le court-termisme, les effets d’annonce et les déclarations incantatoires qui visent uniquement à rassurer le téléspectateur.

Dans ce contexte, le monde politique et les services de sécurité ne sont pas seuls. Ils peuvent et doivent compter sur les acteurs des différentes communautés de notre société, les mondes de l’éducation, de l’entreprise, des arts et de la culture. Ils peuvent et doivent également compter sur les citoyens belges de confession musulmane. Parmi eux, de nombreuses voix s’élèvent depuis des années, refusant une société ségréguée, une société qui a mal à sa diversité qu’elle n’arrive pas à assumer.

Les efforts de sensibilisation et de mobilisation communautaire se sont accrus depuis les attentats de janvier. Pourtant, ils restent, dans bien des cas, inaudibles. A quelques exceptions près, ils sont entendus mais pas nécessairement écoutés; ils sont reçus, mais seulement intercalés entre deux rendez-vous plus importants, voire de façon officieuse. Nous n’avons de cesse d’aider à décrypter la situation, d’évaluer les pistes d’actions, de faire des recommandations et des propositions en vue de faire décroître le risque de radicalisation.

Mais tout ceci atteint inévitablement ses limites tant que les communautés musulmanes ne sont pas associées étroitement aux solutions. Que la société le veuille ou non, les citoyens belges de confession musulmane font totalement partie de la solution. Et ils n’ont de cesse de dire leur disponibilité et leur volonté de faire bouger les lignes. Soyons donc tous partenaires du changement en osant le pari de la confiance réciproque pour ne plus élaborer des mesures contre nous ou pour nous, mais avec nous.

"Faire-ensemble"

Deux axes de travail sont aujourd’hui prioritaires.

1) Eradiquer les sources socioéconomiques de la radicalisation. Les personnes approchées par les réseaux de recrutement de Daesh sont, en général, en rupture identitaire avec la société. Questionner leur capacité à s’intégrer revient à poser le problème à l’envers. Il faut aussi considérer la capacité de notre société à intégrer alors qu’elle persiste à renvoyer leur altérité à la face des personnes issues de la diversité. Nous devons reconnaître que les politiques mises en place depuis dix ans en matière d’égalité des chances peinent à niveler le niveau vers haut. L’ethnostratification commence dès la maternelle. Elle se poursuit au cours de la scolarité et touche son paroxysme aux portes de l’entreprise. A force d’avoir envoyé des centaines de CV, de s’entendre dire qu’il faut de l’expérience, qu’il manquerait telle ou telle compétence, les jeunes issus dela communauté musulmane tombent dans l’autocensure. Et cela en fait des proies idéales pour des recruteurs d’un autre genre. Pas de ceux qui offrent un emploi et des perspectives d’avenir mais bien de ceux qui offrent un job à court terme, semant la mort et la désolation.

D’aucuns crieront certainement à la victimisation afin de botter en touche sur les questions qui fâchent à propos de l’inclusion socioéconomique. Pourtant, ils savent mieux que quiconque que tout ceci est largement documenté, notamment via le monitoring socio-économique. Le manque d’inclusion suffit à créer les conditions d’une frustration susceptible d’être exploitée par Daesh.

2) Promouvoir un islam d’ici. D’importants chantiers s’ouvrent aux communautés musulmanes. Celles-ci ne pourront faire l’économie d’un débat en vue de réformer l’Islam pour le sortir de ces grilles de lecture qui les cloisonnent doublement. D’une part, entre elles et, d’autre part, vis-à-vis du reste de la société. Il faut refuser l’idée même qu’une religion soit (ab)usée au point d’en faire un prétexte de séparation entre populations. L’islam a pour vocation de libérer l’homme et de le rapprocher de ses semblables, quelles que soient leurs convictions et leurs choix de vie.

Notre principal défi est de développer une lecture de nos textes loin de toute ingérence étrangère. Cette évolution de la théologie doit s’atteler à faire évoluer les positions sur des thématiques essentielles telles que l’égalité homme/femme, la lutte contre toutes les formes de discrimination et de haine, la pluralité des opinions philosophiques et religieuses, la participation politique ainsi que notre responsabilité individuelle et collective en matière de développement économique, culturel et social.

Il faudra faire preuve d’encore plus d’ouverture. Ceci impliquera de faire avancer le dossier de la formation des imams qui dans bien des cas, sont mal préparés à accompagner le cheminement de nos jeunes. Nos imams et leaders communautaires doivent abandonner les postures purement théoriques et dichotomiques et les encourager à devenir des citoyens utiles pour eux-mêmes et pour la société. Ils doivent devenir des agents de cohésion sociale, des facilitateurs de "faire-ensemble". Ouvrons les mosquées aux jeunes et aux femmes. Trop souvent, ils manquent dans la gestion des lieux de culte privant ainsi les communautés musulmanes d’idées et de sensibilités nouvelles.

Il faudra enfin questionner à nouveau le rôle des institutions représentatives des musulmans dont la marge de manœuvre limitée et leur absence dans les débats de société ne contribuent pas à en faire des acteurs positifs pour le changement. Nous devons réconcilier foi et citoyenneté active si jamais ces deux notions avaient été opposées l’une vis-à-vis de l’autre. Pour résoudre tous ces défis auxquels ne font pas face les seuls musulmans, mais l’ensemble de la société, #OnEstLà.


(1) LES SIGNATAIRES:

Economie: Taoufik Amzile (BX - FR)

Islamologie/Discours de réforme: Dr. Michael Privot (W- FR)

Islamophobie: Hajib El Hajjaji (BX - FR)

Jeunesse: Zaki Chairi (BX - FR)

Culturel et artistique: Ismael Saidi (BX - FR)

Docteur en sociologie: Dr. Malika Hamidi (BX - FR)

Santé: Dr. Zehra Gunaydin (W - FR)

Mode et militance: Rachida Aziz (BX - FR)

Représentante syndicale: Saida Isbai (F - NL)

Enseignante de religion islamique: Hafida Hammouti (BX - FR)

Auteur/chroniqueur : Dyab Abou Jahjah

Travail social : Khaddija Haourigi (BX- FR)

Politiques de l’emploi : Tewfik Sahih (Bx – Fr)

Journalisme : Leila Ben Allal (F – NL:FR)


La plateforme #OnEstLà fait réagir dans les partis

Georges Dallemagne - CDH

"Je m’étonne qu’il soit autant question de religion alors qu’on dit que le problème n’est pas la religion mais l’instrumentalisation de celle-ci… Même si je suis d’accord avec plusieurs propositions, comme celle concernant la formation des imams. Sur les causes du radicalisme, par contre, il faut arrêter de justifier la violence par les discriminations. Le lien n’est pas automatique entre les deux. Certains radicaux ont un parcours scolaire et professionnel ‘normal’. Enfin, je suis d’accord pour dire qu’il faut arrêter avec l’islam des ambassades. Oui à un islam belge mais avec le moins d’intervention possible de la part des politiques."

Olivier Maingain - DéFI

"Nous avons été les seuls à l’époque à saluer le courage de ces jeunes de venir avec de telles propositions sur le statut de la religion musulmane. Je les ai reçus. J’ai proposé aux confrères de créer une commission chargée de cette réflexion. Refusée. À propos de leurs propositions, je dirais que la radicalisation ne s’explique pas seulement par une fracture socio-économique. Quant au questionnement du rôle des institutions représentatives des musulmans, il faut évidemment que le politique s’y implique. Car, au sein de certains courants, il reste difficile d’accepter que la loi civile l’emporte sur la loi religieuse. Et c’est inacceptable."

Zakia Khattabi - Ecolo

"Les communautés musulmanes sont dynamiques et créatives. Elles doivent effectivement être associées aux problèmes d’intérêt général. Une réponse exclusivement sécuritaire a toutes les chances d’être contre-productive. Des politiques économiques, sociales et culturelles sont primordiales pour assécher le marais du radicalisme. Enfin, pour nous, les pouvoirs publics ne peuvent en aucun cas s’ingérer dans les affaires religieuses des communautés musulmanes. Leur rôle est notamment d’assurer l’égalité des chances en matière de subsidiation."

Olivier Chastel - MR

"Au MR, la réflexion en cours au sein des assises de l’interculturalité a déjà débouché sur plusieurs pistes de solutions. Nous proposons la création d’un observatoire de la neutralité, la mise en place d’un parcours d’intégration obligatoire et spécifique pour les ministres du culte venus de l’étranger (pas seulement les imams, donc), une lutte plus efficace contre les prêches radicaux, la création d’une faculté de théologie musulmane. Nous voulons interdire le financement étranger des cultes (ce qui est d’ailleurs une demande de l’Exécutif des musulmans de Belgique).

Elio Di Rupo - PS

"Il est indispensable d’agir contre les discriminations à l’embauche. Des mesures ont été prises, telles les ‘ordonnances Madrane’ qui visaient à assurer plus de diversité dans la fonction publique bruxelloise, ou les plans diversité dans les entreprises. Mais ce n’est pas suffisant. Le PS a exigé deux mesures fortes : la garantie jeunesse (stage, formation ou emploi à tout jeune inscrit depuis 6 mois au chômage) et le contrat d’insertion (contrat de travail d’un an pour les jeunes qui n’ont pas trouvé d’emploi après 18 mois de chômage)."

Raoul Hedebouw - PTB

"Le collectif #OnEstLà pourra se sentir accueilli. Quand on voit l’influence de l’Arabie saoudite permise dans certaines mosquées on se dit qu’il est en effet injustifiable que des enjeux géostratégiques et économiques prennent le pas sur une politique de cohésion sociale. De même concernant le volet sécuritaire, la recherche d’une vision plus globale qui s’attaque notamment à la corrélation entre discrimination et radicalisation est indispensable."